Au détour d’une rue encore bruissante des conversations des théâtres voisins, un nom circule de bouche à oreille avec un mélange de malice et de curiosité : Victor Lustig. Non pas celui qui, dans les années 1920, réussit l’impensable : vendre la Tour Eiffel à un ferrailleur crédule. Il renaît aujourd’hui sur scène sous la direction d’Elsa Bontempelli, artiste passionnée qui redonne aux années folles leur éclat d’origine… avec ce supplément d’âme que seul le présent peut offrir.
Découvrez au théâtre Bobino à Paris, du Mercredi 22 Octobre 2025 au 21 Janvier 2026 à 20h00, la comédie musicale créée par EL Production :
plumes, jazz, claquettes et culot XXL, Elsa Bontempelli ressuscite l’un des escrocs les plus fascinants du siècle dernier et signe un spectacle incandescent qui réveille la scène française. Coup de projecteur sur une créatrice élégante, inspirée, et déjà incontournable.
Le pari pourrait sembler fou : monter une comédie musicale française de grande ampleur, pleine de musique live, de claquettes, de décors 3D, de chorégraphies à la Broadway et d’une intrigue digne d’un film de Scorsese. Pourtant, dès les premières notes, une évidence s’impose : on assiste à un geste artistique rare, celui qui conjugue élégance, ambition et sens du spectacle.
L’escroc le plus classe du XXᵉ siècle : un anti-héros français comme on les aime
De Sinatra à Gatsby, l’imaginaire collectif adore les charmeurs au bord du gouffre, les bandits chics, ceux qui dansent avec la morale comme d’autres dansent le charleston. Dans ce panthéon existe déjà Frank Abagnale, immortalisé au cinéma par Attrape-moi si tu peux. Mais Victor Lustig a ceci de plus : il est français, impertinent, et son plus grand coup semble trop audacieux pour être vrai… jusqu’à ce que les archives confirment l’arnaque.
Dans le spectacle, on suit Lustig dans sa version la plus théâtrale et délicieusement romanesque : un homme qui maîtrise l’art du mensonge comme d’autres maîtrisent celui du violon, capable d’embobiner banquiers, millionnaires, policiers, et même… Al Capone.
Sur scène, les arnaques montent en puissance comme des numéros de cabaret : ruses, faux-semblants, identités multiples, manipulations psychologiques.
Et tout est inspiré de faits réels.
Le public rit, s’indigne, tremble, avant de se surprendre à adorer ce voyou si brillant. Car Lustig ne vole jamais par nécessité. Il vole par style.

Avant de devenir l’ombre insaisissable qui berna les plus puissants, Victor Lustig fut un enfant comme les autres, né en 1890 à Hostinné, une petite ville alors rattachée à l’Empire austro-hongrois. Grandissant dans une famille modeste, il développe très tôt un sens aigu de la débrouillardise et un goût prononcé pour les histoires qui font briller les yeux. Élève brillant, curieux du monde, il se frotte rapidement aux cercles plus aisés qu’il observe avec fascination, pas par envie, mais par compréhension instinctive des mécanismes du pouvoir et de la séduction sociale. Adolescent, il découvre le jeu, les cartes, les paris… et surtout la psychologie humaine. Une cicatrice laissée par un duel amoureux sur les bancs de la fac à Paris lui vaudra son surnom de “Count Lustig”, tant il jouait déjà de son charme et de son élégance pour se réinventer. C’est là que se dessine le futur escroc : non pas un voyou, mais un garçon rusé, affamé de vie, conscient que pour exister, il lui faudra plus que de l’argent, il lui faudra une légende.
Polyglotte, élégant, doté d’un sens aigu de l’observation, il savait lire les gens comme d’autres lisent une partition. Son coup de maître reste évidemment légendaire : convaincre un industriel que l’État français souhaitait vendre la Tour Eiffel pour la démonter en pièces détachées… et repartir avec l’argent, sans que personne n’ose d’abord ébruiter l’arnaque. Mais au-delà des faits, ce qui rend Lustig si fascinant, c’est sa manière d’embrasser la vie comme un jeu, un jeu dangereux, certes, mais mené avec panache. Il ne s’en prenait jamais à la misère ; il visait les vanités, les ego, les certitudes, comme un miroir tendu à la société. Séducteur, brillant, insaisissable, il laisse derrière lui un parfum mêlé de scandale et de tendresse, celui des personnages qui nous dérangent autant qu’ils nous séduisent, parce qu’ils révèlent une vérité que nous préférerions ignorer : parfois, on croit ce qui nous arrange, simplement parce que l’histoire est belle.

