Par Maxime Dobremel
Au cœur de Bordeaux, l’hôtel Burdigala compose un nouveau chapitre du luxe local, celui d’une maison plutôt que d’une étape. Sous sa verrière, l’Atrium irrigue de lumière les salons, la table de coworking et le grand escalier central, pendant que la ville, elle, continue de battre juste derrière la porte. Hôtel cinq étoiles, quatre-vingt-trois chambres et suites, une table gastronomique qui se compose à l’envie : le Burdigala installe ses hôtes dans un art de vivre qui ressemble moins à un séjour qu’à une manière d’habiter Bordeaux.

Une adresse au cœur de Bordeaux
Le nom du Burdigala rend hommage à l’appellation antique de la ville, et cet ancrage se retrouve jusque dans son adresse. Installé à deux pas du Musée des Arts Décoratifs et du Design, l’hôtel place ses hôtes en position idéale pour rayonner à pied dans tout le centre historique. Quelques minutes suffisent pour rejoindre la cathédrale Saint-André et sa tour Pey-Berland, avant de remonter vers le Grand Théâtre, dont la façade à colonnes annonce la place de la Comédie. De là, la rue Sainte-Catherine déroule sa longue perspective commerçante jusqu’à la place de la Bourse, où le miroir d’eau renvoie, certains matins, un reflet parfait des façades du XVIIIe siècle, avant de revenir, par les petites rues du centre, vers l’hôtel. Pas besoin de voiture ici, et c’est bien tout l’intérêt du Burdigala : une base élégante d’où la ville entière se laisse apprivoiser sans effort.
La Suite 350, un appartement avec sa propre terrasse
La Suite 350 s’ouvre sur un vaste salon, pièce à part entière avant même d’atteindre la chambre, prolongé par une terrasse privée qui invite à prendre l’air sans quitter le confort du lieu. La chambre suit, puis la salle de bain conjugue douche et baignoire, sans jamais donner le sentiment d’un espace surchargé. L’ensemble ne ressemble plus à une chambre d’hôtel mais à un appartement que l’on habiterait le temps d’un séjour, avec cette économie de gestes qui caractérise les grandes suites : chaque pièce a sa fonction, chaque fonction son espace, et la terrasse comme un jardin suspendu que l’on retrouverait chez soi.
Fabien Roque, une vision moderne du luxe bordelais
Ce sentiment d’habiter plutôt que de séjourner doit beaucoup à Fabien Roque, fondateur de l’agence Roque Intérieurs, qui signe l’ensemble de la rénovation du Burdigala. Le bois domine, décliné en matières nobles et en teintes chaleureuses, dans un dialogue constant avec la lumière naturelle que la verrière de l’Atrium distribue jusqu’aux étages. Le résultat s’éloigne des codes plus classiques du luxe bordelais pour proposer quelque chose de plus contemporain, presque domestique, où le grand escalier central devient une scène autant qu’un passage. Les espaces partagés, salle de sport, salle de cinéma, game room, boutique, prolongent cette idée d’un hôtel pensé comme un lieu de vie plutôt que comme une simple étape.

Le matin commence par un cannelé
Le petit-déjeuner se prend en buffet, et la générosité de la proposition frappe d’emblée : viennoiseries, œufs préparés minute, charcuteries, fromages, fruits frais, jus pressés, tout y est, dans un équilibre sucré-salé qui ne laisse aucune envie de côté. Mais c’est une pièce précise qui retient l’attention, posée là comme une évidence : le cannelé. Spécialité bordelaise par excellence, croûte caramélisée et cœur tendre parfumé à la vanille et au rhum, il rappelle, dès la première bouchée, que l’on se trouve bien à Bordeaux et nulle part ailleurs. Un simple détail suffit parfois à ancrer tout un petit-déjeuner dans un territoire, et celui-ci fait parfaitement le travail.

Madame B, une table qui se compose à l’envie
Le restaurant de l’hôtel, Madame B, installe le repas dans une logique sur mesure : on choisit d’abord un nombre de temps, trois au minimum, puis on répartit ce nombre entre les entrées, les plats et les desserts selon ses envies. Quatre temps peuvent ainsi devenir deux entrées, un plat et un dessert, ou bien trois temps se transformer en deux entrées et un plat. La carte se plie à l’appétit du moment plutôt que l’inverse, et cette liberté change la manière même d’aborder le repas.
Aux fourneaux, Grégory Vingadassalon a fait ses classes chez Alain Ducasse à Paris, auprès de François Adamski au Gabriel à Bordeaux, puis de Nicolas Magne au Saint-James à Bouliac, avant de revenir dans sa ville pour prendre en main la cuisine du Burdigala. Sa cuisine privilégie les produits simples et les recettes traditionnelles, retravaillées avec une précision qui ne cherche jamais à impressionner pour elle-même. Les producteurs locaux occupent une place centrale dans cette approche, et le Sud-Ouest se retrouve dans chaque assiette sans jamais être surjoué.

Côté verre, le choix se porte sur un Haut-Médoc, le Haut Bages 2019, fruité et léger, qui accompagne le repas sans jamais l’écraser. En face, le cocktail Charlie rejoint la table : au Madame B, les cocktails signatures portent tous des prénoms féminins, ceux de proches de l’équipe, membres de la maison, filles ou sœurs de quelqu’un, une manière discrète de glisser un peu d’intime dans chaque verre servi.
Le repas s’ouvre sur des petits farcis, tomates et émulsion d’oignons, un jeu de textures croustillantes et fondantes d’une grande légèreté, qui donne le ton d’une cuisine soignée sans être démonstrative. Le merlu suit, pêché du jour à la criée, accompagné de pommes de terre glacées, de chips croustillantes et d’une sauce proche d’une mayonnaise maison, un plat d’une justesse rare où chaque élément trouve sa place. Le dessert clôt le repas sur une association plus audacieuse, chocolat et aubergine, un mariage qui aurait pu surprendre mais qui fonctionne avec une évidence tranquille, preuve d’une cuisine qui n’a pas peur de prendre des risques mesurés.

Bordeaux, comme à la maison
Le Burdigala ne cherche pas à imposer une vision figée du luxe bordelais. Il propose plutôt un point d’ancrage, lumineux et chaleureux, où la frontière entre l’hôtel et l’appartement s’efface peu à peu, où l’on retrouve son salon, sa terrasse et ses habitudes comme on les retrouverait chez soi. C’est peut-être cela, la vraie proposition du Burdigala : donner à un séjour à Bordeaux le goût d’y vivre, ne serait-ce que le temps de quelques nuits.
Photos : Maxime Dobremel









































