Quand on évoque la pâtisserie d’avant-garde, mêlant technique, audace visuelle et goût, un nom revient inévitablement : Amaury Guichon. Franco-suisse, né le 15 mars 1991, c’est aujourd’hui l’un des pâtissiers-chocolatiers les plus influents et regardés au monde.
Mais au-delà des chiffres (followers, sculptures, réseaux sociaux), l’histoire d’Amaury est avant tout une histoire de passion, de résilience et de foi en un savoir-faire incarné, un récit qui mérite d’être raconté en détail.
Les origines d’un “outsider” devenu maître de son art
Né d’un père français et d’une mère suisse, Amaury grandit près de Genève, en Haute-Savoie. Très tôt, il manifeste un goût pour le travail manuel, mais l’école classique ne lui sied guère et ses enseignants n’hésitent pas à le qualifier de “bon à rien”.
À 14 ans, il prend une décision qui changera sa vie : il quitte le cursus traditionnel pour intégrer l’École Hôtelière Savoie Léman à Thonon-les-Bains, où il découvre l’univers du sucré. Par la suite, il affine son savoir-faire à Genève, avant de s’envoler pour Paris rejoindre la prestigieuse Maison Lenôtre. En 2010, il y est reconnu “Meilleur apprenti de France”, un premier pas vers l’excellence.
Ces débuts, faits d’heures très tôt le matin, de doutes et de sacrifices, forgeront un état d’esprit fondamental : celui de celui qui, malgré les critiques, croit en son rêve et travaille sans relâche.
De l’atelier parisien à Las Vegas : l’envol vers la créativité
Après son passage chez Lenôtre, Amaury multiplie les expériences : de la Côte d’Azur à Paris, jusqu’aux États-Unis. Il devient chef exécutif chez Hugo & Victor puis part en 2014 à Las Vegas, recruté par l’équipe de Jean-Philippe Pâtisserie, pour officier au Bellagio et à l’Aria Resort & Casino.
À Las Vegas, loin des traditions françaises, Amaury découvre un terrain propice à l’expérimentation. La ville, extravagante, démesurée, spectaculaire, devient un tremplin idéal pour libérer sa créativité.
Mais ce qui va véritablement le propulser sur le devant de la scène, c’est le numérique. Dès 2016, il commence à publier ses créations en vidéo sur les réseaux sociaux : sculptures en chocolat, desserts visuellement uniques, coulisses de l’atelier… Le succès est immédiat.

Quand la pâtisserie devient sculpture : l’esthétique comme signature
Ce qui distingue Amaury Guichon des pâtissiers traditionnels, c’est sa capacité à transformer le chocolat, matière noble mais exigeante, en œuvres d’art tangibles. Dragons, girafes gigantesques, sculptures hyper-réalistes, motos, LEGO géants… Son imagination ne connaît presque aucune limite.
Contrairement à une pâtisserie classique, chaque création part souvent d’un croquis. Amaury conçoit l’objet comme un architecte : structure intérieure en chocolat, moulages, parfois impression 3D, finitions minutieuses, techniques issues de la sculpture ou de l’artisanat d’art.
Mais l’esthétique ne va jamais sans la gourmandise : l’idée est d’offrir un “goût + expérience visuelle”, un dessert qui séduit autant les yeux que les papilles. En cela, Amaury incarne ce que certains appellent un “ingénieur du sucré” : chaque pièce mélange rigueur technique, connaissance des matières et sens esthétique.

Ambassadeur de la pâtisserie moderne : réseaux, masterclasses et transmission
Aujourd’hui, avec plusieurs dizaines de millions d’abonnés sur ses plateformes (YouTube, Instagram, TikTok), Amaury Guichon est sans doute le “pâtissier le plus suivi du monde”.
Mais sa démarche ne s’arrête pas à la création. En 2019, il cofonde la Pastry Academy by Amaury Guichon à Las Vegas, pour transmettre son savoir-faire, ses techniques, ses méthodes, de la pâtisserie traditionnelle à la sculpture de chocolat. Par ses masterclasses, ses contenus pédagogiques, il participe activement à la démocratisation d’un art souvent perçu comme élitiste. Il rend accessibles des compétences rares, souvent réservées aux grandes maisons ou aux chefs étoilés.
De plus, en devenant juge et mentor dans des émissions internationales (comme School of Chocolate sur Netflix, ou Dessert Masters en Australie), il s’impose comme un visage emblématique de la pâtisserie contemporaine.
Pourquoi Amaury Guichon représente l’air du temps gastronomique ?
- Un pont entre tradition et modernité : entraîné dans les meilleures maisons, formation classique, rigueur, mais capable d’extraire de ces fondations une créativité radicale, conforme aux attentes d’une époque visuelle.
- La pâtisserie comme spectacle : à l’heure des réseaux sociaux, la gourmandise s’accompagne d’un besoin d’émerveillement visuel, Amaury le comprend mieux que quiconque.
- Un métier transmis et célébré : loin des clichés poussiéreux, il montre que la pâtisserie est un art vivant, exigeant, gratifiant.
- Un modèle de résilience et de passion : de l’adolescent en difficulté scolaire au “chocolatier star”, son parcours rappelle que l’artisanat peut être un chemin d’excellence quand il est porté par la conviction et l’engagement.
Ses réalisations les plus emblématiques à ce jour
Les œuvres les plus emblématiques de Amaury Guichon reflètent à la fois l’impact médiatique, la prouesse technique, le symbole (record / viralité), et la portée artistique.
