Par Maxime Dobremel
Le temps de quelques jours, direction Bandol, puis l’île de Bendor, à cinq minutes de bateau du port, Zannier Hotels y a ouvert en mai 2026 un resort pensé comme une bulle de déconnexion, et c’est là que Mercedes-Maybach installe son propre tempo, entre essais routiers dans l’arrière-pays varois et rencontre avec l’histoire de la marque. La nouvelle Classe S impose sa présence avant de laisser place à la découverte de la nouvelle Mercedes-Maybach GLS. Test Drive!

La nouvelle Maybach Classe S, l’art de conjuguer puissance et sérénité
À la sortie de l’aéroport, deux Mercedes-Maybach patientent déjà, et l’on comprend en s’installant à l’arrière que le voyage a commencé avant même d’avoir démarré. L’appuie-tête se referme sur la nuque comme un nuage dans lequel on s’enfonce, le siège s’incline à quarante-cinq degrés, et la géométrie du trajet se redessine entièrement. Le système audio se règle jusque dans les moindres détails, jusqu’aux vibrations diffusées dans l’assise, qui transforment la musique en quelque chose que l’on ressent avant de l’entendre. L’heure de route jusqu’à Bandol disparaît sans qu’on la sente passer, et c’est au port que la voiture révèle enfin son visage. La calandre, signature intangible de la marque, gagne vingt pour cent de surface et adopte un contour lumineux, le mot Maybach s’illuminant en son centre pour la première fois. Les phares à double étoile s’ornent de touches d’or rose, et sur les jantes forgées à finition argentée, une étoile Mercedes reste parfaitement verticale en toutes circonstances, maintenue par un mécanisme à billes qui la fait s’auto-niveler par gravité. Deux dessins de jantes se distinguent particulièrement, une forgée multibranches de 21 pouces à la finition dorée, et une autre de 20 pouces à la finition polie. La voiture s’étire sur 5,48 mètres pour un empattement de 3,396 mètres, deux chiffres qui, une fois assis à l’arrière, prennent tout leur sens tant l’espace pour les jambes se révèle généreux. Sous ce capot redessiné se cache l’un des changements les plus marquants de cette nouvelle génération, un tout nouveau V8 appelé à réécrire la manière dont la Classe S distribue sa puissance.
Les essais routiers se déroulent dans l’arrière-pays de Bandol, sur des routes qui grimpent en lacets à proximité du circuit Paul Ricard. Sous le capot de la S 680, la dernière évolution du huit cylindres biturbo M 177 Evo, 3 982 cm³, développe 450 kW auxquels s’ajoutent 17 kW d’hybridation légère, pour 850 Nm de couple porté à 205 Nm supplémentaires, une puissance désormais équivalente à celle de l’ancien douze cylindres, mais restituée avec une retenue qui change tout. Sur certains marchés, la S 680 continue d’ailleurs à se commander avec le fameux V12 M 279, pour les puristes qui tiennent à ce supplément d’âme mécanique. La voiture pèse plus de deux tonnes, on le sent dans chaque virage, et pourtant elle répond à la moindre sollicitation avec une franchise inattendue, la première ligne droite suffit à rappeler ce qui dort sous le capot. Les freins, disques ventilés de 390 mm à l’avant et 360 mm à l’arrière, absorbent cette masse sans jamais trahir l’effort, et la suspension pneumatique AIRMATIC, reliée au Mercedes-Benz Intelligent Cloud, lit la route grâce aux informations transmises par les véhicules qui précèdent. Plus haut, au point culminant, le vent souffle fort sans qu’on s’en aperçoive vraiment, tant l’habitacle isole de tout. Ce n’est qu’en ouvrant la porte pour admirer le paysage que la force du mistral surprend. Trois modes de conduite se partagent le sélecteur, confort, sport et Maybach, ce dernier poussant la philosophie de la marque plus loin encore que le mode confort. Et c’est précisément là que se loge tout l’intérêt de cette voiture, au volant d’une Maybach, l’envie de pousser la mécanique s’efface vite devant celle de simplement se laisser porter. La puissance existe, disponible à chaque instant, mais elle ne réclame jamais d’être exploitée. La S 580 propose une lecture plus légère de cette même philosophie, avec un V8 de 395 kW plus 17 kW pour 750 Nm, quand la S 580 e associe un six cylindres essence revu M 256 Evo à une motorisation électrique hybride rechargeable dont la puissance système gagne 55 kW par rapport à la génération précédente, pour une centaine de kilomètres d’autonomie en tout électrique.

