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Ateliers Saint-Jacques et la Fondation de Coubertin, du patrimoine à la création

Ateliers Saint-Jacques et la Fondation de Coubertin, du patrimoine à la création

Par Patrick Koune

À Saint-Rémy-lès-Chevreuse, les Ateliers Saint-Jacques réunissent les savoir-faire du bois, du métal et de la pierre. Associés à la Fonderie de Coubertin, ils participent à la restauration du patrimoine comme à la création contemporaine. Au cœur de cette activité, la Fondation de Coubertin défend une conviction : la maîtrise d’un métier se nourrit autant du geste que de la culture et de la transmission. A découvrir au Salon International du Patrimoine Culturel au Carrousel du Louvre du 29 octobre au 1er novembre 2026.

Un garde-corps du Louvre à restaurer, un escalier en marbre à réaliser pour un architecte, une œuvre de sculpteur à traduire dans le métal : ces projets font appel à des compétences différentes, mais posent une question commune : Comment donner à un projet sa justesse matérielle ? Comment retrouver une forme, respecter un dessin, résoudre un assemblage sans perdre ce qui fait la singularité de l’ouvrage ?

Les Ateliers Saint-Jacques travaillent précisément à cet endroit où le projet devient matière. Dans leurs ateliers, le dessin rencontre les contraintes du bois, de la pierre ou du métal. Il faut comprendre, proposer, ajuster, puis fabriquer et installer. La qualité finale dépend de toute cette chaîne, y compris des opérations que l’ouvrage achevé ne laisse plus voir.

Implantés sur le domaine de Coubertin, dans les Yvelines, les Ateliers Saint-Jacques et la Fonderie de Coubertin rassemblent environ cent cinquante femmes et hommes de métier. Leurs réalisations rejoignent des bâtiments, des collections et des intérieurs en France comme à l’étranger.

À Coubertin, une ambition humaine avant tout

L’histoire du lieu prend sa source dans la rencontre, en 1949, d’Yvonne de Coubertin et de Jean Bernard. Héritière du domaine, engagée notamment en faveur de l’éducation des jeunes femmes, Yvonne de Coubertin partage avec Jean Bernard, acteur majeur du renouveau du compagnonnage, une réflexion sur la place du travail manuel dans la société.

Leur projet repose sur une alliance exigeante : celle de la main et de l’esprit. Apprendre un métier doit permettre de développer une maîtrise technique, mais aussi d’élargir son regard, de comprendre son environnement et de prendre sa place dans une communauté professionnelle.

Cette ambition donne au domaine sa cohérence. Sur ses trente hectares se côtoient les ateliers, les espaces de formation, le château et les collections du musée. Les œuvres, les livres, les cours et les travaux d’atelier participent d’un même environnement d’apprentissage.

La présence de la sculpture y prend un sens particulier. Jean Bernard est le fils du sculpteur Joseph Bernard, dont l’œuvre constitue l’un des principaux fonds du musée de la Fondation. L’art appartient ainsi à l’histoire du lieu autant qu’à son activité quotidienne.

Bois, métal et pierre : trois métiers qui se répondent

Les Ateliers Saint-Jacques regroupent trois ateliers de maîtrise : la menuiserie-ébénisterie, la métallerie-ferronnerie d’art et la taille de pierre. La Fonderie de Coubertin constitue un quatrième atelier, consacré notamment au bronze, à la restauration et au métal repoussé.

Cette proximité permet de réunir plusieurs compétences autour d’une même réalisation. Un escalier engage une structure, une matière, une rampe, des assemblages et une pose. Un aménagement intérieur demande de coordonner des ouvrages dont la précision doit se retrouver jusque dans leurs jonctions.

Dans l’atelier bois, les artisans assemblent une porte traditionnelle en chêne, raclent un plateau en eucalyptus fumé ou terminent une main courante. Le choix d’une essence se prolonge dans le travail de sa surface, de son grain et de sa finition.

Dans l’atelier métal, le dessin à main levée accompagne le façonnage, le cintrage à chaud ou le travail de la tôle repoussée. La taille de pierre, quant à elle, mobilise la connaissance du matériau et la maîtrise des volumes, depuis les éléments architecturaux jusqu’aux pièces destinées à des intérieurs contemporains. Un savoir-faire qui rappelle combien une ligne apparemment simple peut exiger d’études, de précision et de coordination, comme l’escalier en marbre massif Bleu de Savoie pour l’architecte Joseph Dirand.

Du Louvre aux créations contemporaines

La restauration du patrimoine occupe une place importante dans l’activité des équipes; avec des interventions dans des lieux emblématiques comme au château de Versailles, au musée du Louvre, à l’opéra Garnier, au Grand Palais ou encore au palais de l’Élysée.

Parmi les travaux réalisés, figure la restauration de garde-corps du XIXᵉ siècle au pavillon de Marsan, au Louvre. Ce chantier demande de comprendre un ouvrage existant, ses procédés de fabrication et ses altérations, puis de définir les interventions nécessaires en respectant son caractère.

Cette connaissance des formes anciennes nourrit aussi la création. Les mêmes ateliers travaillent avec des architectes, des décorateurs et des designers tels que Joseph Dirand, Peter Marino, Gilles & Boissier ou Isabelle Stanislas, pour réaliser, par exemple, une boiserie en chêne massif et une bibliothèque d’inspiration Art nouveau conçues par Patrick Jouin pour un château en Île-de-France.

