Menu & Search
Daisuke Nakano, la nature en pleine lumière

Daisuke Nakano, la nature en pleine lumière

Par Ema Lynnx

À Fine Arts Paris 2026, Ippodo Gallery présentera le travail de Daisuke Nakano, peintre japonais qui donne un nouveau souffle au Nihonga. Sur ses paravents et ses feuilles de washi, fleurs, oiseaux, papillons et feuillages se déploient dans des compositions foisonnantes où les pigments minéraux rencontrent l’or et l’argent. Une peinture de patience et de lumière, profondément japonaise dans ses techniques, mais très libre dans son expression.

À première vue, les tableaux de Daisuke Nakano ont quelque chose d’immédiatement réjouissant. Ils débordent de fleurs, d’oiseaux, de couleurs et de mouvements. Une branche traverse l’espace, un papillon surgit au milieu d’un feuillage, les pétales semblent pris dans une légère brise. Puis, lorsque l’on s’approche, l’image change; et ce qui paraissait presque spontané révèle une construction extrêmement précise, faite de centaines de gestes, de pigments déposés patiemment et de détails parfois minuscules. C’est sans doute dans ce mélange d’évidence et de sophistication que réside une grande partie du charme de son travail.

Né à Kyoto en 1974, Daisuke Nakano commence très tôt à exposer : il participe à sa première exposition collective à seulement 19 ans, au Tokyo Metropolitan Art Museum. Au fil des années, il développe un langage personnel à partir des techniques du Nihonga, cette peinture japonaise qui utilise notamment des pigments naturels et minéraux appliqués sur du papier traditionnel washi.

Le Nihonga, dont le sens littéral est « peinture japonaise », désigne une tradition picturale modernisée à la fin du XIXe siècle pour affirmer une voie propre face à l’influence occidentale. Plus qu’un style, il repose sur des matériaux et des gestes spécifiques : papier washi ou soie, pigments minéraux naturels finement broyés, encre, colle nikawa, parfois feuilles d’or ou d’argent. Ces matières donnent aux œuvres une profondeur et une luminosité très particulières, tout en laissant une place essentielle au vide et à la respiration de la composition. Daisuke Nakano s’inscrit pleinement dans cet héritage, qu’il réinterprète à travers des compositions foisonnantes de fleurs, d’oiseaux et de paysages, profondément ancrées dans la tradition japonaise mais résolument contemporaines.

À Fine Arts Paris avec Ippodo Gallery

Du 19 au 23 septembre 2026, son travail sera présenté sous la verrière du Grand Palais à l’occasion de . Pour sa première participation au salon, Ippodo Gallery, installée à Tokyo et New York, occupera le stand N25 avec une exposition intitulée Quiet Metamorphosis: A Resurgence of Kogei.

Le projet réunit plusieurs artistes japonais contemporains autour d’une même idée : montrer comment des savoir-faire transmis depuis des générations peuvent continuer à évoluer sans perdre leur identité. Céramique, textile, bambou, laque, métal, bois, papier et peinture y composeront un panorama très actuel du kogei, terme japonais qui désigne un champ situé à la rencontre de l’art et des métiers d’art.

Dans cet ensemble, Daisuke Nakano occupe une place singulière. Il travaille avec de fins lavis d’encre et des pigments minéraux naturels broyés, appliqués sur du papier washi. Son univers fera ainsi dialoguer la peinture avec des pièces de céramique, de laque ou de textile réalisées par d’autres maîtres japonais.

Fine Arts Paris a d’ailleurs choisi son œuvre Dancing Blossoms, réalisée en 2025 et présentée par Ippodo Gallery, parmi les pièces mises en avant pour annoncer l’édition 2026.

Dancing Blossoms

Le Nihonga, une peinture qui prend son temps

Pour comprendre le travail de Nakano, il faut s’attarder sur sa technique.

Le Nihonga repose sur des matériaux qui n’ont que peu de choses à voir avec les peintures industrielles contemporaines. Daisuke Nakano prépare ses couleurs à partir de pigments minéraux réduits en poudre, qu’il mélange à une colle naturelle appelée nikawa, traditionnellement issue du collagène animal et diluée dans l’eau. Il peint ensuite sur du papier washi, souvent associé à des feuilles d’or ou d’argent.

Les couleurs ne se mélangent pas comme de la peinture à l’huile. La granulométrie des minéraux, la quantité de colle, l’absorption du papier ou la superposition des couches modifient la profondeur et la lumière. Chaque trait compte. Ippodo Gallery souligne d’ailleurs que Nakano ne réalise que quelques œuvres par an, tant son travail exige patience et précision.

Dans certaines compositions, les feuilles d’argent sont posées côte à côte en fines plaques. Elles créent en arrière-plan une trame presque imperceptible qui capte différemment la lumière suivant la position du spectateur. La peinture cesse alors d’être totalement fixe : elle évolue avec l’éclairage et avec celui qui la regarde.

Une tradition japonaise, sans nostalgie

Daisuke Nakano connaît parfaitement l’histoire de la peinture japonaise, mais il n’en fait jamais un exercice de citation. Ses œuvres évoquent notamment l’héritage de l’école Rinpa, apparue au XVIIe siècle et connue pour ses compositions décoratives, ses fonds d’or ou d’argent et son goût pour la nature. On peut également percevoir l’influence de Maruyama Ōkyo, peintre du XVIIIe siècle qui introduisit davantage d’observation naturaliste dans l’art japonais. Et Nakano utilise cette histoire comme un vocabulaire disponible.

Le format du byōbu, le grand paravent japonais, revient régulièrement dans son travail. Sur plusieurs mètres de largeur, il lui permet de construire de véritables paysages dans lesquels le regard peut entrer. Glycines, magnolias, pivoines, pins, paons ou grues prennent alors possession de l’espace. Son site présente ainsi plusieurs grands paravents, parmi lesquels Illuminates All Over the World, Magnolia “Luminous Wind” ou encore Pine Tree Rising to the Heavens.

