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Charles Pozzi, l’excellence comme trajectoire

Charles Pozzi, l’excellence comme trajectoire

Par Didier Gottardini

Charles Pozzi, anatomie d’une maison devenue référence du luxe automobile.

Eric Neubauer

Éric Neubauer : une trajectoire guidée par l’instinct et la transmission

Derrière la relance et la transformation de Charles Pozzi, il y a une personnalité dont le parcours épouse, presque naturellement, l’histoire même de l’automobile. Éric Neubauer s’inscrit dans une lignée familiale intimement liée aux origines du secteur, remontant aux premiers développements industriels du début du XXe siècle à Levallois, alors cœur mondial de la production automobile. Cette filiation n’est pas un simple héritage : elle constitue un socle. Nourri dès l’enfance par cet environnement, il développe une relation instinctive à la mécanique, prolongée par une pratique du sport automobile, notamment en rallye qui façonne son regard. Chez lui, la passion n’est jamais dissociée de l’expérience. Elle devient un outil de lecture, une grille d’analyse, une manière d’appréhender la performance autant que la relation humaine.

En reprenant Charles Pozzi, il ne se contente pas de diriger une entreprise : il prolonge une histoire, tout en y injectant une vision personnelle, fondée sur le mouvement, l’intuition et la transmission, jusqu’à inscrire cette dynamique dans sa propre famille, avec un fils devenu pilote officiel Ferrari en endurance.

À travers cet entretien, se dessine une success story fondée sur l’humain, la transmission et une certaine idée de l’excellence.

Charles Pozzi Paris : “Nos clients n’achètent pas seulement une voiture, ils vivent une expérience”

Dans le luxe automobile, rares sont les maisons qui parviennent à dépasser leur fonction première pour devenir un véritable territoire d’image, de fidélité et d’émotion. Charles Pozzi Paris fait partie de celles-là. Héritière d’un nom mythique, portée par une vision exigeante du service et de l’exclusivité, la maison s’est imposée comme bien plus qu’une concession Ferrari : un lieu d’expérience, un acteur de référence, une signature.

« À l’origine, Charles Pozzi, c’est d’abord une histoire d’homme »
Quand on remonte aux origines de la maison, qu’est-ce qui fait selon vous la différence dès le début ?

La première chose, c’est qu’à l’origine de Charles Pozzi, il y a un homme. Et cela change tout. Charles Pozzi a été l’un des premiers à obtenir la confiance d’Enzo Ferrari, ce qui, à l’époque, n’avait rien d’évident. Il y a là quelque chose de fondamental : avant d’être une structure, une enseigne ou une institution, Charles Pozzi est né d’un rapport humain, d’une crédibilité personnelle, d’une passion réelle.

Avant même de devenir importateur Ferrari pour la France en 1969, Charles Pozzi avait déjà distribué de nombreuses voitures d’occasion de différentes marques. Mais ce qui va véritablement marquer l’ADN de la maison, c’est son lien à la compétition. Il ne se contente pas de vendre des automobiles : il les engage, les fait courir, crée une équipe, investit l’endurance. Dès le départ, il y a cette idée que la légitimité se construit aussi sur la piste.

Charles Pozzi – Paris

« Reprendre Charles Pozzi, c’était reprendre une histoire »
Quel a été le moment de bascule, celui où la maison change réellement de dimension ?

Le grand tournant intervient lorsque Ferrari reprend son importation, au début des années 2000. Puis, en 2009, la marque demande à la direction actuelle de reprendre Charles Pozzi. Le défi est immense. Il ne s’agit pas simplement de relancer un site ou de reprendre une activité commerciale : il faut s’inscrire dans une histoire, redonner de l’ampleur à un nom, faire renaître une maison déjà chargée de mémoire.

Le contexte n’aide pas. La reprise intervient dans une période économiquement difficile, à la sortie d’une crise. Les premières années sont complexes. Il faut restructurer, réorganiser, redonner du souffle. Mais c’est justement dans ce moment de tension que s’impose une vision : Charles Pozzi ne doit plus être seulement un garage automobile. La maison doit devenir un lieu de vie, un lieu d’expérience, un lieu où l’on ressent quelque chose.

« Le luxe n’est pas le clinquant : c’est avant tout une expérience »
L’ADN de la maison est-il resté fidèle à ses origines ?

