Par Ema Lynnx
Dans le paysage de l’art contemporain européen, Alexandra Mas s’impose comme une figure singulière, à la fois plasticienne, performeuse et théoricienne de l’image. Son actualité parisienne confirme ce positionnement : elle expose actuellement au Grand Palais dans le cadre d’Art Capital, où elle dirige le groupe Expressionnisme Abstrait du Salon Comparaisons, présenté du 12 au 15 février 2026.
Cette présence institutionnelle n’est pas anecdotique. Elle marque l’aboutissement d’un parcours artistique construit sur plus de trois décennies, entre recherche plastique, engagement intellectuel et exploration des médiums.
Une trajectoire artistique précoce et internationale
Née en Transylvanie, Alexandra Mas entre à quatorze ans au collège des Beaux-Arts et rencontre le graveur Marcel Chirnoaga, qui devient son mentor. Elle expose dès l’âge de dix-sept ans, puis poursuit ses études à l’Université des Beaux-Arts de Bucarest avant de s’installer en France pour approfondir sa formation.
Elle y obtient un diplôme en design et architecture d’intérieur et collabore ensuite avec des institutions et marques majeures telles que le musée du Louvre ou Christian Dior, tout en développant des projets pour des collectionneurs privés. Un passage déterminant intervient entre 2006 et 2009 lorsqu’elle dirige une école de talents à Beverly Hills, période durant laquelle elle élargit sa pratique artistique et pédagogique.
De retour en France, elle décide de se consacrer exclusivement à la création artistique, construisant un univers personnel nourri de mémoire collective, de nature et de questionnements sociétaux.
Une artiste multidisciplinaire entre geste et pensée
La pratique de Mas ne se limite pas à la peinture. Elle mobilise pictographie, vidéo, performance, réalité virtuelle, photographie, écriture et son, composant un langage visuel hybride qui brouille les frontières disciplinaires.
Pour autant, le dessin demeure le fil conducteur de son œuvre, structurant l’ensemble de sa recherche plastique. Sa peinture se caractérise par un geste spontané et vibrant, proche du croquis, où la tension entre force et délicatesse constitue une signature formelle.
Les figures humaines y occupent une place centrale, souvent inspirées de la danse et du mouvement corporel, comme si l’artiste cherchait à saisir le moment suspendu où l’action révèle l’essence de l’être.

L’expressionnisme abstrait comme terrain d’expérimentation
Son rôle de cheffe du groupe Expressionnisme Abstrait à Art Capital 2026 s’inscrit logiquement dans cette démarche. Le collectif qu’elle impulse revendique l’héritage historique de ce courant né après-guerre autour d’artistes comme Jackson Pollock ou Willem de Kooning, dont l’objectif était de libérer la peinture de la narration pour privilégier geste, matière et émotion.
La position de Mas consiste à prolonger cet esprit plutôt qu’à en reproduire les formes, cherchant une expérience picturale directe et sensorielle pour le spectateur. Ses séries récentes, comme Proto-Matter ou Be the Change, illustrent cette orientation : elles explorent structure, matière et dynamiques cosmiques, intégrant l’aléatoire comme principe créatif et transformant parfois l’acte de peindre en performance chorégraphiée.
Une réflexion critique sur l’image et la société
Au-delà de la dimension esthétique, l’œuvre de Mas interroge les systèmes visuels contemporains : identité, écologie, consumérisme, représentation du corps féminin.
Cette dimension critique apparaît clairement dans son installation Vanitas Nostrum, présentée place Vendôme. L’œuvre assemblait objets de consommation et symboles de luxe afin de questionner la confusion contemporaine entre valeur marchande et véritable savoir-faire.
Elle y soulignait notamment que la perception moderne du luxe s’est « égarée » dans l’obsession d’objets qui n’en incarnent pas l’essence.
Cette approche conceptuelle rejoint son engagement dans le projet ARTIVISM, biennale fondée pour mettre en avant des artistes engagés dans des démarches socio-écologiques.
Une carrière internationale ancrée entre Paris et Bordeaux
Installée entre Paris et Bordeaux, Alexandra Mas développe une activité internationale avec des expositions dans des villes telles que New York, Miami, Bucarest ou Saint-Pétersbourg.
Elle est représentée par plusieurs galeries, dont HOHENTHAL UND BERGEN et Laurence Pustetto, et collabore depuis 2016 avec le photographe Marco Tassini au sein du Mas Tassini Studio.
Ses performances participatives, comme LUX présentée à Art Miami, illustrent son intérêt pour l’interaction collective : le public est invité à écrire des mots de lumière sur la toile, transformant l’œuvre en rituel partagé.
La collaboration d’Alexandra Mas avec The Edge Magazine constitue aussi un volet majeur de son activité artistique et curatoriale. Elle y occupe un rôle structurant de directrice artistique et cofondatrice, participant à la définition de l’identité visuelle et éditoriale du titre aux côtés du photographe Marco Tassini, de la rédactrice Diane Pernet et de la rédactrice en chef Cinzia Malvini. Le magazine se positionne comme une publication de luxe conçue comme un objet-livre de collection, privilégiant des contenus approfondis et une esthétique exigeante mêlant recherche, photographie d’exception et dialogue avec les maisons et créateurs. Dans ce cadre, Mas conçoit les directions artistiques de shootings mode et joaillerie pour des marques prestigieuses, une approche qui a notamment contribué à leur reconnaissance par le Roma Fashion Photography Award. Son rôle dépasse la simple supervision visuelle : elle pilote également la section artistique du média, confirmant sa position d’interface entre art contemporain, image de mode et narration éditoriale destinée à un lectorat sensible à l’excellence esthétique.

