Par Maxime Dobremel
Paris, 30 septembre, en pleine Fashion Week, NEXT ASIA présente sa première édition parisienne dans les salons de l’Hôtel Le Marois. Sur le podium, des créateurs venus de Séoul, de Pékin et de Paris. En toile de fond, une ambition qui bouscule les habitudes du secteur : faire de la mode un pont entre l’Europe et l’Asie, praticable dans les deux sens.

Paris pour écrin
Avenue Franklin-D.-Roosevelt, à deux pas du Grand Palais, l’Hôtel Le Marois offre un cadre à la hauteur de l’événement. Ses salons dorés, ses moulures et ses hauts plafonds composent un décor qui résume à lui seul ce que la France inspire au reste du monde : un art de vivre, un sens du détail, une certaine idée de l’élégance. Pour des créateurs venus de l’autre extrémité du continent, présenter leur travail ici a valeur de symbole.
Longtemps, le récit de la mode internationale s’est écrit dans un sens dominant. Paris consacrait, le reste du monde venait s’y faire reconnaître. NEXT ASIA propose une autre grammaire. La plateforme, dont le réseau relie Paris, Pékin, Séoul et Milan, ne se contente pas de présenter des créateurs asiatiques au public européen. Elle entend aussi ouvrir aux jeunes talents européens les portes de la Chine et, plus largement, de l’Asie : ses fashion weeks, ses institutions, ses médias, ses marchés.
De l’Asie vers l’Europe, de l’Europe vers l’Asie. La formule revient comme un leitmotiv. Paris y tient un double rôle, porte d’entrée pour la création asiatique, point de départ pour la création européenne qui regarde vers l’Orient. Pour cette première, NEXT ASIA réunit sous un même toit un défilé, une table ronde baptisée Fashion Dialogue, un programme consacré à la relève et des rencontres professionnelles.
Une mode intemporelle, des audaces qui interpellent
Sur le podium se succèdent SOODAL COMPANY, porte-voix d’une mode coréenne contemporaine, BEQUEENSTORY et son « nouveau romantisme italien moderne », ou encore le label indépendant français Galileo Couture, fondé par Mommi. D’une signature à l’autre, un fil se dessine : une mode intemporelle, pensée pour durer, que viennent bousculer des touches de créativité qui interpellent.
L’un des créateurs s’empare du tablier, vêtement de travail par excellence, pour en faire un objet de mode. Détourné de sa fonction première, il devient une pièce que l’on porte pour sortir, et le geste a quelque chose de joyeusement impertinent. Un deuxième travaille le drapé : les vestes se délient, s’allongent, glissent vers la cape, et la silhouette gagne en mouvement ce qu’elle perd en rigueur.
Un troisième choisit le spectacle. Ses mannequins semblent tout droit sortis d’un film, personnages d’un récit dont on ne surprendrait qu’une scène, et le défilé bascule un instant dans la fiction. Un dernier, plus classique, signe des vestiaires masculin et féminin aux lignes familières, où la créativité se loge dans le choix des matières. Une approche plus discrète, qui rappelle qu’en mode l’audace ne se mesure pas toujours au volume.
Cette diversité d’écritures fait la force de la soirée. Une mode intemporelle parle une langue que Paris comprend, sans renoncer pour autant à son accent. C’est peut-être là le meilleur indice que le pont tient.
NEXT ASIA GEN, la relève en conversation
Cette première édition marque aussi le lancement de NEXT ASIA GEN, programme dédié à la nouvelle génération. Conçu avec le Paris College of Art, il réunit sur une même scène des créations issues de cultures et de formations différentes. NOAHXVOID, jeune marque distinguée lors de la Beijing Fashion Week, y côtoie une sélection de pièces liées au PCA et à Galileo Couture. Une maison pékinoise, une école d’art parisienne, un label indépendant : la rencontre prend des allures de conversation à trois voix.
Le programme ne se pense pas comme une vitrine d’un soir. Il veut s’inscrire dans la durée, offrir aux jeunes créateurs asiatiques une visibilité réelle en Europe et permettre aux talents européens d’approcher les fashion weeks, les institutions et les marques d’Asie. En coulisses, DEEP INDIGO SECTION, projet de contenus basé en Corée, repère les créateurs émergents de Corée, de Chine et du Japon, puis documente leur parcours en images pensées pour durer. Un défilé dure quelques minutes, un récit visuel bien construit accompagne une marque pendant des saisons.
Le Fashion Dialogue prolonge cette réflexion. Des voix issues de l’enseignement, des industries créatives, des médias et de l’échange international y abordent l’accompagnement des créateurs émergents, l’internationalisation des marques et la collaboration entre cultures. Une conviction sous-tend la démarche : s’internationaliser ne consiste pas à présenter une collection à l’étranger, mais à tisser, avec patience, un maillage de relations entre créateurs, écoles, institutions et partenaires.

FRAGRANCE DIARY, le thé en langage olfactif
NEXT ASIA ne s’arrête pas au vêtement. La maison chinoise FRAGRANCE DIARY propose une expérience olfactive inspirée du thé chinois. Cette culture millénaire, ses gestes d’infusion, sa lenteur assumée, son art de la nuance, se trouve transposée en un langage contemporain, au cœur même de l’événement.
L’intuition est juste : un échange culturel ne passe pas seulement par le regard. Mode, corps, espace et parfum composent ici une même expérience, et la rencontre entre l’Asie et l’Europe se respire autant qu’elle se contemple. Sous les plafonds dorés, l’évocation du thé installe un contrepoint inattendu, comme si deux traditions de l’élégance s’étaient donné rendez-vous dans un salon parisien.
Une route à double voie
Reste à savoir si la promesse tiendra dans le temps. Pékin, Séoul et Milan dessinent déjà les prochaines étapes d’un réseau qui se veut durable, articulé autour de la mode, du design et de la culture. La réciprocité est une ambition exigeante. Elle suppose que les créateurs européens trouvent en Asie la même écoute que celle offerte, à Paris, aux talents venus d’Asie. Elle suppose aussi des relais, de la constance, et cette patience que la mode, pressée par le rythme des saisons, s’accorde rarement.
Dans les salons de l’avenue Roosevelt, cette première édition pose une première pierre. La mode a toujours voyagé. NEXT ASIA lui propose désormais de bâtir des ponts, et de les traverser dans les deux sens.
Photos : Maxime Dobremel






































