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François Avril, entre la ville et le large

François Avril, entre la ville et le large

Par Ema Lynnx

Pour sa première participation à Fine Arts Paris, du 19 au 23 septembre 2026 au Grand Palais, François Avril présente avec la galerie Huberty & Breyne une nouvelle série de peintures et de dessins. Deux territoires s’y répondent, ceux qui accompagnent son travail depuis des années : la ville et la mer. Des paysages réduits à quelques lignes, quelques masses et quelques couleurs, où le silence compte presque autant que ce qui est représenté.

Une falaise noire, une étendue claire, une trouée de lumière jaune, quelques formes suffisent. Dans La Passe II, l’artiste François Avril ne donne finalement que peu d’informations au regard. Et pourtant, le paysage est là : on imagine la mer, la masse des rochers, le passage entre deux falaises. On croit même reconnaître un endroit… et c’est là l’un des paradoxes de son travail : ses paysages semblent familiers alors qu’ils n’existent pas vraiment.

La Passe II

À Fine Arts Paris 2026, François Avril poursuivra cette exploration en présentant, pour la première fois au salon, une nouvelle série de toiles et de dessins consacrée à la ville et à la mer. La galerie Huberty & Breyne exposera son travail sur le stand N29, aux côtés des œuvres de Dominique Corbasson et Jean-Baptiste Décheret.

Deux univers apparemment opposés. D’un côté les façades, les rues, les verticales et la densité urbaine. De l’autre, les falaises, les plages, l’horizon et le vide. Chez François Avril, pourtant, ils sont construits de la même manière : tout commence par le dessin.

Retirer plutôt qu’ajouter

François Avril observe beaucoup. Une rue à Tokyo, une façade new-yorkaise, un port, une falaise bretonne, une maison isolée. Une fois revenu dans son atelier, il ne cherche pas à restituer exactement ce qu’il a vu. Il laisse au contraire la mémoire effectuer son propre tri. Les détails disparaissent, les formes se simplifient, les perspectives se déplacent. Il ne reste parfois qu’une ligne, une masse sombre, une fenêtre ou une couleur.

« Tout ce que je dessine n’existe pas », écrit-il sur son site. Ses paysages naissent de lieux observés, mais deviennent progressivement des constructions mentales. Le dessin sert alors moins à reproduire le réel qu’à en retrouver une sensation.

C’est sans doute pour cela que ses tableaux procurent cette étrange impression de déjà-vu. On pourrait reconnaître une côte bretonne sans parvenir à dire laquelle. Une ville rappelle New York, Hong Kong ou Tokyo, mais les repères habituels ont disparu.

François Avril parle lui-même d’« utopies ». Il part d’un élément réaliste, puis le recompose jusqu’à atteindre une zone située quelque part entre figuration et abstraction. Il ne cherche pas à tout montrer, il retire.

La ville, débarrassée de son bruit

Dans ses paysages urbains, les immeubles sont souvent réduits à des blocs, les fenêtres à quelques traits. Les perspectives sont présentes, parfois très construites, mais l’agitation habituelle des grandes métropoles semble s’être évaporée.

Paris, Bruxelles, New York, Tokyo ou Hong Kong apparaissent régulièrement dans son travail. Pourtant, le nom de la ville importe finalement moins que son architecture. François Avril utilise façades, lignes de fuite, verticales et horizontales comme autant d’éléments d’une composition.

Le site de l’artiste évoque justement cette position de « promeneur solitaire » qui reconstruit une cité fantasmée dans laquelle le temps et le bruit semblent suspendus.

Dans Hong Kong, reproduite dans le dossier de presse de Fine Arts Paris, les tours deviennent presque des signes. Le gris, le blanc et le noir suffisent à donner une impression de densité. On reconnaît immédiatement une grande ville asiatique, mais aucune anecdote ne vient détourner le regard de la construction générale. Cette économie de moyens vient en partie de ses premières années dans le dessin et la bande dessinée.

Honk Kong

Du 9e art à la peinture

Né à Paris en 1961, François Avril est diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art. Avant de se consacrer entièrement à son travail artistique, il collabore avec la presse magazine, l’édition jeunesse et la publicité, mais aussi avec l’univers du luxe.

La bande dessinée occupe également une place importante dans sa formation visuelle. S’il n’en fera jamais son unique territoire, il en conserve certaines règles : la netteté du trait, l’efficacité de la composition, la stylisation et cette capacité à raconter beaucoup avec peu.

Son univers porte notamment l’empreinte d’Yves Chaland, d’Hergé, de Moebius ou encore de George Herriman. Mais ses références débordent largement le 9e art. François Avril regarde aussi Edward Hopper, Giorgio Morandi, Saul Steinberg, Serge Poliakoff, Lionel Feininger ou Bram van Velde. Ces influences éclairent son travail sans jamais l’enfermer.

