Par Carine Loeillet
Au cœur de la campagne de Tarente, la cité des deux mers, une ancienne masseria du XVIIIe siècle a été transformée en hôtel et spa. Entourés d’oliviers séculaires, ces bâtiments chargés d’histoire invitent à une expérience immersive dans les Pouilles authentiques.

À deux heures et demie d’avion de Paris, l’aéroport de Brindisi se présente comme la porte d’entrée des Pouilles, sur la côte adriatique. Après moins d’une heure de voiture pour rejoindre l’autre côté du talon de la Botte, la ville de Tarente – Taranto, en italien – borde la mer Ionienne, entre la baie du Mar Grande et la lagune du Mar Piccolo.
Dans les terres, cernée d’oliveraies, se détache la bâtisse du Relais Histò San Pietro, Hotel & Spa. Les propriétaires des lieux, Giovanni Colomba et sa femme Adriana, avec leur neveu Giovanni Colomba Junior, accueillent les visiteurs de manière à ce qu’ils soient considérés comme des invités de la famille. Ils veillent à ce que chaque hôte se sente attendu et reconnu. D’ailleurs, le personnel parle très bien français et s’applique à ce que l’hospitalité reste aussi sincère que discrète. Il nous conduit vers les neuf chambres du bâtiment ancien, à l’étage, dont certaines bénéficient d’une terrasse avec vue sur la cour et les champs, avec la mer Piccolo à l’horizon. D’une impressionnante hauteur sous plafond, les pièces sont spacieuses et voûtées. Elles sont équipées de mobilier contemporain aux lignes épurées, qui dialogue avec la pierre millénaire des lieux.
De l’autre côté de cette bâtisse, des bâtiments plus récents forment un cloître et cachent 37 chambres, dont la suite Mar Piccolo, qui dispose d’une terrasse privative, accessible depuis la chambre ou le salon.
Même s’il impressionne par l’étendue du site, le Relais Histò***** conserve des dimensions humaines avec ses 48 chambres, dont 15 suites, mêlant le charme rustique de la tradition avec le confort moderne. L’établissement est né de la restauration d’une ancienne masseria du XVIIIe siècle – nom donné dans les Pouilles à un ensemble de bâtiments de ferme – découverte en 1994 par Giovanni Colomba – qui lui a redonné vie. Enfant du pays, profondément attaché à ses racines, lorsque Giovanni découvre les ruines de cette ancienne masseria oubliée, il décide d’investir 30 millions d’euros pour entreprendre une restauration titanesque qu’il réalise avec soin, dans le respect des pierres locales et des structures historiques. Face au bâtiment principal, une basilique romane du XIe siècle s’était effondrée. Elle n’avait plus de toit ni de sol ; une église plus petite avait même pris place à l’intérieur de la première et englobait les colonnes. Giovanni Colomba a consacré une douzaine d’années à sa reconstruction. Aujourd’hui, avec ses trois nefs, ses colonnes à nouveau dégagées et ses fresques médiévales, la basilique accueille mariages, concerts et célébrations.
Sous le bâtiment, un aqueduc antique a été mis au jour et peut être observé à travers une vitre sur le sol de la basilique. En empruntant l’escaliser qui descend, le visiteur découvre le tronçon de cet aqueduc qui conduit jusqu’à la mer. Une plongée archéologique dans 3 000 ans d’histoire de ces lieux rappelle qu’il fut d’abord un village grec avant l’époque romaine.

Derrière la basilique, un autre site a été préservé. C’était une ancienne carrière de pierres, qui a servi à la construction de la ville de Tarente. Les roches sont visibles autour de la vaste piscine extérieure qui conduit au spa. Inspiré des thermes antiques, le spa Culti, d’une superficie de 1 750 m², représente l’un des plus grands établissements du genre dans le sud de l’Italie. Il dispose d’une salle de sport, d’un sauna pensé comme une cabane avec vue sur le jardin, d’un hammam, de trois piscines intérieures d’eau chaude – dont une s’ouvre vers l’extérieur et se prolonge dans la roche -, de salles de massage pour une à deux personnes et d’un espace de repos. Sans oublier un ancien trulli, utilisé comme une escale afin de retrouver la température normale du corps après les bains chauds. Dans cet écrin contemporain du bien-être, l’eau, la pierre et la lumière s’allient pour régénérer le corps et l’esprit. Après deux heures de ce parcours sensoriel, nous avons totalement oublié le monde extérieur…
Près de la plage qui borde la piscine côté jardin, des espaces de jeu sont aménagés pour les enfants et un autre, pour les chiens. Dans le parking bordé d’oliviers, des chevaux sont régulièrement préparés pour des promenades. Et pour ceux qui préfèrent explorer la propriété à vélo, l’équipement leur est gracieusement prêté.
Le domaine est immense, cerné de champs de melons et de pastèques mais surtout, de 70 hectares d’oliveraies, à l’intérieur desquelles des pique-niques sont organisés aux beaux jours. Parmi ces quelque 10 000 arbres souvent séculaires, certains ont jusqu’à 1 100 ans. Les oliviers du Relais Histò ont échappé par miracle à la bactérie Xylella fastidiosa qui a ravagé le Salento, la pointe sud des Pouilles. Adriana Colomba explique que son mari Giovanni a mobilisé ses équipes pour sauver ces arbres. Il a pris soin d’eux au quotidien, les a fait tailler régulièrement et leur a permis de survivre. Ingénieure de formation, après vingt ans dans l’industrie aéronautique, Adriana a choisi de mettre aujourd’hui sa rigueur professionnelle au service de l’hôtellerie. Au Relais Histò, elle veille à ce que tout soit orchestré avec simplicité et raffinement, pour offrir à ses hôtes une hospitalité délicate. Elle est venue en personne, avec son neveu, nous chercher et nous accompagner à l’aéroport. Elle a aussi pris une matinée pour nous faire découvrir le village de Grottaglie, connu pour son savoir-faire en matière de céramiques.

