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GemGenève, tendance au vintage

GemGenève, tendance au vintage

Par Carine Lœillet

Le salon suisse GemGenève, qui s’est tenu au début du mois de mai 2026, a révélé les pierres en vogue et les bijoux à la mode, tant chez les professionnels qu’auprès du grand public. La couleur est au rendez-vous, aussi bien pour les diamants que pour les perles. Sur les pièces de joaillerie, l’antique a le vent en poupe : les tailles anciennes des pierres précieuses et les bijoux vintage séduisent les collectionneurs du monde entier.

© Dynamic International

Accessible aux initiés comme au grand public, le salon GemGenève invite le monde à célébrer les arts joailliers. Le magazine Luxe Infinity s’est rendu à Genève, à la rencontre des exposants et des organisateurs de cet événement. Réunissant chaque année tous les métiers du secteur, dont les plus grands marchands internationaux, ce salon, aussi intimiste et convivial que transversal, s’est affirmé comme un lieu d’échange entre passionnés et experts. Il est devenu le rendez-vous des amateurs de pierres précieuses, des collectionneurs de bijoux et des professionnels de l’industrie de la joaillerie.

L’une des tendances révélées par ce salon est celle des diamants de couleur : une cinquantaine d’exposants ont présenté ces diamants lors de cette édition. Ces pierres précieuses séduisent une nouvelle génération de collectionneurs et d’investisseurs. Il faut savoir que leur processus de taille est plus délicat et plus complexe que pour les diamants blancs, car il s’agit de révéler, concentrer et homogénéiser la couleur de la pierre.

Nadège Totah, membre du conseil d’administration de GemGenève et fille de Ronny Totah, cofondateur du salon, a accordé un entretien à Luxe Infinity. Elle note que « la mode est aux pierres très colorées parmi les précieuses comme pour les fines. La couleur permet notamment d’afficher une gemme plus grosse par rapport à un diamant. » Parmi les gemmes qui se démarquent, Nadège Totah souligne l’attrait pour les saphirs du Cachemire, « très rares, à la couleur bleue spécifique ». Elle évoque aussi les rubis birmans rouge sang, parmi les pierres les plus recherchées.

Les diamants atypiques séduisent particulièrement en ce moment : qu’ils soient taillés en cabochon ou que leurs facettes reflètent le côté artisanal et ancien, comme dans les tailles Rose Cut ou Old Mine. La taille vintage, d’inspiration antique, plaît également.

Hugo Massy, lapidaire pour la maison Piat à Genève, s’est aussi entretenu avec Luxe Infinity. Il décrypte son métier et explique que « les lapidaires ne taillent pas les gemmes par rapport à la mode, mais par rapport à chaque pierre. Près de 90 % de notre travail consiste à retailler des pierres déjà taillées. Mais nous n’allons pas changer la taille si on n’en a pas besoin. Le but numéro un est de conserver un maximum de poids. Le rendu final ne vient qu’ensuite. » Diplômé d’une école de joaillerie suisse, Hugo Massy a réussi un concours qui lui a permis de s’ouvrir les portes de l’atelier d’Emmanuel Piat à Paris, où il a été formé pendant quatre ans. Il est depuis peu revenu à Genève pour ouvrir un atelier en collaboration avec le lapidaire Emmanuel Piat.

À noter notamment l’attrait grandissant pour les pierres non traitées. Les plus belles pierres précieuses continuent de concentrer l’attention des acheteurs : émeraudes colombiennes non huilées, saphirs du Cachemire ou encore rubis du Mozambique non chauffés. Plusieurs négociants de renom ont présenté à GemGenève des gemmes d’une importance, d’une rareté et d’une qualité exceptionnelles.

 

Côté perles de culture, la maison Alain Boite a identifié une nouvelle tendance : une désirabilité croissante pour des parures de perles aux volumes affirmés et des colliers multicolores.

Nadège Totah, co-organisatrice du salon GemGenève, met en lumière la mode des bijoux antiques : « les acheteurs recherchent des pièces qui ont une histoire. Ce sont souvent des bijoux de provenance, qui ont appartenu à des personnes parfois célèbres. Ces pièces prennent de la valeur. De la même manière que les bijoux de designer, qui permettent de se démarquer plutôt que de faire partie d’une masse. »

D’autre part, Nadège Totah note l’enthousiasme qu’a suscité le Village des Designers pendant cette dixième édition du salon : « il a dépassé toutes nos espérances. Les retours que j’ai reçus me confortent dans l’idée qu’en huit ans, nous avons réussi à pérenniser un écosystème bienveillant, où le talent, l’envie de vivre de son art et l’entraide entre professionnels permettent à de jeunes créateurs de faire passer leur carrière à un autre niveau. » Réunissant trois nouveaux designers et cinq talents émergents, le Village des Designers s’est imposé comme l’un des événements marquants de cette édition.

Parmi les rendez-vous incontournables du salon, figure l’exposition imaginée par Mathieu Dekeukelaire, directeur de GemGenève. Cet événement met à l’honneur la beauté du geste, l’excellence des savoir-faire et la richesse du patrimoine joaillier. Au travers de pièces issues de la collection Baur et du Musée d’art et d’histoire de Genève, le public a pu voyager au cœur de créations rares et historiques exécutées en jade, corne, agate, corail ou ambre… Plusieurs exposants internationaux ont également accepté de dévoiler des pièces provenant de leurs collections personnelles. « Grâce au soutien de nos partenaires culturels et de nos exposants, GemGenève a présenté une exposition éphémère qui a émerveillé le public, commente Mathieu Dekeukelaire. Nous sommes particulièrement heureux d’avoir pu offrir aux Genevois, comme aux visiteurs internationaux, l’opportunité de découvrir ou redécouvrir les collections de la Fondation Baur, Musée des Arts d’Extrême-Orient, actuellement fermé pour rénovation. »

Les métiers d’art étaient par ailleurs au cœur de l’expérience. Tailler une opale aux côtés du lapidaire Jonathan Ulli, participer à un blind test minéral avec la gemmologue Anne Quedillac ou encore voir la matière se transformer en direct sous les outils de la glypticienne Elsa Marceau : cette édition a plongé le public dans l’intimité des ateliers et des savoir-faire d’exception.

À contre-courant d’un marché mondial sous tension, GemGenève a terminé cette dixième édition sur une fréquentation record. Durant cinq jours, le salon, ouvert aux professionnels et au grand public, a réuni à Palexpo plus de 240 acteurs du monde de la joaillerie. Mobilisant 5 365 visiteurs, pour un total de 8 009 visites, cette édition 2026, à la croisée entre business, création et transmission, s’impose comme l’un des rendez-vous les plus réussis depuis la création du salon en 2018. Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et le ralentissement de certains marchés, GemGenève envoie un signal fort à toute l’industrie : celui d’un marché plus exigeant, mais toujours porté par la rareté, l’excellence et la confiance.

Les pierres de qualité exceptionnelle, les bijoux de caractère et les signatures iconiques continuent d’attirer collectionneurs, négociants et grandes maisons internationales. La prochaine édition de GemGenève se tiendra du 11 au 14 mai 2027.

Photos : Andras Barta et David Fraga