Oui, mais à condition de comprendre qu’une maison fidèle à elle-même n’est pas une maison immobile. L’entrepreneuriat impose d’être agile. Les choses changent, les marchés évoluent, les attentes se déplacent. L’essentiel est donc moins de conserver une forme figée que de préserver une intention profonde.

Cette intention, chez Charles Pozzi, repose sur une certaine définition du luxe. Une définition exigeante, presque à rebours de certaines dérives contemporaines. Ici, le luxe n’est pas un décor, encore moins un excès de communication. Le luxe est d’abord une expérience. Une expérience rare, exclusive, singulière. Avec Ferrari, cela prend une dimension particulière, parce que la rareté et l’unicité font partie intégrante du produit. Mais encore faut-il savoir leur donner un cadre, une mise en scène, une âme.

« Nous avons voulu créer autre chose qu’une concession »
À quel moment avez-vous compris que Charles Pozzi Paris n’était plus seulement une concession, mais une référence ?

Au fond, la maison l’a toujours été. Simplement, il fallait réveiller ce potentiel. Il y avait là une belle endormie. Le travail a consisté à lui redonner sa force, à la recharger en désir, en cohérence, en présence.

Cela s’est traduit par un travail sur l’image, sur les ambassadeurs, sur la manière de représenter la maison. Mais toujours avec une ligne claire : ne pas fabriquer un vernis marketing. La maison devait parler vrai. Elle devait être habitée par de vraies personnes, de vraies convictions, une vraie manière de recevoir.

Là encore, tout revient à cette idée d’expérience. Il ne s’agit pas de reproduire mécaniquement un cahier des charges corporate identique à ce qui se fait partout dans le monde. Il faut partir de cette base pour créer quelque chose de différent, quelque chose d’unique, quelque chose qui ait une âme.

« Le corporate n’est qu’une base de travail »
Le développement s’est-il fait sans compromis ?

Le développement n’est possible qu’à une condition : être en osmose avec le constructeur. Sans cette complicité, rien de solide ne peut se bâtir. Mais cela ne signifie pas qu’il faut se contenter d’exécuter. Bien au contraire.

La philosophie défendue ici consiste à considérer l’identité imposée par la marque comme un point de départ, pas comme un aboutissement. Cette approche a parfois suscité des réticences initiales, mais elle a aussi permis d’aller plus loin, au point que certaines idées développées localement ont fini par inspirer des évolutions plus larges au sein de l’univers Ferrari.

C’est sans doute l’un des marqueurs de son succès : ne jamais être passif. Proposer, défendre une vision, croire à ce que l’on construit, et le faire avec suffisamment de cohérence pour que cela finisse par s’imposer.

« Nos clients n’achètent pas une voiture, ils achètent une expérience »
Qu’est-ce qui distingue aujourd’hui Charles Pozzi d’un autre acteur du luxe automobile ?

La différence se joue dans la qualité de la relation. Plus que dans l’automobile elle-même, c’est dans la manière de recevoir, d’accompagner, de faire durer le lien que la maison revendique sa singularité.

La comparaison la plus juste n’est d’ailleurs peut-être pas à chercher du côté d’autres concessionnaires, mais du côté des manufactures. Les vraies maisons de luxe. Celles qui travaillent la matière, la personnalisation, l’exigence du détail, le temps long. Chez Charles Pozzi, il y a cette même volonté d’un accueil sur mesure, d’une permanence dans la relation, d’une atmosphère personnalisée, d’un contact réel.

Le client ne vient pas seulement acheter un objet rare. Il entre dans un univers où tout est pensé pour lui faire vivre quelque chose d’exclusif.

« Faire un coup, c’est ne jamais revoir le client »
Quelles sont les valeurs non négociables dans la maison ?

La fidélité. La durée. La stabilité. Voilà sans doute les notions les plus importantes. Pour la direction, la réussite ne consiste pas à réaliser une opération spectaculaire, mais à bâtir une relation qui s’inscrit dans le temps.

Dans cet univers, “faire un coup” n’a aucun sens. Cela signifie souvent que l’on ne reverra jamais le client. À l’inverse, la vraie réussite est de durer avec lui, de le voir revenir, de constater qu’un lien de confiance s’est créé, presque un attachement réciproque entre la maison et ceux qui la fréquentent.

Cette philosophie est aussi celle que recherche de plus en plus le constructeur : une clientèle fidèle, stable, accompagnée dans le temps, à laquelle viennent s’ajouter progressivement de nouveaux passionnés.

