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Hashimoto, l’art des souliers japonais au Salon du Patrimoine

Hashimoto, l’art des souliers japonais au Salon du Patrimoine

Par Ema Lynnx

Pour sa première participation au Salon International du Patrimoine Culturel qui se déroule du 29 octobre au 1er novembre 2026 à Paris, la maison Hashimoto Jinzō Shōten dévoile un savoir-faire rarement présenté au public. À Kyoto, depuis trois générations, ses artisans façonnent les souliers de cérémonie des sanctuaires, des temples et de la maison impériale du Japon. Une histoire de papier, de laque et de transmission.

À la pointe d’une plume, une poussière est délicatement retirée de la dernière couche de laque. Ce geste minuscule dit beaucoup du travail de Hashimoto Jinzō Shōten. Avant d’atteindre cette finition brillante, le soulier a traversé une succession d’opérations : assembler, consolider, enduire, laisser durcir, poncer, recommencer. Sous sa surface sombre, difficile de deviner la matière qui lui donne corps : une vingtaine de feuilles de papier washi.

Ces souliers appartiennent à un monde où chaque objet participe à l’accomplissement d’un rite. Leur forme, leur fabrication et leur destination les relient à une histoire bien plus ancienne que celle de l’atelier. À l’occasion de sa première présentation hors du Japon, annoncée dans le dossier de la maison, Yoshiharu Hashimoto viendra en expliquer les étapes au Carrousel du Louvre.

À Kyoto, trois générations au service des cérémonies

Fondée en 1924, Hashimoto Jinzō Shōten perpétue une tradition dont les racines remontent à la cour de Heian. Depuis plus de mille ans, des souliers de cérémonie accompagnent les rites des prêtres shintô, des moines et des membres de la famille impériale. Leur silhouette a très peu changé depuis.

La maison travaille pour des usages précis, liés aux sanctuaires, aux temples et aux cérémonies impériales. Elle intervient également dans la fabrication de coiffes et d’accessoires, ainsi que la préservation de techniques de laque, de soie et de tressage. Un ensemble de compétences au service du vêtement cérémoniel japonais.

Dans cette activité, la continuité tient autant à la destination des objets qu’à leur réalisation. Ces souliers ne sont pas proposés dans les boutiques : ils sont façonnés sur commande pour leurs destinataires. Leur beauté demeure ainsi attachée à une fonction, à un moment et à une communauté qui en connaît les codes.

La maison a réalisé notamment des souliers pour les cérémonies d’intronisation impériale et pour la reconstruction vicennale du grand sanctuaire d’Ise. Ces commandes inscrivent son travail dans les grands rendez-vous de la vie rituelle japonaise. Elles éclairent aussi la responsabilité d’un atelier qui doit maintenir la maîtrise du geste d’une génération à l’autre.

Le papier sous la laque

Parmi les pièces qui permettent d’approcher ce savoir-faire, l’asagutsu, porté par les prêtres shintô, réserve une surprise : sa coque est constituée de papier.

La fabrication commence sur une forme en bois, sur laquelle sont superposées environ vingt feuilles de washi. Cette structure légère reçoit ensuite de la laque pour la renforcer. La méthode détaillée par l’atelier comprend aussi la consolidation de la jonction avec la semelle, la pose d’une toile de chanvre et l’application de plusieurs couches préparatoires. Le ponçage, progressivement affiné, permet de régulariser la forme et de lisser la surface.

Le résultat repose donc sur un travail largement invisible. L’éclat final retient le regard, mais il dépend de toutes les opérations qui le précèdent : la construction du volume, la solidité des assemblages, la préparation du support. Le papier disparaît sous les couches successives, tout en restant au cœur de l’objet.

 

Yoshiharu Hashimoto, transmettre en montrant

Représentant de la troisième génération, Yoshiharu Hashimoto sera présent sur le stand parisien pour accompagner la découverte de ses fabrications : une vingtaine de souliers de cérémonie, ainsi qu’une présentation des différentes étapes de fabrication, de la forme en bois au soulier terminé.

Les explications seront proposées de vive voix, avec une traduction en français. Cette possibilité de dialogue donne tout son intérêt à la venue de l’artisan. Face à des objets dont les usages sont peu familiers au public français, elle permettra de comprendre ce que l’apparence seule ne raconte pas : comment le papier devient une coque, pourquoi les couches se succèdent, à quelles cérémonies les différentes formes sont destinées. Cette rencontre offrira ainsi le temps d’aborder une pratique qui se transmet par la fabrication, mais aussi par la parole et l’observation.

Un patrimoine qui continue de servir

Exposer de tels souliers au Salon International du Patrimoine Culturel représente une dimension concrète de la transmission : celle d’objets anciens dans leur principe, toujours fabriqués pour être utilisés.

Leur préservation suppose la continuité des commandes, la disponibilité des matériaux et la maîtrise des techniques. Elle repose surtout sur des artisans capables de refaire les gestes, d’en comprendre les exigences et d’en porter la responsabilité. À travers Hashimoto, le patrimoine japonais prend ainsi le visage d’une maison familiale au savoir-faire historique.

Cette première participation à Paris permettra de mieux comprendre l’existence des pièces habituellement liées à des espaces et à des cérémonies auxquels le public n’a pas nécessairement accès. L’exposition au salon ouvre un autre cadre de rencontre : celui de la découverte, de l’explication et de l’échange autour du métier artisanal.

Au Carrousel du Louvre, le regard pourra d’abord s’arrêter sur la brillance d’un soulier; puis remonter, couche après couche, jusqu’au papier et aux mains qui lui ont donné sa forme.

Informations pratiques
Hashimoto Jinzō Shōten
Salon International du Patrimoine Culturel
Du 29 octobre au 1er novembre 2026, au Carrousel du Louvre, Paris
Salle Delorme, stand C37

Photos : © Tomonari Sakurai & sur le site officiel

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