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Hong Kong, entre lumière et traditions vivantes

Hong Kong, entre lumière et traditions vivantes

Par Ema Lynnx

À Hong Kong, lorsque revient la Fête de la Mi-Automne, les gratte-ciel et les enseignes lumineuses cèdent un peu de leur éclat à une lumière plus ancienne, celle des lanternes, des bâtons d’encens et d’une tradition qui continue de se transmettre de génération en génération. Cette année, la célébration prend une ampleur particulière avec l’arrivée du premier International Lantern Spectacular, tandis que la mythique Danse du Dragon de Feu de Tai Hang rappelle combien le patrimoine hongkongais reste profondément vibrant et vivant.

World Lantern Boulevard

La Fête de la Mi-Automne, l’une des grandes célébrations traditionnelles du monde chinois, plonge ses racines dans les anciens rites agraires et le culte de la lune. À l’origine, les communautés chinoises célébraient la fin des récoltes et rendaient hommage à l’astre lunaire, associé à l’abondance et au cycle des saisons.  Cette fête prend progressivement sa forme actuelle au cours des dynasties Tang (618-907) puis Song (960-1279), lorsque contempler la pleine lune, partager un repas et se retrouver en famille deviennent des traditions essentielles.

Célébrée le quinzième jour du huitième mois du calendrier lunaire, au moment où la lune est réputée particulièrement ronde et lumineuse, elle symbolise depuis lors l’unité, les retrouvailles et la prospérité. Au fil des siècles, son imaginaire s’est enrichi de nombreuses légendes, notamment celle de Chang’e, la déesse de la Lune, tandis que lanternes, mooncakes et réunions familiales sont devenus les grands rituels de cette fête aujourd’hui célébrée bien au-delà de la Chine.

La lanterne comme langage universel

Les lanternes occupent une place centrale dans la Fête de la Mi-Automne, où elles symbolisent à la fois la lumière, l’espoir et le rassemblement. Traditionnellement portées, suspendues ou offertes, elles accompagnent les célébrations nocturnes et prolongent symboliquement l’éclat de la pleine lune. Leur lumière est souvent associée à la bonne fortune et au souhait d’un avenir harmonieux, tandis que leurs formes et leurs couleurs peuvent évoquer la prospérité, la longévité ou la réunion familiale. À Hong Kong, elles sont aussi profondément liées à l’imaginaire populaire de la fête : lapins, poissons, fruits ou motifs floraux transforment rues et jardins en paysages lumineux. Plus qu’un simple élément décoratif, la lanterne devient ainsi un objet de transmission, reliant les générations et donnant une dimension presque poétique aux célébrations.

Du 17 au 27 septembre, Victoria Park devient le cœur lumineux de la fête. Pour sa première édition, l’International Lantern Spectacular est placé sous le thème des « Retrouvailles », notion indissociable de la Mi-Automne, traditionnellement associée aux réunions familiales et au partage.

Le projet dépasse cependant les frontières de Hong Kong. Des lanternes issues de vingt pays et régions y sont réunies, aux côtés des célèbres lanternes Qinhuai de Nankin et de créations artisanales locales. Le long du World Lantern Boulevard, plus de 3 000 lanternes dessinent ainsi une sorte de cartographie culturelle du monde. Les visiteurs passent des lanternes de soie de Jinju, en Corée du Sud, traditionnellement associées aux vœux de santé et de bien-être, aux créations brésiliennes aux couleurs de patchwork, avant de découvrir le délicat travail polonais du papier découpé.

Derrière le spectacle visuel se dessine un propos plus intéressant : montrer comment un objet aussi simple que la lanterne peut devenir le dépositaire d’une mémoire collective. Partout, elle change de matière, de forme, de couleur et de symbolique, mais conserve cette même capacité à rassembler autour de la lumière.

World Lantern Boulevard

À Nankin, un art vieux de dix-sept siècles

Certaines œuvres présentées à Hong Kong invitent à remonter beaucoup plus loin dans le temps. C’est le cas des lanternes Qinhuai de Nankin, dont l’histoire s’étend sur plus de 1 700 ans et dont le savoir-faire est inscrit sur la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel de Chine.

Pour l’événement, quatre lanternes monumentales ont été spécialement réalisées par des artisans de Nankin. Leur conception exige plusieurs étapes, création de la structure, assemblage, peinture et découpage du papier, auxquelles s’ajoutent des codes symboliques liés notamment à la prospérité et au bonheur.