Elsa Bontempelli : la grâce, l’audace et l’héritage
Avant d’être metteuse en scène, Elsa Bontempelli est une enfant du Music-Hall.
Danseuse formée à l’exigence, elle a fait partie des mythiques Bluebell Girls du Lido, ces silhouettes impeccables qui incarnent l’élégance à la française. C’est là, sous les plumes et les projecteurs, entre costumes étincelants et coulisses disciplinées, qu’elle forge un regard rare : celui d’une artiste qui connaît l’envers du rêve.
Elle hérite aussi d’un nom : Bontempelli. Son père, Guy Bontempelli, fut l’un des auteurs-compositeurs les plus fins de sa génération, écrivant notamment pour Juliette Gréco, Brigitte Bardot et Charles Aznavour.
Une sensibilité artistique qui coule dans la famille comme une seconde nature, mais que la jeune Elsa ne se contente pas d’honorer : elle la prolonge.
Déjà deux spectacles au compteur, deux succès : Les Vilaines (2019), puis C@sse-Noisette! (2022), audacieuse relecture de Tchaïkovsky mêlant ballet et hologrammes, saluée pour son inventivité.
Avec Victor Lustig, elle passe un cap. Non pas par caprice d’artiste. Mais parce que ce projet semble l’avoir choisie autant qu’elle l’a choisi : une comédie musicale à la française… avec l’âme du Broadway des années folles
Ce qui frappe dans Victor Lustig, c’est son identité esthétique assumée : le spectacle embrasse pleinement le Music-Hall, ses chœurs, ses tableaux, ses transitions fluides, ses ruptures, ses plumes, son jeu avec le public, ses claquettes impeccables et son swing jubilatoire.
Les codes du Broadway historique sont pleinement assumés : les tableaux chorégraphiés s’enchaînent avec une fluidité qui fait avancer l’intrigue tout en offrant de véritables moments de divertissement, l’humour ciselé oscille subtilement entre ironie et légèreté, et les voix sont portées en live, sans artifices ni playback, préservant l’authenticité du Music-Hall. À cela s’ajoutent des costumes flamboyants, dignes de véritables scènes de cinéma, ainsi que des décors mouvants magnifiés par la 3D, qui transportent le public d’un univers à l’autre avec la magie et l’efficacité visuelle des grandes productions de Broadway.
À cela s’ajoute une patte bien française : un regard sur la société, un fond socio-culturel, une réflexion sur l’argent, l’ego, l’apparence et la culpabilité.
Car derrière les rires, la mise en scène glisse une question subtile : Et si nous étions tous, un peu, complices de nos propres illusions ?
La musique : un cure-dent trempé dans du champagne
Impossible de parler de ce spectacle sans évoquer celui qui en façonne la colonne vertébrale : la musique.
Elle est signée Adrian Delmer, musicien californien installé à Paris, amoureux fou du jazz de l’entre-deux-guerres.
Delmer ne se contente pas de “recréer une ambiance vintage”.
Il recompose à la source : orchestration authentique, instruments d’époque, arrangements fidèles au style New York – Paris – La Nouvelle-Orléans.
Contrebasse, clarinette, trompettes, violons, piano, batterie : la texture sonore est vivante, chaude, pleine de swing. On se croirait dans un club enfumé du Harlem de 1925 ou sous les lustres de l’Apollo Theater.
On ferme les yeux et on voit les gratte-ciel se construire, les robes à franges tournoyer, les gangsters en imper posés au coin des bars. La musique donne au spectacle ce que Mel Brooks appelait “the juice” : la sève du plaisir.