D’un projet à l’autre, les attentes changent. La restauration impose de lire et de préserver ; la création ouvre la recherche de nouvelles solutions. Dans les deux cas, l’artisan apporte une compréhension de la matière qui permet au dessin de prendre corps.

Les œuvres de Pablo Reinoso réalisées par l’atelier de métallerie, dont une installation au domaine national de Chambord présentée dans le dossier, témoignent de ce dialogue avec les artistes. La compétence technique devient alors un moyen d’accompagner une écriture singulière.

La Fonderie de Coubertin, dans l’histoire de la sculpture

Au sein de cet ensemble, la Fonderie de Coubertin entretient une relation ancienne avec le musée Rodin. Une première commande, passée en 1972 pour la fonte d’une œuvre de petite dimension, ouvre une collaboration qui conduit à la construction d’un nouvel atelier de fonte en 1973.

Entre 1977 et 2016, la Fonderie réalise quatre tirages de La Porte de l’Enfer, dans le cadre de commandes officielles. Le dernier de cette période rejoint le musée Soumaya de Mexico en 2016.

Ces réalisations engagent bien davantage que la coulée du métal. La préparation des moules, la fonte, les reprises, la ciselure et la patine constituent autant d’étapes décisives. Chacune contribue à la manière dont la sculpture retrouvera ses volumes, ses détails et sa présence.

La Fonderie pratique notamment les procédés de la cire perdue et du moulage au sable. Elle conserve également un répertoire de plusieurs centaines de recettes de patines, développé au fil des années. Ce travail de surface détermine la façon dont le bronze reçoit la lumière et révèle le modelé.

L’étude et l’outil au service de l’ouvrage

L’activité des ateliers s’appuie sur des bureaux d’études intégrés. Chargés d’affaires et dessinateurs accompagnent les projets jusqu’à leur mise en œuvre sur site et peuvent épauler les architectes et les designers dans leurs choix techniques.

Aussi bien des dessins préparatoires à main levée que des plans d’exécution en trois dimensions et des machines à commande numérique, les outils interviennent dans un travail où l’expérience de l’atelier demeure déterminante. Les études anticipent ces étapes ; les échanges entre les métiers permettent d’en résoudre les difficultés. La réussite d’un ouvrage se joue donc autant dans la préparation collective que dans la précision du geste individuel.

Transmettre la capacité de créer

La formation constitue la raison d’être de la Fondation de Coubertin. Les jeunes professionnels qu’elle accueille, traditionnellement appelés « boursiers » et pour la plupart issus du compagnonnage, poursuivent leur apprentissage au contact des équipes. Leur formation associe la pratique en atelier à des enseignements artistiques, culturels, scientifiques et liés au monde de l’entreprise. Le modelage, le dessin ou l’histoire des arts côtoient ainsi la philosophie, les sciences et la gestion.

Un projet collectif réunissant plusieurs métiers permet de mettre ces connaissances à l’épreuve. Concevoir ensemble un objet, un meuble ou un aménagement oblige à articuler une intention, des contraintes techniques et les compétences de chacun.

Cette pédagogie éclaire le sens des réalisations qui quittent le domaine. Derrière une porte, une sculpture ou un escalier se trouve une somme de connaissances partagées. À Coubertin, transmettre consiste aussi à former celles et ceux qui sauront, à leur tour, concevoir un ouvrage et en mener la réalisation.

Salon International du Patrimoine Culturel – 31e édition
Lieu : Carrousel du Louvre, 99 rue de Rivoli, Paris 1er
Horaires : jeudi et dimanche de 10 h à 18 h ; vendredi et samedi de 10 h à 19 h
Billetterie : à partir de 17 € en prévente, 21 € sur place pour un billet plein tarif d’une journée. Gratuit pour les moins de 12 ans.

Légendes :
Garde-corps : Restauration de garde-corps du xixe siècle – Pavillon de Marsan, élément du palais du Louvre
Escalier en marbre : Escalier à limon en pierre de Combe Brune – Résidence privée, Genève – Architectes : Yves Keller et Samuel Créations SA
Boiserie : Patrick Jouin, designer – Boiserie en chêne massif et bibliothèque d’inspiration Art nouveau – pour un château en Île-de-France
Marta Pan (1923-2008) : Porte cylindrique 2004, acier inoxydable Fondation Marta Pan-André Wogenscky, Saint-Rémy-lès-Chevreuse – Dépôt à la Fondation de Coubertin, Saint-Rémy-lès-Chevreuse
Cheval Alvear : Antoine Bourdelle (1861-1929) – étude à grandeur d’exécution 1913-1922, bronze (épreuve n° 8, fonte Fonderie de Coubertin) – Musée Bourdelle, Paris, dépôt à la Fondation de Coubertin Saint-Rémy-lès-Chevreuse
Le Penseur d’Auguste Rodin : détail du plâtre de travail de La Porte de l’Enfer à la Fonderie de Coubertin
René Collamarini (1904-1983) (de gauche à droite) : Tête de Pierre Mendès-France, entre 1955 et 1957, plâtre Tête d’Isabelle Moulinot, coiffée en queue de cheval, 1954, plâtre Tête de femme, entre 1940 et 1950, plâtre Tête de femme, entre 1940 et 1950, plâtre Collections de la Fondation de Coubertin, Saint-Rémy-lès-Chevreuse

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