Par Ema Lynnx
Sur la côte centre-sud du Vietnam, là où la mer de Chine méridionale dessine une courbe parfaite entre sable blond et eaux turquoise, se déploie une adresse singulière : The Anam Cam Ranh. Plus qu’un simple resort balnéaire étoilé, l’établissement s’inscrit dans une narration plus large, celle d’un territoire chargé d’histoire, où se croisent héritages impériaux, influences coloniales et renaissance contemporaine du luxe vietnamien.

Une vision née d’un retour aux racines vietnamiennes
Derrière l’identité singulière de The Anam se trouve son fondateur, Pham Van Hien, entrepreneur vietnamien au parcours atypique. Avant de se tourner vers l’hôtellerie de luxe, il poursuit des études scientifiques en République tchèque, où il obtient un doctorat en physique, une formation qui influencera durablement sa vision : rigueur, précision et sens du détail. Après plusieurs expériences entrepreneuriales en Europe, il choisit de revenir au Vietnam avec une ambition claire : créer une marque hôtelière vietnamienne capable de rivaliser avec les grandes chaînes internationales, sans renoncer à son identité culturelle. Cette volonté se retrouve dans chaque projet The Anam, pensé comme une célébration du patrimoine vietnamien, de l’architecture indochinoise aux savoir-faire artisanaux locaux. À contre-courant d’un luxe standardisé, Pham Van Hien défend une approche plus émotionnelle et territoriale de l’hospitalité, où l’expérience repose autant sur l’atmosphère et la culture que sur le service lui-même.
Implanté sur la péninsule de Cam Ranh, le projet prend forme au début des années 2010, avec une volonté claire : réinterpréter l’âge d’or de l’Indochine à travers un prisme contemporain. Ouvert officiellement en 2017, le resort s’impose rapidement comme le premier hôtel cinq étoiles de style colonial de la région, une rareté dans un Vietnam en pleine mutation touristique.
Le nom même “Anam” n’est pas anodin. Il fait référence à “An Nam”, ancienne désignation du centre du Vietnam sous l’époque coloniale française, un clin d’œil assumé à une période complexe, mais esthétiquement fondatrice dans l’imaginaire du luxe régional.
Cam Ranh, une baie entre stratégie et poésie
Pour comprendre l’âme du lieu, il faut remonter bien avant l’arrivée du tourisme. La baie de Cam Ranh est depuis des siècles un point stratégique majeur. Elle fut un centre commercial actif sous le royaume de Champa, puis une base militaire convoitée par les puissances coloniales, les Japonais, les Américains et même les Soviétiques.
Ce passé militaire contraste avec la sérénité actuelle du paysage. Aujourd’hui, Cam Ranh incarne une nouvelle lecture du territoire : celle d’un littoral préservé, encore confidentiel, où le luxe s’exprime dans la discrétion et l’espace. Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, la région offre un climat idéal, propice à une expérience immersive tournée vers la nature et la contemplation.

Une architecture comme mémoire vivante de l’Indochine
The Anam ne cherche pas à imiter, mais invite à ressentir. Dès l’entrée, les références à l’époque indochinoise sont omniprésentes : toits impériaux inspirés de Hué, lanternes suspendues, mosaïques artisanales, jarres en céramique, chemins pavés serpentant entre jardins tropicaux.
L’ensemble compose une esthétique cohérente, où l’élégance occidentale dialogue avec l’âme vietnamienne. Cette hybridation se retrouve dans chaque détail, du mobilier aux volumes architecturaux, dans une logique de continuité culturelle plutôt que de pastiche.
Le resort s’étend sur plus de 12 hectares, bordé par une plage privée de sable fin, et propose un ensemble de villas et de chambres conçues comme des refuges ouverts sur la mer et la végétation verdoyante.

Une immersion culturelle au-delà du décor
L’expérience The Anam dépasse largement la simple dimension esthétique. L’établissement s’attache à retranscrire la culture vietnamienne dans ses usages, notamment à travers la gastronomie et les expériences proposées.
Cette approche s’inscrit dans une vision plus large : celle d’un luxe expérientiel, fondé sur la transmission et l’authenticité. Ici, le service ne se contente pas d’être impeccable, il est profondément humain, empreint de cette hospitalité vietnamienne souvent décrite comme chaleureuse et sincère.
Une scène gastronomique pensée comme un voyage culturel
À The Anam Cam Ranh, la gastronomie n’est pas un simple service : elle constitue une extension directe du récit culturel du lieu. Fidèle à son ADN indochinois, le resort articule son offre autour de plusieurs restaurants complémentaires, chacun incarnant une facette du Vietnam, entre héritage local, influences coloniales et ouverture internationale.