Mais ses compositions sont souvent beaucoup plus denses que celles de ses prédécesseurs. Là où la peinture japonaise traditionnelle sait laisser de grands espaces silencieux, Nakano aime parfois remplir presque toute la surface : les formes se chevauchent, les couleurs se répondent, les oiseaux disparaissent à moitié derrière les fleurs. Cette profusion crée une sensation étonnamment contemporaine.

Peindre non pas la nature, mais son énergie

Chez Nakano, la nature n’est jamais un simple décor. Il observe les plantes et les animaux avec attention, mais ses paysages ne cherchent pas à reproduire un lieu réel. Ce sont plutôt des jardins imaginaires, des espaces idéalisés dans lesquels différentes saisons et différentes espèces peuvent se rencontrer.

Son exposition Painting Paradise, organisée en 2021 au Portland Japanese Garden, présentait justement ces grands paysages botaniques imaginaires. Le musée décrivait alors son travail comme une recherche autour de la lumière et de l’énergie du vivant, réalisée à partir des techniques traditionnelles du Nihonga mais enrichie par une utilisation très personnelle de la couleur.

Dans ses oeuvres, la lumière est essentielle : elle apparaît dans les reflets d’une feuille métallique, dans la transparence d’un pétale ou dans le contraste entre une branche sombre et un fond argenté. Nakano ne la peint pas uniquement : il cherche à faire en sorte que les matériaux eux-mêmes réagissent à elle.

C’est particulièrement visible dans Radiance: Blessed with Light, grand paravent de 2021 peuplé de glycines, de paons, de plantes et d’insectes. L’œuvre donne moins l’impression de représenter un jardin que d’en restituer le moment le plus intense, lorsque toutes les formes de vie semblent simultanément en mouvement.

« La nature célèbre toujours quelque chose »

Ce rapport au vivant apparaît avec encore plus de force dans ses œuvres récentes.

Au printemps 2026, Ippodo Gallery lui a consacré à New York Banquet of Life, sa troisième exposition personnelle dans la ville, organisée à l’occasion d’Asia Week New York. Onze nouvelles peintures y accompagnaient le passage de l’hiver au printemps puis l’explosion des floraisons.

Nakano y évoquait très simplement ce qui nourrit sa peinture : les bourgeons qui gonflent, le vent, la pluie, la neige, les oiseaux et les papillons accompagnant les changements de saison. Pour lui, la nature ressemble à une célébration permanente dont l’être humain fait lui aussi partie.

Cette idée évite à son travail de basculer dans une vision simplement décorative du Japon. Derrière l’abondance des fleurs existe toujours la conscience de leur fragilité. Derrière le printemps, l’hiver n’est jamais très loin. Et, la beauté naît justement du fait qu’elle ne dure pas.

De Kyoto à New York, puis Paris

La reconnaissance de Daisuke Nakano dépasse aujourd’hui largement le Japon.

Après plusieurs expositions dans son pays, notamment à Kyoto, Tokyo et Kobe, sa première exposition personnelle à New York, Burst of Nature, est organisée par Ippodo Gallery en 2019. Elle sera suivie de Painting Radiance en 2021 puis de Banquet of Life en 2026.

En 2019, son œuvre Magnolia “Luminous Wind” rejoint les collections de l’Indianapolis Museum of Art at Newfields. Elle sera ensuite intégrée à A Brush with Beauty, une exposition retraçant quelque sept siècles de peinture japonaise.

Son exposition au Portland Japanese Garden en 2021 rencontrera également un public particulièrement important ; Ippodo Gallery indique qu’elle y a établi un record de fréquentation.

Fine Arts Paris constitue désormais une nouvelle étape. En effet, le cadre n’est pas anodin car sous la verrière du Grand Palais, dans ce lieu lié aux grandes expositions internationales qui participèrent autrefois à la fascination européenne pour l’art japonais, Ippodo Gallery souhaite précisément interroger ce regard occidental sur le Japon. Au XIXe siècle, le japonisme bouleversait la peinture européenne avec ses perspectives aplaties, ses cadrages asymétriques et son rapport différent à la nature. En 2026, le mouvement s’inverse en quelque sorte : ce sont des artistes japonais contemporains qui reviennent à Paris pour montrer ce que ces traditions sont devenues aujourd’hui.

Un jardin à regarder lentement

Les œuvres de Daisuke Nakano demandent finalement quelque chose de très simple : du temps. De loin, on perçoit d’abord leur éclat, puis, viennent les détails : une nervure de feuille, le plumage d’un oiseau, le dessin d’une aile, une variation dans l’argent du fond. Le regard commence à circuler et l’espace que l’on croyait saturé retrouve progressivement son équilibre. Et c’est peut-être là que sa peinture devient la plus intéressante.

Nakano ne cherche pas à préserver le Nihonga comme une technique ancienne que l’on regarderait avec respect derrière une vitrine. Il s’en sert comme d’une langue vivante. Les pigments minéraux, le washi, l’or, l’argent et le paravent restent les mêmes : ce qu’il en fait appartient pleinement à son époque.

À Fine Arts Paris, parmi les antiquités, les maîtres anciens et les créations contemporaines réunies au Grand Palais, ses jardins devraient ainsi apporter une présence assez particulière : celle d’une nature qui semble avoir momentanément arrêté le temps, juste avant qu’un oiseau ne s’envole ou qu’un pétale ne tombe.

FINE ARTS PARIS
Anciennement FAB Paris
AU GRAND PALAIS
Du 19 au 23 septembre 2026

 

Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.