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Rimac Nevera R, l’orage croate

Rimac Nevera R, l’orage croate

Par Sébastien Léger

Certaines voitures impressionnent par leurs chiffres, d’autres laissent une empreinte bien plus profonde. En découvrant la Rimac Nevera R, j’ai eu le sentiment de voir bien plus qu’une nouvelle hypercar : le symbole d’une génération qui ose renverser les certitudes. Ce qui me fascine, ce n’est pas seulement sa puissance, mais l’histoire qu’elle raconte. Celle d’une jeune entreprise croate qui, avec une vision et une ambition hors normes, est venue s’asseoir à la table des plus grands sans demander la permission. Dans un univers longtemps dominé par des marques centenaires, cette réussite a quelque chose de profondément inspirant.

Franchement, il y a quelque chose de fascinant dans cette success story. On parle beaucoup de tradition dans l’automobile, de lignées, de légendes construites sur des décennies. Rimac, elle, est arrivée autrement, sans passé centenaire, sans musée rempli d’icônes des années 1950, sans roman patrimonial à réciter. Elle s’est imposée par la force de la vision, de l’ingénierie et d’une ambition que beaucoup avaient sans doute sous-estimée au départ. Et, au fond, rappelons qu’une tradition, c’est une nouveauté qui a réussi !

Une histoire moderne, au sens noble du terme

Ce que j’aime dans l’histoire de Rimac, c’est justement son point de départ. Celui d’un passionné, Mate Rimac, qui, après avoir cassé le moteur de sa BMW E30, choisit de ne pas refaire le chemin attendu. Au lieu de réparer, il invente, il transforme un problème en point de bascule. De cette intuition naît, quelques années plus tard, l’une des aventures les plus singulières de l’automobile contemporaine.

Il y a dans ce parcours quelque chose de très pur. Presque de très européen, au fond. Une progression par le travail, par l’intelligence, par la volonté de faire mieux, sans avoir besoin de beaucoup parler plus fort que les autres. C’est sans doute pour cela que Rimac me paraît intéressante bien au-delà de ses performances. La marque donne le sentiment d’avoir grandi vite, mais sans brûler les étapes dans sa tête.

Et cette montée en puissance ne s’arrête d’ailleurs pas à ses seules hypercars. Aujourd’hui, Rimac Group détient 55 % de Bugatti Rimac, ce qui en dit long sur le chemin parcouru. On parle tout de même d’une jeune entreprise croate devenue majoritaire dans la structure qui réunit désormais les univers Bugatti et Rimac. Ce n’est pas seulement un symbole. C’est la preuve qu’en très peu de temps, Mate Rimac est passé du statut d’outsider brillant à celui d’acteur central de la haute performance mondiale.

Rima Nereva R

De la curiosité électrique à la vraie légitimité

Au début, beaucoup ont regardé Rimac comme une curiosité. Une sorte d’ovni technologique venu d’un territoire qui n’était pas censé produire ce type de voitures. La Concept_One avait déjà cette force-là, celle d’ouvrir une brèche. Mais c’est vraiment avec la Nevera que la marque a changé de dimension.

La Nevera a fait tomber un verrou. Elle a prouvé qu’une hypercar électrique pouvait cesser d’être un objet expérimental pour devenir une vraie référence. Pas seulement rapide. Pas seulement innovante. Référente. C’est une nuance importante. Et la Nevera R pousse encore plus loin cette démonstration, parce qu’elle ne cherche plus à convaincre. Elle agit déjà comme une voiture sûre d’elle.

Nevera R, la version qui serre les dents

La Nevera R est plus extrême, bien sûr. Plus affûtée, plus brutale, plus tendue dans son intention. Les chiffres sont vertigineux, 2 107 chevaux, 2 340 Nm de couple, plus de 430 km/h, des accélérations qui paraissent presque absurdes à l’échelle d’une voiture homologuée. Ce couple colossal aide d’ailleurs à comprendre ce que cette voiture provoque réellement, pas seulement une accélération spectaculaire, mais une poussée presque physique, immédiate, totale, qui fait sortir l’expérience du simple cadre automobile.

Mais ce qui me frappe surtout, c’est la cohérence de l’ensemble. On sent que la voiture n’a pas simplement été “gonflée” pour afficher quelques records supplémentaires. Tout a été repris dans la même logique. L’aéro, le châssis, la gestion du couple, le freinage, l’attitude générale de l’auto. La Nevera R donne l’impression d’une machine qui a resserré sa posture. Comme si la Nevera avait décidé de se muscler sans perdre son intelligence.

Et c’est là que Rimac devient crédible à un niveau très élevé. Parce qu’une voiture de plus de 2 000 chevaux pourrait facilement tomber dans la caricature. Ici, non. On sent derrière elle une vraie mise au point, une vraie lecture de la performance, quelque chose de plus réfléchi que spectaculaire.

La Founder’s Edition

Le modèle dont je parle est la Rimac Nevera R Founder’s Edition 2026, et ce n’est évidemment pas un détail. Parce que cette version-là condense tout ce que la voiture veut représenter.