Le retour vers l’habitacle referme la boucle. Le système d’exploitation MB.OS fait ses débuts chez Maybach, couplé à un MBUX de quatrième génération qui réunit les écrans conducteur et passager sous une même verrière de verre. Une option retient particulièrement l’attention : pour la première fois, un intérieur sans cuir est proposé, associant le textile Mirville, mélange de lin et de polyester recyclé, à un similicuir finement embossé. À l’arrière, une tablette ajustable selon la position du siège transforme la banquette en bureau mobile, un casque Mercedes perfectionné referme la bulle sonore, et le compartiment réfrigéré avec ses flûtes à champagne Robbe & Berking complète le tableau. Les portes s’ouvrent et se referment automatiquement, sur simple pression. Rien ici ne relève du gadget, chaque détail s’inscrit dans une même idée, celle d’un confort pensé pour ne jamais se faire remarquer autrement que par ce qu’il procure. La voiture entame sa production à l’usine de Sindelfingen, dans l’atelier 56, l’un des plus avancés au monde.

MANUFAKTUR, une expérience à part entière
Cette précision, on la retrouve un peu plus tard dans l’atelier MANUFAKTUR, où la personnalisation devient une discipline en soi. Plus de 150 teintes de carrosserie et plus de 400 coloris d’intérieur composent la base de travail, dont quatre nouvelles combinaisons cette saison, tabac et noir, rouge carmin et noir, vert lac et noir, jaune maïs et noir. On y est épaulé par des experts dont le rôle consiste à garder chaque choix fidèle à l’ADN de la marque, sans jamais l’imposer. La seule limite est celle où l’esthétique viendrait mettre en péril la sécurité. Le nouveau programme MANUFAKTUR Made to Measure va plus loin encore, avec un outil de visualisation baptisé Visualiser qui fait apparaître la voiture personnalisée à l’écran, parée de ses couleurs et matières choisies, avant qu’un seul geste ne soit engagé sur la carrosserie. Car ici, tout se coud à la main : un volant sur mesure demande huit heures de travail. Les peaux passent sous un contrôle laser qui ne laisse passer aucun défaut, avant d’être découpées avec une précision qui limite au minimum la perte de matière. Parmi les teintes, une couleur retient particulièrement l’attention : la Black Sparkling, qui paraît noire au premier regard et se constelle de milliers d’éclats sous le soleil. Ce souci du geste artisanal n’est pas un supplément d’âme ajouté à la voiture. Il en est le cœur, la raison pour laquelle presque tous les clients Maybach quittent l’atelier avec au moins un élément façonné sur mesure.
Un saut dans le passé, sur les traces des Zeppelin
Ce souci du geste ne sort pas de nulle part. Il trouve son origine ailleurs, dans un passé que le séjour permet justement de retrouver. Trois automobiles sortent d’un musée privé allemand, celui d’Anna et Helmut Hofmann à Neumarkt in der Oberpfalz, où dort l’une des plus importantes collections Maybach au monde. Sur les quelque mille huit cents châssis fabriqués entre 1921 et 1941 à Friedrichshafen, à peine cent soixante subsistent aujourd’hui, et parmi eux seulement vingt-huit modèles à moteur douze cylindres sont recensés, dont onze DS 8 à moteur huit litres. Trois d’entre elles sont réunies ici : une Zeppelin de 1930 ayant appartenu à l’industriel colonais Viktor Rolff, une autre de la même année surnommée la Dame Blanche par la famille Hofmann, et un cabriolet profilé de 1934 présenté en son temps au Salon de l’automobile de Paris.
On grimpe dans l’une d’elles, et l’on comprend d’abord une chose : Maybach a été motoriste avant d’être constructeur. La conduite se fait en deux temps, on engage la première au levier, puis tout se joue au volant, à l’aide d’un système d’aiguilles à positionner pour changer de rapport, ancêtre lointain de la boîte automatique. La voiture est lourde, les freins mécaniques mordent avec une franchise surprenante, et pourtant l’ensemble reste étonnamment agréable à mener. On mesure alors ce que la nouvelle Classe S doit réellement à ces aînées, non pas une esthétique recopiée, mais une idée du confort de voyage et de la précision artisanale, transmise intacte sur cent ans, jusqu’à cet atelier MANUFAKTUR où les gestes d’aujourd’hui répondent à ceux d’hier.

