PAD London, le design comme expression de l’art de vivre
Fondé en 2007 par Patrick Perrin, antiquaire parisien de quatrième génération, ce salon s’est imposé comme l’un des rendez-vous majeurs du design historique et contemporain. Son ambition dépasse la simple présentation de mobilier exceptionnel car il propose une vision de l’art de vivre dans laquelle une pièce ancienne peut dialoguer avec une création contemporaine, où la beauté d’un objet se mesure autant à son histoire qu’à sa capacité à traverser les époques.
À la différence des salons traditionnels d’antiquités, le PAD (Pavilion of Art & Design) défend une approche transversale des arts décoratifs. Le mobilier du XXe siècle côtoie les expressions les plus actuelles du design, tandis que les savoir-faire artisanaux retrouvent une place centrale dans la conception des intérieurs d’exception.
Chaque galerie construit ainsi son propre univers, offrant aux visiteurs une succession de regards sur la création, les matières et les formes. Cette diversité constitue l’une des grandes forces du salon : permettre aux collectionneurs de découvrir des pièces rares, mais également de comprendre ce qui transforme un objet utilitaire en véritable œuvre d’art.
C’est dans cet environnement particulièrement exigeant qu’Yves Salomon Éditions fait ses premiers pas à Londres.
Yves Salomon Éditions, quand la matière devient création
Connue internationalement pour son expertise de la fourrure et son travail des matières précieuses, la Maison Yves Salomon explore également l’univers des arts décoratifs à travers Yves Salomon Éditions, une démarche qui rapproche l’excellence artisanale du design de collection.
Cette activité prolonge naturellement une culture de la matière cultivée depuis plusieurs générations. Le travail des peaux, la connaissance des textures, la maîtrise des volumes et la recherche permanente d’un équilibre entre esthétique et technicité trouvent ici une nouvelle expression. La création ne se limite plus au vêtement : elle investit le mobilier, les objets décoratifs et les pièces conçues en collaboration avec des designers.
Après une première participation au PAD Paris en avril 2026, la Maison poursuit son développement international en rejoignant l’édition londonienne. Elle y présente une sélection de pièces uniques et de créations en édition limitée, affirmant sa volonté de s’inscrire durablement dans l’univers du design de collection.
L’intérêt de cette démarche réside notamment dans le dialogue qu’elle établit entre différentes époques. Aux côtés de créations contemporaines réalisées avec des signatures telles que Hoffmann, Pagano, Sornay, Michael Bargo, Gaetano Borsani, la Maison défend un patrimoine artistique dont Carlo Bugatti incarne l’une des expressions les plus originales.
Le rapprochement est particulièrement intéressant, car, à plus d’un siècle de distance, les mêmes préoccupations traversent les œuvres : le goût des matériaux singuliers, l’attention accordée au détail, la dimension sculpturale du mobilier et cette volonté de repousser les frontières entre artisanat et création artistique.
Carlo Bugatti, le génie artistique derrière un nom légendaire
Le patronyme Bugatti évoque immédiatement l’univers des automobiles d’exception, les lignes sculpturales, les prouesses techniques et une certaine idée du luxe absolu. Pourtant, bien avant qu’Ettore Bugatti ne construise ses premières automobiles, son père Carlo avait déjà développé un langage esthétique révolutionnaire.
Né à Milan en 1856, Carlo Bugatti appartient à une génération d’artistes qui assistent aux profondes transformations des arts décoratifs à la fin du XIXe siècle. À une époque encore largement dominée par les références historiques, il imagine un mobilier qui échappe aux conventions et refuse les classifications habituelles.
Décorateur, architecte de formation, dessinateur, ébéniste et créateur d’objets d’art, il développe une œuvre difficile à rattacher à un mouvement unique. Si son travail s’inscrit dans l’effervescence de l’Art nouveau, il se distingue par une esthétique personnelle nourrie d’influences orientales, de références architecturales, de motifs géométriques et d’expérimentations audacieuses : ses meubles ne ressemblent à aucun autre.
Les dossiers peuvent devenir des compositions architecturales, les pieds adoptent des formes inattendues, les surfaces se couvrent de motifs circulaires, tandis que les proportions semblent parfois défier les principes traditionnels de l’ébénisterie. Le regard s’attarde sur les détails : incrustations de nacre, filets métalliques, bois sombres, parchemins peints, éléments décoratifs et compositions graphiques minutieusement élaborées.
Mais derrière cette profusion ornementale se cache une réflexion profonde sur la structure et la forme. Chez Carlo Bugatti, le décor ne vient pas simplement embellir le meuble : il participe à son identité, parfois même à son architecture. Cette conception radicale lui permet de transformer une chaise, un bureau ou un cabinet en objet sculptural, dont la personnalité dépasse largement la fonction première.
Un créateur qui avait un siècle d’avance
L’année 1902 marque un tournant décisif dans sa carrière. En effet, à l’Exposition internationale des arts décoratifs modernes de Turin, Carlo Bugatti présente des créations qui impressionnent par leur originalité et remportent un Grand Prix.
Son mobilier, souvent qualifié de mauresque par ses contemporains, témoigne d’une liberté créative qui surprend les visiteurs. L’artiste revendique pourtant un style profondément personnel, refusant de le réduire à une simple influence culturelle. Cette indépendance esthétique explique en grande partie la fascination que ses œuvres continuent d’exercer auprès des historiens du design et des collectionneurs.
En 1904, il s’installe à Paris, où il poursuit ses recherches autour du mobilier, des objets décoratifs et de l’orfèvrerie. Quelques années plus tard, il se retire à Pierrefonds, consacrant davantage de temps à la peinture et à ses explorations formelles.