Plus qu’une simple déclinaison de lancement, la Founder’s Edition a presque une dimension symbolique. Elle met en scène la Nevera R comme un objet manifeste, une pièce rare, une auto qui ne cherche pas seulement à aller très vite, mais à marquer son territoire. Sa présentation à St. Moritz en disait déjà long. Ce n’était pas qu’un décor. C’était une manière d’installer la voiture dans un univers précis, celui du luxe discret, de l’exclusivité calme, de la radicalité qui n’a pas besoin de forcer le trait.

Et c’est probablement ce qui me plaît le plus dans cette version. Elle ne crie pas, elle impose autre chose : une forme de présence.

Une rareté qui a du sens

La Nevera R sera produite à seulement 40 exemplaires, dont 10 Founder’s Edition. Sur le papier, cela renforce évidemment son aura. Mais, pour une fois, cette rareté ne ressemble pas à un argument de communication plaqué sur une voiture spectaculaire. Elle paraît logique, naturelle même.

Une voiture pareille n’a pas vocation à être vue partout. Elle existe précisément parce qu’elle reste rare, parce qu’elle appartient à ce monde très à part des automobiles qui comptent autant pour ce qu’elles représentent que pour ce qu’elles accomplissent. Et dans le cas de la Nevera R, cette rareté ne relève pas du caprice marketing, elle accompagne simplement la radicalité du projet.

Batterie, moteurs, ce qu’on sait vraiment

Sur un sujet comme celui-là, je trouve important de rester clair. Rimac met fortement en avant le fait que la voiture est développée et assemblée en Croatie, avec une intégration technique très poussée. Les moteurs, le développement de la chaîne de propulsion, l’architecture globale et l’intégration du pack batterie relèvent bien de cette culture maison qui fait aujourd’hui partie de l’identité Rimac.

Là où il faut être un peu plus nuancé, c’est sur l’origine exacte des cellules de batterie. La marque communique sur la conception et l’assemblage de ses batteries, mais ne détaille pas publiquement, de façon totalement limpide, la provenance précise des cellules utilisées sur la Nevera R elle-même. Donc oui, l’empreinte croate est réelle, forte, même évidente sur toute la partie développement, intégration, moteur et pack, mais il vaut mieux éviter de simplifier à outrance sur les cellules tant qu’il n’y a pas de confirmation officielle.

Et, au fond, dire les choses comme ça me paraît plus sérieux.

Pendant que la Chine accélère, l’Europe n’a pas dit son dernier mot

C’est aussi là que le sujet devient intéressant à une autre échelle. Parce qu’on parle énormément, et parfois avec raison, de la montée en puissance de la Chine dans l’automobile électrique. Les grands groupes chinois avancent vite, très vite, avec une force industrielle considérable. Quand on voit ce que BYD est capable de faire, y compris sur le terrain des supercars avec la Yangwang U9, on comprend bien que le centre de gravité du secteur est en train de bouger.

Mais ce serait une erreur de croire que tout se joue là-bas. L’Europe a aussi son champion. Plus discret, plus confidentiel, moins massif évidemment, mais tout aussi révolutionnaire dans son genre. Ce champion, c’est Rimac.

La différence entre les deux approches est d’ailleurs passionnante. Là où BYD impressionne par sa vitesse d’exécution, sa verticalité industrielle, sa confiance nouvelle, Rimac fascine par sa radicalité technique, par son audace, par sa capacité à faire émerger depuis la Croatie une machine qui redéfinit les standards du segment. L’un avance à la manière d’un géant. L’autre à la manière d’un spécialiste absolu. Plus discret, plus rare, plus humble peut-être dans la forme, mais tout aussi révolutionnaire dans le fond.

Et, au fond, la vraie question commence presque à se dessiner d’elle-même, à quand un vrai Rimac contre BYD dans l’imaginaire collectif des passionnés ? Car l’avenir de la performance électrique ne se joue pas seulement en Chine. Le vieux continent, lui aussi, a déjà son porte-étendard.

Pourquoi la Nevera R compte déjà

La Nevera R ne compte pas seulement parce qu’elle va très vite. Elle compte parce qu’elle donne un visage crédible à une nouvelle hiérarchie. Elle montre qu’une marque encore jeune peut déjà exister au sommet, non comme une anomalie sympathique, mais comme un acteur majeur. Et cela change beaucoup de choses.

Ce qui est en train de se passer avec Rimac dépasse le cadre d’un seul modèle. La marque construit son propre récit. Elle se donne ses propres repères, ses propres codes, sa propre façon de faire rêver. Et ça, dans un monde automobile saturé d’images, de storytelling et de promesses, ce n’est pas rien.

La Rimac Nevera R n’est pas une simple vitrine technologique. Elle n’est pas non plus seulement une machine à records. Elle est la preuve qu’un constructeur encore récent peut aujourd’hui imposer sa vision au sommet.

Plus qu’une évolution de la Nevera, elle ressemble à une affirmation. Celle d’une marque qui ne demande plus la permission d’exister parmi les plus grands. Celle aussi d’une Europe qui, même plus discrète, même plus feutrée que d’autres, sait encore faire émerger un champion.

Et c’est peut-être cela, au fond, qui me plaît le plus dans cette voiture. Au-delà des records, au-delà de la fiche technique, au-delà du choc visuel, elle donne le sentiment qu’une nouvelle page est déjà en train de s’écrire. Et que cette fois, la Croatie en tient la plume.

Visuels : Rimac

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