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Simena, la voile selon ARES Yachts

Simena, la voile selon ARES Yachts

Patrick Koune

Avec ses 62 mètres, son gréement de ketch spectaculaire et sa silhouette inspirée de l’âge d’or de la navigation, SIMENA ne cherche pas à réinventer le voilier à deux mâts classique : elle lui offre une nouvelle dimension. À l’occasion du Monaco Yacht Show 2026, ARES Yachts présentera l’un des projets les plus ambitieux de la construction navale turque contemporaine, fruit d’un dialogue particulièrement réussi entre artisanat, ingénierie et technologies hybrides.

Au large de Saint-Tropez, toutes voiles dehors, SIMENA offre sans doute l’image qui résume le mieux sa personnalité : celle d’un yacht de 62 mètres qui ne se contente pas d’adopter les codes esthétiques de la grande plaisance à voile, mais qui a réellement été pensé pour naviguer.

Lors des premières prises de vues officielles réalisées sous voiles, le ketch évoluait entre 8,5 et 9,5 nœuds avec seulement 13 à 16 nœuds de vent. Une scène d’autant plus révélatrice que SIMENA a déjà parcouru quelque 3 250 milles nautiques en Méditerranée pendant sa première saison, passant notamment par Monaco, Gênes, Palma de Majorque, Saint-Tropez ou Imperia.

Son parcours comprend même une traversée sans escale de quelque 1 200 milles nautiques entre Fethiye et Monaco, ainsi que plusieurs longues navigations hauturières en Méditerranée. Autrement dit, derrière l’élégance du yacht se cache une véritable machine de voyage.

Superyacht Simena by Ares Shipyard

Une silhouette venue d’un autre temps

SIMENA joue volontairement avec notre imaginaire maritime. Sa longue étrave de clipper, son pont en teck, ses détails en acajou sipo verni et ses deux mâts semblent évoquer ces grands yachts d’une époque où prendre la mer relevait encore autant de l’aventure que de l’art de vivre.

Mais le projet n’a rien de nostalgique. Car, pour concevoir les lignes extérieures et l’architecture navale, ARES Yachts s’est associé au studio stambouliote Taka Yacht Design, dirigé par Tanju Kalaycıoğlu. Le dessin s’inspire des clippers et des anciens yachts à vapeur tout en intégrant une carène, des appendices et des volumes adaptés aux exigences d’un superyacht contemporain. ARES revendique ainsi une esthétique « classic with character » : classique, certes, mais avec suffisamment de caractère pour ne jamais sombrer dans le pastiche.

L’impression est renforcée par un gréement spectaculaire. Le grand mât culmine à 59 mètres et le mât d’artimon à 48 mètres. SIMENA peut établir une grand-voile de 470 m², une voile d’artimon de 249 m², un génois de 596 m² et une trinquette de 356 m², réalisés par Doyle Sails. Lors de ses essais en mer, le yacht a atteint 16 nœuds sous voile dans 20 nœuds de vent.

Avec ses 62 mètres, SIMENA appartient désormais au cercle très restreint des 25 plus longs superyachts à voile au monde.

ARES Yachts, de la haute technologie navale au superyacht

SIMENA est aussi importante pour ce qu’elle représente. Car derrière son allure intemporelle se trouve un chantier dont l’histoire s’est longtemps écrite très loin de l’univers feutré des marinas de Monaco.

Fondé en 2006 par la famille Kalafatoğlu, ARES Shipyard s’est développé dans les domaines des navires militaires, de patrouille, de service et des unités commerciales. Le groupe revendique plus de 230 bateaux livrés dans plus de quinze pays et dispose à Antalya d’environ 40 000 m² d’installations couvertes, avec des ateliers dédiés au travail du métal, des composites, de l’électricité et de la menuiserie.

Cette culture industrielle est essentielle pour comprendre SIMENA. En effet, ARES n’est pas arrivé dans le superyacht uniquement avec une signature esthétique. Il y est entré avec une maîtrise préalable de l’ingénierie, de la construction complexe, de la fiabilité et des contraintes propres aux navires professionnels.

En 2023, le groupe crée officiellement ARES Yachts, sa division consacrée aux superyachts. Ainsi, SIMENA devient rapidement son projet manifeste : une vitrine destinée à démontrer que le savoir-faire acquis sur des unités techniques peut aussi servir une autre définition de l’excellence, où la sophistication industrielle disparaît derrière le confort, les matériaux précieux et la beauté du geste artisanal.