1. Le vélociraptor en chocolat : l’emblème des créations monumentales
Avant d’entrer au Guiness Word Records, Guichon avait déjà frappé les esprits avec le vélociraptor en chocolat, une sculpture titanesque de plus de 2,4 m de hauteur, pesant environ 250 kg de chocolat.
La confection de cette pièce a été un véritable défi technique et logistique, l’équilibrage, la structure interne, l’assemblage, les finitions ; tout cela montre l’approche de sculpteur qu’adopte Guichon. L’œuvre dépasse la simple dimension gourmande pour entrer dans celle de l’objet d’art.
Ce raptor marque un jalon : il démontre que le chocolat, matériau fragile et exigeant, peut devenir, entre les mains d’un maître, un médium sculptural robuste et spectaculaire. Pour beaucoup, c’est cette sculpture qui a véritablement lancé sa réputation internationale en tant qu’artiste du chocolat.
2. La banane géante, une sculpture « record du monde » (2024)
En 2024, Amaury Guichon réalise l’une de ses œuvres les plus médiatisées : une banane en chocolat de 167,64 cm × 75,1 cm, proclamée officiellement comme la « plus grande sculpture en chocolat de fruit » par Guinness World Records.
La banane, partiellement « pelée » et avec la pointe trempée dans du chocolat, joue sur le contraste entre un fruit du quotidien et l’extravagance d’une sculpture monumentale. Exposée à Las Vegas, elle dépasse toute dimension traditionnelle de la pâtisserie, ici, le chocolat n’est plus seulement un ingrédient, mais un matériau sculptural à grande échelle.
Ce record marque un tournant dans la carrière de Guichon : non seulement il repousse les limites de ce qu’on peut faire en chocolat, mais il fait reconnaître la pâtisserie, ou du moins la sculpture chocolatée, comme un art monumental. L’œuvre incarne sa volonté de transformer le chocolat en « matière d’art », et elle a permis de toucher un public bien plus large, sensibilisé à l’exploit technique et visuel.
3. La girafe en chocolat : l’œuvre virale qui a changé la visibilité
En 2022, Guichon présente une girafe en chocolat de 2,52 m de haut, d’un poids d’environ 72 kg, entièrement réalisée à partir de chocolat.
La construction, aussi audacieuse qu’ingénieuse, a nécessité l’équilibrage du corps via une chaîne suspendue et une reconstitution minutieuse de la tête, du cou, des jambes… le tout pour un rendu étonnamment réaliste, au point qu’il est difficile de croire qu’il s’agit d’une sculpture comestible.
Mais ce n’est pas seulement la prouesse technique qui a marqué les esprits. La vidéo diffusée sur les réseaux sociaux est devenue virale, c’est l’un des tournants médiatiques majeurs de la carrière de Guichon, qui a touché un public bien au-delà des amateurs de pâtisserie traditionnelle. Cette girafe a contribué à démocratiser l’idée de « sculpture en chocolat » comme art visuel à part entière.
4. Les œuvres hybrides et sculptures-objets : la diversité comme signature
Au-delà des grandes créatures ou des records, Guichon a multiplié les créations variées, montres, voitures en chocolat, animaux, animaux en ballon, objets du quotidien transformés en illusions chocolatées, voire des sculptures inspirées d’univers pop-culture.
Ces œuvres, parfois détournant les attentes, montrent qu’il considère le chocolat comme un matériau flexible, capable d’imiter la gomme, le métal, le plastique, ou encore les textures les plus surprenantes. Il franchit la frontière entre le dessert et l’objet d’art, entre la gourmandise et l’esthétique.
Cette diversité témoigne de son inventivité sans fin : chaque nouvelle pièce est l’occasion de repousser les limites, d’explorer une autre forme, un autre style, un autre défi technique. C’est cette capacité d’innovation constante qui fait de lui une figure unique dans le monde de la pâtisserie contemporaine.
À quoi s’attendre pour l’avenir, quelques pistes…
À l’image de son œuvre jamais figée, Amaury Guichon semble loin d’avoir dit son dernier mot. Entre voyages, masterclasses, projets (scolaires, éditoriaux, sculptures), on peut imaginer :
- de nouvelles créations encore plus ambitieuses, mêlant chocolat, sucre-poudre, glace ou d’autres techniques,
- un développement de son académie, peut-être en Europe ou en Asie, pour rapprocher sa pédagogie d’un public plus large,
- ou encore des collaborations plus audacieuses, avec des marques, des artistes, des institutions culturelles…
Quoi qu’il en soit, son influence sur la pâtisserie contemporaine est déjà solide, et son regard, tant artistique que curieux, augure des desserts qui ne se contenteront plus d’être mangés, mais admirés.
Amaury Guichon est bien plus qu’un pâtissier ou qu’un influenceur : il est le symbole d’une pâtisserie en mouvement, entre tradition et art, entre chocolat et sculpture, entre goût et rêve.
Son parcours, humble, exigeant, généreux, prouve qu’au-delà du talent, c’est la passion et la volonté qui font les grands créateurs. Et pour tous les pâtissiers, amateurs ou professionnels, il incarne la promesse que le chocolat, la farine et le sucre peuvent, entre des mains déterminées, devenir des ponts vers l’émerveillement.
Ema Lynnx
Photos / Vidéos : ©Amaury Guichon




