« Pendant le Covid, ce sont les équipes qui ont refusé de s’arrêter »
Quel a été le moment le plus difficile à gérer ?

Sans hésitation, le Covid. Non pas seulement en raison de l’incertitude générale, mais parce qu’il s’agissait d’un test humain majeur. Et ce qui ressort de cette période, paradoxalement, n’est pas la tension : c’est la fierté.

Les équipes, en particulier celles de l’après-vente, ont refusé l’arrêt complet. Elles ont souhaité continuer, maintenir l’activité, aller chercher les voitures si nécessaire, s’adapter. La maison n’a finalement fermé que très brièvement avant de reprendre avec les dispositifs nécessaires.

Dans une success story, on parle souvent de stratégie, de croissance, de résultats. Mais il existe des moments où tout se résume à la qualité des femmes et des hommes qui composent l’entreprise. Celui-ci en fait partie.

« Ferrari est une manufacture, pas une industrie »
Pourquoi Ferrari reste-t-elle un cas à part dans le luxe automobile ?

Parce que Ferrari n’est pas pensée ici comme un constructeur au sens industriel du terme. Elle est perçue comme une manufacture. Une maison qui fabrique, qui intègre, qui maîtrise, qui conserve une cohérence de conception rare dans l’automobile contemporaine.

C’est ce qui explique aussi l’intensité émotionnelle qui l’entoure. Une Ferrari n’est pas seulement un produit performant ou désirable. C’est une œuvre mécanique, porteuse d’un imaginaire unique. Même des décennies après sa naissance, la marque continue de provoquer une réaction immédiate, presque instinctive. Cette puissance symbolique ne s’achète pas : elle se construit dans le temps, dans la compétition, dans la rareté, dans la cohérence.

Charles Pozzi Atelier

« L’excellence se transmet dans le temps »
Comment transmettez-vous ces valeurs à vos équipes ?

Par le temps, d’abord. Dans un environnement aussi particulier, seul le temps permet de comprendre réellement ce que représente la maison. Un collaborateur qui reste, qui grandit avec elle, qui en absorbe les codes et la culture, devient naturellement un ambassadeur.

Il y a dans cette vision quelque chose qui touche au compagnonnage. L’école donne des bases, mais elle ne transmet ni l’instinct, ni le geste, ni la lecture fine du client, ni la profondeur du savoir-faire. Tout cela s’acquiert dans l’expérience, dans la durée, dans le quotidien.

C’est aussi pour cette raison que la fidélité des équipes est valorisée avec autant de force. Une entreprise d’excellence ne repose pas uniquement sur ses dirigeants, mais sur la qualité de celles et ceux qui la font vivre au jour le jour.

Eric Neubauer & son fils

« Héritage, présent, futur : il faut savoir tenir les trois »
Vous voyez-vous comme les gardiens d’un héritage ou les bâtisseurs d’une nouvelle ère ?

Les deux, et même davantage encore. Il faut être capable de préserver un savoir-faire lié aux modèles historiques, de maîtriser les véhicules plus récents, mais aussi d’anticiper les évolutions technologiques qui redessinent l’automobile de demain.

C’est toute la complexité du métier aujourd’hui. Travailler sur des Ferrari anciennes exige une culture et des compétences spécifiques. Accompagner l’arrivée de nouvelles motorisations et de nouvelles formes de mobilité impose d’autres expertises. Peu d’acteurs sont en mesure d’embrasser cette continuité sur l’ensemble du spectre.

C’est pourtant là que se joue la crédibilité d’une maison comme Charles Pozzi : dans sa capacité à honorer le passé sans se laisser enfermer par lui.

« Si je devais résumer cette réussite en un mot ? L’excellence »
Au fond, si vous deviez résumer la réussite de Charles Pozzi Paris en une seule idée, laquelle serait-ce ?

La réponse tombe avec une forme d’évidence : l’excellence.

Pas l’excellence comme slogan. L’excellence comme méthode. Comme discipline. Comme promesse quotidienne. Comme refus de l’à-peu-près. Comme volonté de durer. Comme manière de faire en sorte qu’après avoir franchi la porte de la maison, on n’en ressorte pas tout à fait indemne.

C’est peut-être cela, au fond, la vraie success story de Charles Pozzi Paris : avoir transformé un nom historique en une expérience contemporaine, sans jamais trahir ce qui avait fait sa grandeur.

Visuels : Charles Pozzi

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