De Hopper, on peut retrouver le goût des villes silencieuses et de la solitude. De Morandi, cette capacité à chercher l’intensité dans la simplicité. De Poliakoff, peut-être, le rapport entre masses et aplats de couleurs, de la ligne claire, et bien sûr, cette volonté de ne jamais laisser le dessin se perdre dans l’anecdote.

Et puis il y a la Bretagne

Lorsque François Avril quitte la ville, les lignes verticales s’effacent. L’horizon apparaît, les côtes bretonnes constituent depuis longtemps l’autre grand territoire de son œuvre. Falaises, rochers, plages, arbres et maisons isolées reviennent régulièrement dans ses peintures et ses dessins. Il vit et travaille d’ailleurs entre Paris, Bruxelles et Port-Blanc, dans les Côtes-d’Armor.

Mais là encore, il ne peint pas la Bretagne comme un paysagiste traditionnel, car la falaise devient une forme, la mer, une surface. Un arbre peut suffire à structurer l’ensemble du tableau. Les rochers sont déplacés, les proportions modifiées, les éléments recomposés jusqu’à ce que le lieu réel disparaisse presque complètement. Une côte bretonne peut alors évoquer l’Écosse, l’Islande, la Grèce ou les États-Unis. L’artiste préfère laisser cette ambiguïté ouverte.

Cette manière de simplifier le paysage n’enlève rien à sa présence. Au contraire. Lorsqu’un rocher n’est plus qu’une masse noire face à une étendue blanche, on regarde soudain davantage sa forme, son équilibre et la place qu’il occupe : la nature devient architecture.

François Avril

Le silence comme matière

Il règne dans ces paysages une tranquillité assez rare. Les plages sont presque vides, ainsi que les rues. Les personnages, lorsqu’ils existent, ne sont souvent que de fines silhouettes. Tout semble s’être arrêté quelques secondes. Derrière le premier silence apparaissent progressivement d’autres sensations, le ressac, la rumeur d’une ville, le vent ou le bruissement de l’air. C’est peut-être ce qui rend ses œuvres aussi accessibles.

Il n’est pas nécessaire de connaître l’histoire de l’art ou de décrypter un dispositif conceptuel pour y entrer. Une ville, une plage ou une falaise suffisent; ensuite, chacun peut y déposer sa propre mémoire. En effet, François Avril laisse beaucoup de place à celui qui regarde.

Le trait comme point de départ

Même lorsqu’il travaille sur de grandes toiles, le dessin reste la colonne vertébrale de son œuvre.

Encre de Chine, mine de plomb, crayons de couleur ou acrylique : François Avril change volontiers de technique et de support, mais conserve cette même recherche de précision et d’épure.

Le passage à la peinture, amorcé à la fin des années 1990, lui permet surtout de changer d’échelle. La toile offre davantage d’espace et engage le corps autrement que le petit format du dessin. Pourtant, le fameux trait noir reste là, structurant les architectures et les paysages.

En 1993, sa première exposition personnelle, Paris-New York, est présentée à la galerie Christian Desbois à Paris. Suivront de nombreuses expositions en France et à l’étranger, notamment à Bruxelles, Genève, New York et Hong Kong. En 2014, il participe déjà à Art Paris Art Fair au Grand Palais avec Huberty & Breyne ; en 2026, Fine Arts Paris marque en revanche sa première participation à cette foire.

Il est aujourd’hui représenté exclusivement par la galerie Huberty & Breyne, qui accompagne depuis de nombreuses années ce dialogue entre dessin, bande dessinée et art contemporain.

Fine Arts Paris, un retour au Grand Palais

Du 19 au 23 septembre 2026, ses œuvres prendront place sous la verrière du Grand Palais. La présence de François Avril dans un salon réunissant maîtres anciens, œuvres modernes, arts décoratifs et création contemporaine n’a finalement rien d’incongru. Son travail est précisément affaire de passage : passage du dessin à la peinture, de la ligne claire à l’abstraction, de la ville au paysage, du souvenir au réel…

Sur le stand N29 de Huberty & Breyne, cette nouvelle série consacrée à la ville et à la mer devrait permettre de voir côte à côte ces deux facettes d’un même langage. Fine Arts Paris présente notamment La Passe II, une acrylique sur toile de 2015 de 135 × 200 cm, pièce unique qui résume presque à elle seule cette écriture : quelques falaises noires, une mer claire, une lumière jaune et presque rien d’autre. C’est peu. Mais chez François Avril, ce « peu » est justement l’essentiel.

Il suffit de quelques lignes pour qu’une ville surgisse, de deux rochers pour que l’on sente le large, d’un morceau d’horizon pour réveiller le souvenir d’un endroit où l’on n’est peut-être jamais allé. Car ses tableaux ne racontent pas véritablement des lieux, ils racontent ce qu’il en reste une fois que le temps, la mémoire et le dessin ont fait leur travail.

FINE ARTS PARIS
Anciennement FAB Paris
AU GRAND PALAIS
Du 19 au 23 septembre 2026

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