Le président d’ARES Yachts, Kerim Kalafatoğlu, évoque d’ailleurs un projet profondément lié à l’histoire familiale de la construction navale. SIMENA établit également un jalon pour l’industrie turque puisqu’ARES la présente comme le plus grand voilier jamais à la fois conçu et construit en Türkiye.

Le luxe du silence

La modernité de SIMENA apparaît surtout lorsqu’elle commence à naviguer. Sous ses lignes classiques se dissimule une propulsion hybride particulièrement élaborée combinant un moteur diesel MAN de 882 kW, un moteur électrique de 220 kW, trois groupes électrogènes CAT et une hélice à pas variable Servogear. Six modes d’exploitation permettent notamment de naviguer en propulsion électrique, au diesel, uniquement sous voile ou encore de récupérer de l’énergie grâce à la rotation de l’hélice lorsque le yacht avance à la voile.

En mode électrique alimenté par les générateurs, SIMENA peut évoluer silencieusement autour de 8 nœuds, avec une autonomie calculée pouvant atteindre environ 6 000 milles nautiques. Son moteur diesel lui permet de son côté d’atteindre 14 nœuds, avec environ 4 000 milles nautiques d’autonomie à 11 nœuds.

Cette recherche d’efficience ne relève pas uniquement du discours. Le yacht a obtenu une notation SEA Index 4 étoiles « Superior », dispositif développé par le Yacht Club de Monaco et UBS et vérifié par Lloyd’s Register.

Une approche intéressante du luxe nautique contemporain : non pas renoncer à la performance ou au plaisir de naviguer, mais chercher davantage de silence, de polyvalence et d’efficience.

Un yacht conçu pour vivre la mer

À bord, Design Unlimited a choisi de ne pas rompre avec la personnalité extérieure du bateau. L’univers reste chaleureux et sophistiqué, avec une lecture contemporaine du grand yacht classique.

Les boiseries, le teck et l’acajou dialoguent avec des matériaux plus actuels, tandis que le marbre apparaît notamment dans les salles de bains des invités.

SIMENA accueille jusqu’à 12 personnes dans six cabines, avec notamment une vaste suite propriétaire pleine largeur située vers l’avant.

Mais une grande partie de son luxe se trouve dehors : le cockpit permet de réunir jusqu’à quatorze convives autour d’une table, tandis qu’une plateforme de bain escamotable de six mètres carrés crée une relation directe avec la mer. Le flybridge, volontairement encaissé et discret, préserve quant à lui la pureté du profil du yacht.

C’est précisément là que le travail réalisé par ARES prend tout son sens. La technologie est omniprésente, mais elle ne doit jamais dominer l’expérience. Elle se cache pour laisser apparaître ce qui compte réellement à bord : le vent, le silence, la lumière et la mer.

Monaco, vitrine d’une nouvelle ambition

Du 23 au 26 septembre 2026, SIMENA retrouvera Monaco pour le Monaco Yacht Show. Le communiqué d’ARES la présente comme l’un des plus grands superyachts à voile attendus à Port Hercule. Le contexte sera particulièrement concurrentiel : cette 35e édition doit réunir environ 120 superyachts, dont 43 unités livrées en 2026. Mais SIMENA devrait y attirer les regards pour une raison qui dépasse largement ses 62 mètres.

Dans un secteur où les dimensions spectaculaires ne suffisent plus à définir l’exception, elle défend une vision plus subtile du superyacht : celle d’un bateau capable de faire dialoguer la culture maritime classique avec les technologies d’aujourd’hui.

Pour ARES Yachts, SIMENA constitue donc davantage qu’un flagship : c’est une déclaration d’intention.

Après avoir bâti sa réputation sur des navires où la performance et la fiabilité ne supportent aucun compromis, le chantier d’Antalya transpose désormais cette exigence dans le monde du yachting de très grand luxe. Et plutôt que d’effacer le passé au nom de la modernité, il choisit avec SIMENA de s’en inspirer.

Une étrave de clipper, deux mâts dressés vers le ciel et la possibilité de glisser presque silencieusement sur la Méditerranée : parfois, l’avenir du yachting ressemble étonnamment à son âge d’or.

Photos : Jeff Brown – Breed Media

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