Billie : la femme qui vole le cœur du voleur
À côté de Lustig, un personnage étonne, intrigue et captive : Billie.
Ni faire-valoir ni victime, elle incarne cette génération de femmes qui refusent de rester dans les cases que les années 1920 réservent encore au “sexe faible”.
Inspirée de Betty Boop et des héroïnes sensuelles du cabaret, Billie est d’abord celle que Lustig arnaque… puis celle qui lui tient tête.
Elle revient, se venge, comprend son jeu… et décide d’y jouer avec lui plutôt que contre lui.
La romance n’est ni naïve ni édulcorée. C’est un duo félin, une danse de pouvoir, d’ego, de charme et d’intelligence. Billie n’adoucit pas Lustig : elle le révèle.
Champagne, illusions et morale en talons hauts
Ce que le spectacle réussit admirablement, c’est la subtilité de son double discours. On rit. On s’émerveille. On se laisse prendre par l’arnaque, comme les personnages…
Mais en filigrane, une réflexion s’installe :
L’argent est-il une réalité ou une fiction collective bien racontée ?
Lustig vend la Tour Eiffel, une absurdité rationnelle, mais le capitalisme n’est-il pas lui-même… une escroquerie consensuelle ?
Sans donner de leçon, la mise en scène invite à se questionner :
Pourquoi croit-on si facilement ce qui nous arrange ?
Pourquoi préfère-t-on la promesse à la vérité ?
Et si la société moderne avait fait de Lustig… son prophète ?

Une production qui ose et qui réussit
Derrière cette création, il y a EL Production, née de l’alliance d’Elsa Bontempelli et de Laurent Ferry.
Une jeune compagnie qui, en cinq ans, a su prouver qu’elle pouvait rêver en grand sans perdre son exigence artistique.
35 artistes et techniciens, tous soudés, tous animés par ce projet, prouvent que le spectacle vivant peut encore nous surprendre, nous émerveiller, nous embarquer loin des écrans pour une soirée.
Leur force ?
La sincérité. Rien n’est cynique, rien n’est calculé “marketing”.
On sent le travail, le soin, la passion, le plaisir de faire du beau pour faire du bien.
Alors, faut-il y aller ?
Oui. Trois fois oui.
Pour rire, pour vibrer, pour entendre du jazz comme on n’en entend plus sur les scènes françaises, pour voir une troupe généreuse et une mise en scène intelligente.
Pour retrouver cette magie du spectacle total, celui qui mêle musique, théâtre, danse, ruse et émotion.
Et parce que ce spectacle marque peut-être la naissance d’une grande signature du Music-Hall contemporain : celle d’Elsa Bontempelli.
Elle n’a pas besoin de crier pour exister, ni de s’autoproclamer prodige.
Elle avance avec élégance, justesse, exigence, et cette petite flamme qui distingue ceux qui créent non par vanité, mais par nécessité intérieure.
Victor Lustig a vendu la Tour Eiffel.
Elsa Bontempelli, elle, nous vend du rêve et celui-là, on repart heureux de l’avoir acheté.
Ema Lynnx

SAVE THE DATES
Théâtre Bobino – Paris – 75
Du Mercredi 22 Octobre 2025 au 21 Janvier 2026 à 20h00
https://bobino.fr/
Théâtre Agathois – Agde – 34
Le Vendredi 19 Septembre 2025 à 20h30
Espace Culturel – Alain Poher – Ablon – 94
Le Samedi 04 Octobre 2025 à 20h30
Espace Charles Aznavour – Arnouville – 95
Le Vendredi 10 Avril 2026 à 20h30



























