Du 25 au 30 mars 2026, Palais Brongniart accueille la 34ᵉ édition du Salon du Dessin, événement de référence mondiale consacré aux arts graphiques. Chaque printemps, ce rendez-vous d’exception transforme Paris en capitale internationale du dessin, réunissant collectionneurs, conservateurs de musées, galeristes et amateurs éclairés autour des plus belles feuilles de l’art ancien, moderne et contemporain.
Le Palais Brongniart est un écrin patrimonial au cœur de Paris. Situé Place de la Bourse, en plein cœur du 2ᵉ arrondissement de Paris, son architecture incarne l’élégance néoclassique parisienne. Construit au début du XIXᵉ siècle par l’architecte Alexandre-Théodore Brongniart, ce monument historique, autrefois siège de la Bourse de Paris, offre aujourd’hui un cadre spectaculaire aux grands événements culturels internationaux. Ses colonnades monumentales, ses volumes majestueux et sa lumière zénithale confèrent au Salon du Dessin une atmosphère solennelle et intemporelle, parfaitement en résonance avec la noblesse du papier et la délicatesse des arts graphiques. En accueillant chaque année cet événement d’exception, le Palais Brongniart s’affirme comme un lieu de convergence entre patrimoine architectural, marché de l’art et création contemporaine, ancrant durablement le Salon du Dessin dans la géographie culturelle parisienne.

Le dessin comme art de vivre : signatures, regards et transmissions
Au Salon du Dessin 2026, le dessin ne se limite jamais à un exercice préparatoire. Il devient langage, mémoire, matière sensible. Dans les salons du Palais Brongniart, chaque feuille raconte une histoire intime entre la main de l’artiste et le temps qui l’a traversée. Cette édition s’inscrit pleinement dans cette vision du dessin comme art de vivre, à la croisée du geste, de la pensée et de l’émotion.
Invité d’honneur, le MuMa – Musée d’art moderne André Malraux du Havre orchestre un parcours d’une grande cohérence, reliant l’impressionnisme aux audaces du XXᵉ siècle. Des études de Prud’hon aux pastels vibrants de Degas, des aquarelles atmosphériques de Boudin aux bleus lumineux de Raoul Dufy, le dessin révèle ici toute sa puissance narrative. Ces œuvres, souvent réalisées dans l’intimité de l’atelier, donnent à voir la naissance de la forme, le moment fragile où l’idée devient image.
Le MuMa – Le Havre, invité d’honneur 2026
Invité d’honneur de cette 34ᵉ édition, le MuMa – Musée d’art moderne André Malraux propose une sélection exceptionnelle de 36 œuvres issues de ses collections, riches de plus de 1 000 dessins. Ce parcours met en lumière l’héritage artistique normand, de l’impressionnisme à l’abstraction, à travers des feuilles majeures signées Degas, Boudin, Sisley, Pissarro, Odilon Redon, Raoul Dufy ou Sonia Delaunay.
Moment fort de cette présentation : les bleus vibrants de Raoul Dufy, véritables traductions graphiques de la lumière maritime du Havre, dialoguent avec les pastels impressionnistes et les audaces chromatiques du XXᵉ siècle, offrant une lecture sensible et historique du dessin comme médium autonome.

Galeries d’excellence : l’élégance du regard
Les galeries présentes au Salon du Dessin 2026 incarnent une certaine idée du luxe culturel : celle du temps long, du regard formé, de la transmission. Didier Aaron & Cie, Florence Chibret-Plaussu, Stephen Ongpin Fine Art, Galerie de Bayser ou Galerie de la Présidence défendent des feuilles rares, choisies avec une exigence quasi muséale. Leurs stands composent une cartographie raffinée du dessin européen, où le trait d’Ingres dialogue avec les recherches graphiques de Bonnard, Valadon ou Pissarro.
Dans cet univers feutré, le papier devient matière précieuse. Papier bleu, papier chamois, papier brun : chaque support influence la lumière, la profondeur, l’émotion. Le collectionneur averti y reconnaît une sensualité discrète, celle d’un art qui se dévoile sans jamais s’imposer.
Redécouvertes et solos shows : le luxe de la singularité
L’édition 2026 se distingue par plusieurs stands monographiques, véritables respirations curatoriales. La galerie new-yorkaise Demisch Danant consacre un ensemble remarquable à Eugène Isabey, maître romantique des paysages maritimes. Ses aquarelles et gouaches, baignées de gris argentés et de blancs écumeux, traduisent une vision presque cinématographique de la mer, oscillant entre calme et tempête.
À Londres, la galerie James Butterwick met en lumière l’œuvre bouleversante du symboliste ukrainien Dmitry Lebedev, disparu à seulement 23 ans. Ses dessins, habités par la solitude et le rêve, résonnent aujourd’hui comme des fragments de mémoire, chargés d’une intensité presque mystique. La Galerie Michel Descours, quant à elle, présente un ensemble rarissime de dessins mythologiques de Louis Cretey, dont la puissance graphique et l’extrême rareté séduisent les amateurs d’art ancien les plus exigeants.
Paysage intérieur, paysage du monde
Du panorama romain au paysage mental, le dessin s’affirme comme un territoire d’exploration. La galerie Paolo Antonacci expose de grandes aquarelles de Salomon Corrodi, vues majestueuses de Rome où chaque monument semble émerger d’une lumière suspendue. En contrepoint, la Galerie La Forest Divonne révèle l’univers d’Alexandre Hollan, dont les arbres, observés et redessinés pendant des décennies, deviennent presque des portraits. Ici, le dessin n’illustre pas la nature : il en capte la respiration.

Le dessin contemporain : un luxe d’audace et de liberté
Ancré dans son époque, le Salon du Dessin affirme également sa modernité à travers le Prix de dessin contemporain de la Fondation Daniel & Florence Guerlain. Les lauréats 2026 incarnent trois visions radicales du médium. Cathryn Boch transforme cartes et photographies en territoires sensibles, cousus et réparés comme des fragments de mémoire. Simon Schubert invente un dessin sans crayon, fondé sur le pliage du papier, où la lumière et le vide deviennent formes. Renie Spoelstra, enfin, renoue avec la monumentalité du fusain pour créer des paysages intérieurs d’une densité presque philosophique.
Autour du Salon, la Semaine du Dessin déploie un parcours culturel hors-les-murs associant une vingtaine d’institutions prestigieuses : Musée d’Orsay, BnF, Petit Palais, Musée Picasso-Paris, Musée des Arts Décoratifs, Académie des Beaux-Arts, ou encore la Collection Émile Hermès. Cette synergie fait de Paris, au printemps, un véritable hub international du dessin, attractif pour les visiteurs français et internationaux.
Plus qu’une exposition, cet évènement s’impose comme un rendez-vous de connaisseurs, un moment suspendu où l’art se mesure à la qualité du regard plutôt qu’à l’éclat du spectaculaire. À Paris, pendant quelques jours, le dessin retrouve sa place originelle : celle d’un art essentiel, intime, profondément humain. Un art qui célèbre la culture comme un patrimoine vivant, à ressentir autant qu’à contempler.
Ema Lynnx
Photos : Salon du Dessin



