Son parcours illustre une conception particulièrement moderne de l’artiste : un créateur capable d’intervenir dans plusieurs disciplines sans jamais renoncer à sa signature. Aujourd’hui encore, ses réalisations étonnent par leur modernité. Certaines lignes géométriques annoncent les expérimentations du design du XXe siècle, tandis que les associations de matériaux et les recherches décoratives trouvent un écho dans les créations contemporaines les plus audacieuses.
De Carlo à Ettore Bugatti, une même passion pour la forme
L’histoire prend une dimension supplémentaire lorsque l’on considère l’héritage familial de Carlo Bugatti. En effet, son fils Ettore, né en 1881, deviendra l’un des plus grands noms de l’histoire automobile en fondant sa propre marque à Molsheim en 1909. Son autre fils, Rembrandt, choisira la sculpture animalière et développera une œuvre remarquable, notamment à travers ses bronzes représentant les animaux.
Trois personnalités, trois disciplines, mais une même culture artistique profondément ancrée dans l’environnement familial.
Ainsi, Carlo Bugatti n’a pas simplement transmis à ses enfants le goût des belles choses. Il leur a offert un univers dans lequel la création, l’expérimentation et la maîtrise artisanale occupaient une place essentielle. Cette filiation apparaît particulièrement intéressante dans l’histoire d’Ettore : les premières automobiles Bugatti se distinguent par leur excellence mécanique, mais également par une attention exceptionnelle aux proportions et à l’esthétique des composants.
La célèbre calandre en forme de fer à cheval, dont la silhouette est également rapprochée de la recherche ovoïde de Carlo, participe à cette identité singulière. Le Musée d’Orsay souligne d’ailleurs l’influence des recherches formelles du père sur certaines orientations esthétiques du fils.
Il serait excessif de réduire le génie automobile d’Ettore à l’héritage paternel, tant sa contribution technique fut considérable. Mais il est difficile d’ignorer cette continuité culturelle entre les meubles visionnaires du père et les automobiles devenues de véritables sculptures mécaniques. Dans les deux univers, la beauté ne se limite pas à l’apparence. Elle naît de la précision du dessin, de l’intelligence des proportions et d’une conception exigeante de la fabrication.
Cette lecture familiale donne aux créations de Carlo Bugatti une résonance supplémentaire, particulièrement séduisante pour les passionnés d’automobiles de prestige autant que pour les amateurs d’arts décoratifs.
Un patrimoine redécouvert par Yves Salomon Éditions
En s’intéressant aux créations de Carlo Bugatti, Yves Salomon Éditions participe à la redécouverte d’un artiste dont la notoriété demeure parfois éclipsée par celle de ses descendants. La Maison a notamment consacré à son travail une exposition parisienne intitulée Carlo Bugatti, l’artisan visionnaire, organisée au printemps 2026 dans ses salons de la rue de Castiglione.
Cette présentation rassemblait une sélection de mobilier et d’objets illustrant la diversité de son langage artistique : sièges aux silhouettes architecturales, meubles aux décors sophistiqués, miroirs, sellettes, bureaux et pièces décoratives.
Ce travail de mise en valeur révèle une autre facette du positionnement d’Yves Salomon Éditions. Au-delà de la création contemporaine, la Maison entend inscrire son activité dans une histoire plus vaste des savoir-faire et du mobilier d’exception. La démarche trouve également un prolongement créatif dans sa collaboration avec Dimorestudio, dont certaines recherches réinterprètent l’univers de Bugatti à travers des matériaux, des textures et des lignes contemporaines.
L’association peut sembler inattendue, mais elle repose sur une véritable proximité de sensibilité. La richesse des surfaces, le contraste des matières et l’importance accordée à la dimension décorative constituent autant de passerelles entre les deux époques. Il ne s’agit pas de reproduire les formes historiques, mais de comprendre comment une œuvre ancienne peut nourrir une création actuelle sans perdre son identité.
Dans un secteur où le design de collection séduit une clientèle internationale de plus en plus attentive à la provenance des œuvres, à leur singularité et à la qualité de leur exécution, cette approche prend tout son sens.
PAD London 2026, un rendez-vous entre patrimoine et modernité
La présence d’Yves Salomon Éditions au PAD London traduit ainsi une évolution passionnante de l’univers du luxe. Les frontières entre mode, décoration, création artistique et artisanat deviennent plus perméables, laissant émerger des propositions où l’objet raconte une histoire autant qu’il exprime un style.
Pour les collectionneurs, l’intérêt d’une telle manifestation réside précisément dans ces rencontres inattendues. Découvrir un créateur contemporain, revisiter une figure oubliée des arts décoratifs ou établir un rapprochement entre deux univers apparemment éloignés peut transformer le regard porté sur une œuvre.
À Berkeley Square, les visiteurs auront ainsi l’occasion de découvrir la vision d’une Maison française qui fait dialoguer création actuelle et héritage artistique.
Et derrière le nom de Carlo Bugatti se dessine une histoire particulièrement captivante, celle d’un homme qui inventa son propre langage esthétique avant que son fils Ettore ne fasse entrer le patronyme familial dans la légende automobile.
Si les créations du père appartiennent aujourd’hui au patrimoine des arts décoratifs, elles conservent cette capacité rare à surprendre, à questionner et à inspirer de nouvelles générations de designers. Et, c’est peut-être là que réside le véritable art : dans la faculté d’une œuvre à traverser le temps sans rien perdre de sa singularité.
Informations pratiques :
PAD London 2026
Du 13 au 18 octobre 2026, Berkeley Square, Mayfair, Londres.
Ouverture au public du 15 au 18 octobre.
Yves Salomon Éditions : stand C14.
Le 13 octobre est réservé aux collectionneurs et le 14 octobre à l’ouverture VIP












































