Par Ema Lynnx
Au Cambodge, à quelques minutes des temples d’Angkor, le Raffles Grand Hotel d’Angkor fait partie du paysage depuis près d’un siècle. Inauguré en 1932, il a vu passer les premiers voyageurs fascinés par les vestiges de l’Empire khmer, à une époque où Siem Reap n’était encore qu’une petite ville paisible.
Au fil des décennies, l’hôtel cinq étoile est devenu une véritable institution. Plus qu’un simple lieu de séjour, il raconte une partie de l’histoire d’Angkor et du Cambodge, tout en conservant le charme des grands hôtels d’Asie qui ont traversé le temps.
Dès l’arrivée, le rythme change. Derrière les majestueux arbres centenaires qui bordent l’avenue Charles-de-Gaulle, le tumulte de Siem Reap s’efface progressivement. Le regard est immédiatement attiré par cette imposante façade blanche aux lignes Art déco, parfaitement intégrée dans un vaste jardin tropical. L’atmosphère évoque les grandes expéditions des années 1930, lorsque les explorateurs, archéologues et écrivains faisaient escale ici avant de partir à la découverte de la cité perdue des rois khmers.

Ouvert en 1932, le Grand Hotel d’Angkor fut le premier véritable hôtel de luxe construit à Siem Reap. À cette époque, le site d’Angkor retrouvait progressivement sa place parmi les plus grandes découvertes archéologiques du monde et les premiers voyageurs fortunés affluaient pour admirer les temples récemment restaurés par l’École française d’Extrême-Orient. L’hôtel fut imaginé pour répondre à cette nouvelle clientèle internationale, offrant un niveau de confort inédit dans cette région encore confidentielle.
Comme son établissement frère de Phnom Penh, le Raffles Grand Hotel d’Angkor a traversé les grandes heures de l’histoire cambodgienne. Après des décennies marquées par les conflits, il renaît en 1997 sous l’enseigne Raffles, à l’issue d’une restauration exemplaire qui a permis de préserver son architecture d’origine tout en lui offrant le confort d’un hôtel cinq étoiles contemporain. Aujourd’hui encore, il est souvent surnommé « la Grande Dame d’Angkor », une distinction qui résume parfaitement son statut.
L’architecture conserve tout le charme des grands hôtels coloniaux d’Asie. Les hauts plafonds, les sols en damier noir et ivoire, les élégantes ferronneries Art déco, les larges couloirs baignés de lumière et les meubles en bois précieux créent une atmosphère où chaque détail semble raconter une époque où le voyage était avant tout une aventure.
Les chambres et suites prolongent cette élégance discrète. Les tissus en soie cambodgienne, les parquets en bois noble, les ventilateurs de plafond et le mobilier réalisé sur mesure rappellent le raffinement des années trente, tandis que les équipements répondent naturellement aux attentes des voyageurs d’aujourd’hui. Toutes bénéficient du célèbre service de majordome Raffles, véritable signature de la marque depuis plus d’un siècle.
Certaines suites rendent hommage aux grands explorateurs qui ont contribué à faire connaître Angkor au reste du monde. Les suites Henri Mouhot, Louis Delaporte, Henri Marchal ou John Thomson évoquent ces pionniers qui, chacun à leur manière, ont participé à révéler le patrimoine khmer à l’Occident. Une manière élégante de prolonger le dialogue permanent entre histoire et voyage qui imprègne tout l’établissement.

Le cœur de l’hôtel bat autour de son immense piscine de 35 mètres, l’une des plus emblématiques du Cambodge. Entourée de frangipaniers et de jardins tropicaux, elle invite à ralentir après une journée passée sous le soleil d’Angkor. À quelques mètres, le Raffles Spa prolonge cette parenthèse avec des soins inspirés des traditions cambodgiennes, tandis que les courts de tennis, les espaces de détente et les terrasses ombragées participent à cette sensation d’oasis au cœur de Siem Reap.
La gastronomie occupe également une place essentielle. Le restaurant 1932, baptisé en hommage à l’année d’ouverture de l’hôtel, revisite le patrimoine culinaire cambodgien avec une approche contemporaine, tandis que le Café d’Angkor propose une cuisine internationale dans une atmosphère plus décontractée. L’incontournable Elephant Bar, véritable institution locale, perpétue quant à lui l’art du cocktail selon la tradition Raffles, dans un décor qui semble figé dans le temps.
Mais la véritable richesse du Raffles Grand Hotel d’Angkor réside sans doute dans sa proximité avec les temples classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. En une dizaine de minutes seulement, les premières pierres d’Angkor apparaissent. Les équipes de l’hôtel organisent des expériences sur mesure, des visites privées au lever du soleil aux découvertes guidées par des spécialistes de l’histoire khmère.

Les temples d’Angkor se distinguent par une architecture monumentale profondément liée aux croyances hindoues puis bouddhistes. Beaucoup sont conçus comme des représentations symboliques du mont Meru, centre de l’univers dans la cosmologie hindoue, avec des tours-sanctuaires, des enceintes concentriques, des douves et de longues galeries sculptées. Chaque édifice possède cependant sa propre identité : Angkor Wat impressionne par sa symétrie et ses bas-reliefs d’une finesse exceptionnelle ; le Bayon par ses célèbres tours ornées de visages monumentaux ; Ta Prohm par ses ruines enlacées dans les racines des fromagers et des figuiers ; tandis que Banteay Srei se distingue par la délicatesse de ses sculptures réalisées dans un grès rose. Au-delà de leur fonction religieuse, ces temples témoignent de la puissance des souverains khmers, de leur maîtrise de l’architecture et de l’hydraulique, mais aussi de l’évolution spirituelle de l’Empire, de l’hindouisme vers différentes formes de bouddhisme.
Il est difficile de rester insensible en parcourant le site d’Angkor. Dès les premiers pas, une impression de calme s’impose, presque irréelle. Les pierres portent les traces de plusieurs siècles d’histoire, tandis que les arbres semblent enlacer les temples comme une protection, une symbiose. Le silence est seulement interrompu par le chant des oiseaux ou le bruissement des feuilles, on éprouve un mélange de fascination, d’humilité et d’émerveillement. Plus qu’une visite, Angkor invite à ralentir, à observer et à prendre la mesure du génie de la civilisation khmère. C’est un lieu qui laisse une empreinte durable, autant par sa beauté que par l’atmosphère singulière qui s’en dégage.
De retour à l’hôtel, on comprend pourquoi tant de personnalités ont choisi d’y séjourner. Charlie Chaplin, Jacqueline Kennedy, Charles de Gaulle, Président Barack Obama, Roger Moore ou encore José Carreras figurent parmi les hôtes qui ont contribué à écrire la légende des lieux. Pourtant, malgré cette histoire prestigieuse, l’atmosphère demeure étonnamment sereine. Rien n’y paraît ostentatoire. Tout semble pensé pour laisser la vedette au Cambodge lui-même.
Séjourner au Raffles Grand Hotel d’Angkor, c’est finalement retrouver l’esprit du voyage tel qu’il existait autrefois. Celui où l’on prenait le temps d’observer, de comprendre et de s’imprégner des lieux. Bien plus qu’une adresse, cet hôtel demeure le compagnon naturel de la découverte d’Angkor, offrant un équilibre rare entre patrimoine, hospitalité et élégance intemporelle. Pour beaucoup, il ne constitue pas seulement la plus belle adresse de Siem Reap : il est déjà une part du voyage lui-même.
Photos : Patrick Koune









