Elle nous conduit dans les oliveraies pour nous aider à comprendre ce que représente ce terroir exceptionnel, avec la proximité de Mar Piccolo qui tempère les variations climatiques. Ce sol calcaire et semi-argileux riche permet la production d’une huile d’olive extra vierge, l’huile Nativo, cultivée en agriculture biologique. La récolte est réalisée à la main à maturité entre fin octobre et début novembre. Cette huile d’olive, issue des oliveraies du domaine, est réalisée en petites quantités, pressée à froid et élaborée à partir de variétés locales. L’huile Nativo révèle un profil délicat aux notes végétales et d’amande, parfaitement équilibré. Dans le restaurant du Relais Histò, la Lanternaia, elle est posée sur chaque table et utilisée dans les recettes du chef. La Lanternaia propose une cuisine de terroir, valorisant les produits du potager, les ressources locales et les traditions culinaires des Pouilles. Herbes aromatiques, fruits et légumes viennent du jardin. D’ailleurs, le chef Francesco nous a invités à le suivre dans le potager, où il a ramassé des feuilles de chicorée puis, dans les vastes cuisines de son restaurant, pour l’observer dans la préparation d’une recette typique de la cuisine paysanne des Pouilles, à base de fèves sèches, de chicorée et de pommes de terre.
Le plat nous a ensuite été servi lors du déjeuner, accompagné de pain de campagne et assaisonné d’huile d’olive. À notre demande, la table a été dressée dans un tout petit bâtiment ancien, de forme octogonale, appelé l’Ottagono, sans portes ni toit, mais protégé du soleil par des branchages. Un moment hors du temps, avec un service à quatre mains délivré par un personnel aux petits soins. Les plats défilent, centrés sur une cuisine familiale et des spécialités des Pouilles, accompagnés par une sélection soignée de vins. Au sous-sol du bâtiment ancien, une magnifique cave voûtée conserve au frais les précieux flacons.

Dans chaque chambre, une bouteille de vin rouge nous avait accueillis dès notre arrivée, accompagnée de biscuits faits maison et de fèves grillées. Ce vin Primissimo, issu de l’agriculture biologique, est produit dans le Salento par Guy Martin, le célèbre chef français qui a quitté le Grand Véfour, son restaurant parisien du Palais-Royal, pour passer davantage de temps dans le Salento. Il y a restauré trois palais transformés en chambres d’hôtes à Nardò, dans la province de Lecce, et a acheté une vigne pour proposer son propre vin. Guy Martin a sympathisé avec Giovanni Colomba, touché par la passion que voue cet homme à sa terre natale.

En effet, depuis dix-huit ans, Giovanni et sa famille consacrent leur vie à l’accueil et au bien-être de leurs hôtes. Ils ont conçu le Relais Histò comme un ensemble d’espaces ouverts, de terrasses, de bâtiments autour d’une vaste cour intérieure dédiée notamment aux célébrations et fêtes, aux moments de vie exceptionnels. Banquets et réceptions, notamment des mariages, sont régulièrement organisés dans la basilique et dans la cour pavée.
Pendant cette parenthèse de trois jours, nous n’avons pas pu rester insensibles à la richesse patrimoniale du domaine, à l’accueil particulièrement chaleureux de la famille Colomba et de son personnel. Le Relais Histò nous est apparu comme un véritable sanctuaire de beauté et de sérénité, où les vieilles pierres chargées de mémoire et les oliviers séculaires semblent avoir pour mission de nous protéger du reste du monde.
Texte et photos Carine Loeillet



































