Par Patrick Koune
À Monaco, certaines trajectoires se confondent avec l’histoire même de la Principauté. Depuis près de cinquante ans, Bernard d’Alessandri façonne dans l’ombre l’une des institutions les plus influentes du yachting mondial. Stratège discret derrière la montée en puissance du Yacht Club de Monaco, artisan du positionnement de la Principauté comme capitale internationale du superyachting, il a transformé un cercle de passionnés en plateforme globale où se décident innovation, durabilité et diplomatie maritime. Portrait d’un homme qui a fait du port Hercule bien plus qu’un port d’escale : un centre de pouvoir pour l’industrie nautique ultra-luxe.
L’homme qui a fait de Monaco la capitale mondiale du yachting
Dans le vocabulaire monégasque, certains noms dépassent la fonction pour devenir des institutions. Celui de Bernard d’Alessandri appartient à cette catégorie rare. Depuis près d’un demi-siècle, à travers ses fonctions de secrétaire et directeur général, il incarne la colonne vertébrale du Yacht Club de Monaco, dont il a transformé l’influence en la projetant bien au-delà du port Hercule, jusqu’aux cercles décisionnels de l’industrie nautique internationale. Visionnaire discret, stratège de long terme et diplomate du monde maritime, il a accompagné la métamorphose d’un club de passionnés en une plateforme globale où se dessinent les standards du yachting contemporain.
Un destin indissociable de celui du Yacht Club de Monaco
Arrivé en Principauté en 1976 alors que le Yacht Club ne comptait qu’une poignée de collaborateurs, Bernard d’Alessandri en a orchestré l’ascension avec une constance rare dans l’univers des institutions internationales.
Nommé secrétaire général et directeur général en 1990, il devient l’architecte opérationnel d’un projet porté par la présidence du Prince Albert II : faire de Monaco un laboratoire d’excellence maritime, à la croisée de l’innovation, de la durabilité et de l’art de vivre.
Sous son impulsion, le club change d’échelle. L’inauguration du nouveau bâtiment signé Lord Norman Foster en 2014 ne constitue pas seulement une prouesse architecturale : elle symbolise l’entrée du yachting monégasque dans une dimension institutionnelle et économique globale.
Aujourd’hui, avec plus de 2 500 membres issus de plus de 80 nationalités, le Yacht Club de Monaco fonctionne comme un hub d’influence où se croisent armateurs, family offices, capitaines d’industrie, régatiers et décideurs publics.

Le stratège derrière “Monaco, Capital of Advanced Yachting”
Si Monaco est devenu un centre de gravité pour l’écosystème du yachting mondial, c’est en grande partie grâce à la vision systémique portée par Bernard d’Alessandri.
Il ne s’est jamais contenté de gérer un club. Il a structuré un écosystème.
Création du Cluster Yachting Monaco, qui fédère plus d’une centaine d’entreprises du secteur.
Lancement d’événements devenus des références internationales comme Monaco Classic Week, La Belle Classe ou le Monaco Energy Boat Challenge.
Mise en place du SEA Index®, premier outil de notation environnementale dédié aux superyachts.
Ces initiatives ont repositionné la Principauté comme une plateforme stratégique où se pense l’avenir de l’industrie, bien au-delà de la seule saison méditerranéenne.
L’ambassadeur d’un yachting responsable
Dans un secteur souvent observé à travers le prisme du luxe pur, Bernard d’Alessandri a imposé une lecture différente : celle d’un yachting comme laboratoire de transition.
Son engagement en faveur de la décarbonation, de la propulsion alternative et de la transmission des savoirs s’incarne notamment dans La Belle Classe Academy, conçue comme un lieu de formation pour la nouvelle génération de professionnels de la mer.
Cette approche fait de Monaco non seulement une vitrine, mais un centre de réflexion sur la transformation d’une industrie confrontée aux enjeux environnementaux et énergétiques.
Un rôle économique et diplomatique majeur
Sa nomination à la présidence de la Chambre Monégasque du Yachting confirme une influence qui dépasse désormais le cadre institutionnel du club.
À travers cette fonction, il participe directement à la structuration d’un secteur qui représente l’un des piliers économiques de la Principauté, tout en consolidant son rayonnement international.
Dans les cercles du superyachting, il est perçu comme un interlocuteur capable de relier les intérêts privés, les stratégies étatiques et les dynamiques industrielles.
Un homme de mer avant tout
Malgré cette trajectoire institutionnelle, le socle reste identique : la passion maritime. Ceux qui travaillent à ses côtés décrivent un homme guidé par la culture du collectif, la discipline du monde nautique et une vision profondément européenne du yachting, où tradition et innovation ne s’opposent jamais.
Sa longévité exceptionnelle à la tête du Yacht Club n’est pas seulement un record de gouvernance. Elle traduit une continuité stratégique qui a permis à Monaco de conserver une position dominante dans un secteur devenu ultra-compétitif.
Le Yacht Club comme soft power monégasque
Sous son pilotage, le Yacht Club de Monaco est devenu bien plus qu’un cercle privé. Il fonctionne comme un instrument de soft power, un lieu où se rencontrent diplomatie économique, lifestyle et innovation maritime.
Dans une géographie mondiale du yachting en mutation, Méditerranée, Moyen-Orient, Caraïbes, Monaco conserve ainsi un rôle de référence, non par sa taille, mais par sa capacité à produire des standards. Et cette capacité porte une signature : celle de Bernard d’Alessandri.
Avec lui, le yachting monégasque a cessé d’être uniquement un symbole de prestige pour devenir une industrie structurée, un laboratoire environnemental et un vecteur d’influence internationale. Dans l’économie de l’ultra-luxe comme dans la diplomatie maritime, rares sont les profils capables d’inscrire leur action sur un demi-siècle tout en restant tournés vers l’avenir. Bernard d’Alessandri appartient à cette catégorie.



