The Colonial : l’Indochine réinventée à travers la haute gastronomie
Le cœur gastronomique du resort bat sans conteste au The Colonial, adresse signature et véritable manifeste culinaire. Pensé comme un hommage à l’époque de l’Indochine française, le lieu conjugue architecture élégante, piano à queue, cuisine ouverte, patio végétalisé et mise en scène feutrée, presque théâtrale.
Le positionnement est clair : une haute cuisine internationale revisitée, où les techniques classiques rencontrent les produits vietnamiens. Le résultat n’est ni une fusion superficielle, ni une reproduction académique, mais une écriture gastronomique contemporaine. Les menues dégustations, en particulier, explorent ce dialogue entre terroirs : bœuf Black Angus relevé de basilic et piment maison, tartare vietnamien aux notes de nuoc-mâm, ou encore associations audacieuses entre fruits tropicaux et influences européennes.
En journée, le lieu change de registre et devient un club lounge exclusif, proposant petits-déjeuners à la carte et afternoon tea dans une atmosphère plus intime. Le soir, il se transforme en restaurant gastronomique, accompagné de musique live au piano, renforçant cette sensation d’un luxe discret, presque hors du temps.
Ce double usage n’est pas anodin : il rappelle les salons coloniaux d’autrefois, lieux de vie hybrides entre sociabilité, gastronomie et représentation.

Lang Viet : immersion dans les saveurs du Vietnam
À l’opposé du raffinement européen du Colonial, Lang Viet propose une lecture plus directe et authentique de la cuisine vietnamienne. Ici, l’approche est territoriale : chaque plat raconte une région, une tradition, une mémoire culinaire.
Pho parfumé, fruits de mer de la côte de Khanh Hoa, spécialités du centre du Vietnam… l’expérience devient presque ethnographique. Dans un contexte éditorial, Lang Viet joue un rôle essentiel : il ancre le séjour dans une réalité locale, évitant l’écueil d’un luxe déconnecté de son environnement.
The Indochine : la diversité comme héritage
Situé près du lobby, The Indochine fonctionne comme une synthèse : un restaurant all-day dining où les influences internationales dialoguent avec les traditions locales. Le buffet, particulièrement travaillé, alterne cuisines du monde et spécialités vietnamiennes, avec une scénographie vivante (live cooking, éclairages changeants, terrasses ouvertes).
Le soir, les thématiques culinaires évoluent, barbecue de fruits de mer, cuisine régionale vietnamienne prolongeant cette idée d’un voyage sans quitter le resort.
Beach Club : le luxe décontracté du littoral vietnamien
Enfin, le Beach Club incarne une autre dimension du lieu : celle d’un luxe balnéaire, plus spontané. Face à la mer, la cuisine devient plus simple, plus solaire, grillades, pizzas, produits de la mer, tandis que les cocktails structurent l’expérience.
C’est ici que le resort dialogue le plus directement avec son environnement naturel. Le bruit des vagues, la lumière du soir, l’air salin : autant d’éléments qui transforment le repas en expérience sensorielle complète.

Une nouvelle lecture du luxe asiatique
Dans un paysage hôtelier dominé par des standards internationaux souvent uniformisés, The Anam Cam Ranh propose une alternative subtile. Il ne s’agit pas d’impressionner par l’excès, mais de séduire par la cohérence et l’authenticité.
L’équilibre entre héritage culturel et confort contemporain, résumé par la signature “Indochine Charm, Modern Luxury” traduit une évolution du luxe asiatique : plus introspectif, plus narratif, et résolument ancré dans son territoire.
Séjourner à The Anam Cam Ranh, c’est finalement traverser plusieurs temporalités. Celle d’un Vietnam ancien, marqué par les civilisations maritimes et les échanges commerciaux. Celle d’une Indochine réinventée, devenue esthétique. Et celle d’un pays contemporain, en pleine affirmation sur la scène du tourisme haut de gamme.
Dans ce dialogue entre passé et présent, le resort agit comme un trait d’union, un lieu où l’histoire ne s’efface pas, mais se transforme en expérience.
Photos : Patrick Koune









