Art Capital 2026 : une étape charnière
Sa présence actuelle à Art Capital n’est pas une simple participation mais une position curatoriale et fédératrice. En dirigeant un groupe artistique au sein du Salon Comparaisons, Mas agit comme catalyseur d’une génération d’artistes poursuivant l’exploration de l’expressionnisme abstrait dans un contexte contemporain.
Cette visibilité institutionnelle consolide son statut d’artiste-chercheuse, à la croisée de la performance, de la peinture et de la pensée critique.

La signature Mas
Le travail d’Alexandra Mas repose sur une architecture conceptuelle cohérente où le geste prime systématiquement sur la narration. Chez elle, la peinture n’illustre pas un récit : elle enregistre une énergie. Le trait agit comme une trace physique du mouvement intérieur, presque comme une captation biométrique de l’émotion. Cette primauté gestuelle rapproche sa pratique d’une tradition expressionniste tout en l’actualisant par une approche performative où l’acte de création devient lui-même événement.
Cette dynamique se double d’une hybridation constante des médiums. Peinture, performance, photographie, vidéo ou dispositifs immersifs ne sont pas des disciplines séparées mais des couches d’un même langage visuel. Mas construit ainsi des œuvres-systèmes, où chaque médium joue un rôle spécifique dans la transmission d’une sensation ou d’une idée, selon une logique proche des pratiques post-disciplinaires contemporaines.
Son travail interroge également la fabrication de l’image sociale. Les figures qu’elle représente, souvent fragmentées, en mouvement ou en transformation, questionnent les mécanismes de projection identitaire et les modèles visuels imposés par la culture contemporaine. Cette dimension critique s’exprime particulièrement dans sa manière d’aborder le corps, motif central de son œuvre. Le corps y apparaît non comme sujet figuratif mais comme vecteur symbolique : surface d’inscription des tensions psychiques, sociales et culturelles.
Enfin, une tension permanente traverse son esthétique : celle qui oppose poésie et matérialité. Les textures, les couches de pigments, les accidents de surface rappellent la physicalité brute de la matière picturale, tandis que les compositions dégagent une dimension presque méditative, parfois cosmique. Cette dialectique confère à son travail une intensité singulière, où la sensibilité lyrique coexiste avec une rigueur plastique.
L’ensemble de ces axes compose une signature immédiatement identifiable. Alexandra Mas s’inscrit ainsi dans une lignée d’artistes pour qui l’œuvre n’est pas un simple objet esthétique mais un dispositif d’expérience, destiné à activer chez le spectateur une perception élargie du réel.
Alexandra Mas incarne une figure contemporaine de l’artiste totale : peintre, performeuse, directrice artistique et théoricienne de l’image. Son exposition actuelle à Art Capital 2026 confirme l’ampleur d’un parcours international marqué par une recherche constante sur le pouvoir du geste et la fonction symbolique de l’art. Dans un paysage artistique souvent fragmenté, son travail se distingue par sa cohérence conceptuelle et sa capacité à conjuguer intensité émotionnelle, réflexion sociétale et expérimentation formelle, une combinaison rare qui explique sa présence durable sur les scènes artistiques européennes et internationales.
Photos : Alexandra Mas
1/ Art Capital – Comparaisons 2026 – en ordre de gauche: Werndl, Vasil, Mas, Axelrod et Chen
2/ Le Pli de l’Univers, aluminium et feuille d’or de 24 et 18 ca
3/ Art Capital – Comparaisons 2026 – en ordre de gauche: Werndl, Mas, Pohu Lefevre, Leferme
4/ Art Capital – Comparisons 2025 – serie proto mattiere (2000 à aujourd’hui ) ici K2 18B Lion, huile sur toile
5/ Alexandra – Jill Krutick art residence NY state , 2025
ART CAPITAL est ouvert au public du 12 au 15 février 2026
VENDREDI 13 : 10h à 22h
SAMEDI 14 : 10h à 20h
DIMANCHE 15 : 10h à 19h













