Mercedes-Maybach GLS, la découverte en exclusivité
Après ce détour dans le passé, le séjour revient brusquement au présent, et même un peu au-delà, avec la découverte de la nouvelle Mercedes Maybach GLS 680, tout juste dévoilée. Le SUV reprend le langage esthétique de la Classe S, avec une calandre spécifique au contour illuminé et, pour la première fois sur un GLS, l’inscription MAYBACH éclairée à l’intérieur du cadre. Côté jantes, le portefeuille s’élargit d’un alliage léger de 22 pouces au dessin à vingt trous, quand les versions forgées de 23 pouces reçoivent la même étoile flottante que la Classe S. Trois teintes inédites rejoignent la palette Maybach, un noir pétrole non métallique, un rouge patagonie métallique MANUFAKTUR, et une finition bicolore associant noir pétrole et vert argenté métallique, quand la déclinaison Night Series propose ses propres jantes exclusives et ses habillages plus sombres.
Le moteur huit cylindres biturbo électrifié M 177 Evo, associé à un générateur-démarreur intégré de deuxième génération, développe 450 kW et 17 kW de suralimentation pour 850 Nm de couple, une puissance comparable à celle d’un douze cylindres. La direction, revue avec un rapport plus direct, gagne en précision et en agilité. La suspension pneumatique AIRMATIC de série s’associe en option au système E-ACTIVE BODY CONTROL, qui analyse la route mille fois par seconde et neutralise le roulis, le tangage et la portance à chaque roue. En mode CURVE, le GLS s’incline jusqu’à trois degrés dans les virages pour réduire les forces latérales ressenties par les occupants. À l’arrivée, des marchepieds électriques se déploient en moins d’une seconde à l’ouverture de chaque porte, un emblème Maybach s’illuminant au sol.

À bord, le nouveau cuir Nappa Maybach Exclusive marron hêtre et beige macchiato habille un intérieur où les sièges avant reçoivent un nouveau massage vibratoire, tandis que les sièges arrière étendent pour la première fois leur fonction de massage jusqu’aux mollets. Le cockpit s’organise désormais autour du MBUX Superscreen, épaulé par un assistant virtuel propulsé par l’intelligence artificielle générative. Un compartiment réfrigéré dissimulé entre les places arrière accueille deux bouteilles de champagne, et la plateforme de recharge sans fil, inclinée à dix-neuf degrés, accueille désormais deux smartphones. Le son Burmester 3D avec Dolby Atmos s’appuie sur dix-sept haut-parleurs et un amplificateur de 710 watts. Comme sur la Classe S, le programme MANUFAKTUR s’invite dès le lancement, avec des habillages intégralement en cuir jusqu’au pavillon, entièrement cousu à la main. La nouvelle Mercedes-Maybach GLS est construite à Tuscaloosa, en Alabama. Les carnets de commandes s’ouvrent en Europe et aux États-Unis, après avoir déjà démarré en Chine.
La puissance au service de la douceur
Reçu par le directeur de Mercedes-Maybach, Markus Bauer, le séjour se termine sur quelques mots qui résument assez bien ce que l’on vient de vivre. Pour lui, le luxe ne se mesure pas à l’accumulation mais à la compréhension de la valeur qui se cache derrière chaque objet, le savoir-faire, la qualité des matériaux, le confort recherché. Il évoque un futur modèle qui jouera sur l’espace, un cocon encore plus généreux, porté par une innovation qui ne cherche jamais la nouveauté pour elle-même mais toujours l’usage qu’elle sert.
Sur cette île, la philosophie du lieu rejoint presque naturellement celle de Maybach : un luxe qui ne s’affiche pas mais se ressent, dans le silence d’une suite comme dans celui d’un habitacle. Reste une question, presque plus intéressante que la mécanique elle-même, celle de savoir jusqu’où l’on peut repousser le confort avant que la voiture elle-même n’oublie qu’elle roule.
Photos test drive : Maxime Dobremel
Photos Maybach GLS : Mercedes















