Dans une ville aussi contemporaine que Hong Kong, cette rencontre entre savoir-faire ancestral et scénographie spectaculaire prend tout son sens. Le patrimoine n’est pas présenté comme une relique que l’on observerait à distance, mais comme une matière capable de dialoguer avec la création et le présent.

Hong Kong raconte aussi ses propres lanternes

La fête retrouve un caractère plus intime au Hill Knoll Pavilion, où plus de 400 lanternes traditionnelles hongkongaises sont réunies.

Lapins, poissons rouges ou caramboles suspendus au-dessus des visiteurs composent un paysage coloré inspiré de la célèbre « Lantern Street » du marché Tai Kiu de Yuen Long.

Ces formes pourraient presque paraître naïves face à la monumentalité de certaines installations internationales. Elles sont pourtant essentielles : elles appartiennent aux souvenirs d’enfance, aux promenades familiales et à l’imaginaire populaire de la Mi-Automne. Elles rappellent surtout que la force d’une fête traditionnelle tient rarement à son seul spectacle, mais elle réside aussi dans les gestes que chacun reconnaît.

Le mooncake, autre mémoire de la fête

Impossible d’évoquer la Fête de la Mi-Automne sans parler des mooncakes, ces pâtisseries rondes traditionnellement associées au partage et aux retrouvailles. À Hong Kong, elles accompagnent chaque célébration et se déclinent dans une grande diversité de recettes régionales.

Cette année, Victoria Park accueillera notamment des mooncakes de style Suzhou, des versions du Yunnan au jambon, mais aussi des spécialités de tradition Chiuchow garnies de pâte de taro, de haricots noirs ou de haricots mungo. Au-delà de la gourmandise, ces créations racontent la richesse des cultures culinaires chinoises et prolongent la fête par un rituel simple et profondément convivial : offrir, partager et déguster ensemble. L’ensemble des recettes de cette opération doit être reversé à l’organisation caritative Po Leung Kuk.

Le mooncake, ou gâteau de lune, puise ses origines dans les anciennes traditions chinoises liées au culte de la lune et aux célébrations des récoltes. Sa présence lors de la Fête de la Mi-Automne s’affirme progressivement au fil des dynasties, notamment sous les Tang puis les Song, lorsque la pleine lune devient un puissant symbole de réunion familiale, d’harmonie et de prospérité. Sa forme ronde renvoie directement à cette idée de complétude et de retrouvailles. Une célèbre légende situe également le mooncake au cœur de la chute de la dynastie Yuan, au XIVe siècle : des messages secrets appelant à la révolte auraient été dissimulés à l’intérieur des pâtisseries afin d’échapper à la surveillance des autorités mongoles. Si cet épisode appartient davantage à la tradition populaire qu’à l’histoire formellement établie, il participe aujourd’hui encore à l’imaginaire entourant le mooncake. Offert et partagé entre proches, celui-ci demeure ainsi bien plus qu’une gourmandise : il est devenu l’un des symboles les plus emblématiques de la Fête de la Mi-Automne et de l’attachement aux liens familiaux.

À Tai Hang, le dragon reprend feu

Mais l’image la plus saisissante de la Mi-Automne hongkongaise se trouve sans doute ailleurs, dans les rues du quartier de Tai Hang.

Du 24 au 26 septembre, la Danse du Dragon de Feu revient pour une 147e édition. Inscrite sur la Liste nationale du patrimoine culturel immatériel de Chine, cette tradition met en scène un dragon de 67 mètres dont la silhouette est illuminée par quelque 12 000 bâtons d’encens.

Lorsque la nuit tombe, la créature traverse les rues dans la fumée de l’encens et au rythme des tambours. Il ne s’agit plus seulement d’assister à un spectacle. Le bruit, l’odeur, la chaleur et le mouvement plongent la foule dans une tradition qui mobilise tout un quartier.

Selon la coutume, la danse est associée aux bénédictions et à la bonne fortune. Une fois la procession achevée, des bâtons d’encens encore allumés sont remis aux spectateurs, abolissant momentanément la frontière entre ceux qui regardent et ceux qui participent.

Cette proximité explique sans doute pourquoi la manifestation conserve une telle force après près d’un siècle et demi : elle demeure un rituel collectif avant d’être un événement touristique.

Une ville entre héritage et modernité

La Fête de la Mi-Automne révèle finalement une autre facette de Hong Kong. Derrière l’image internationale d’une métropole verticale, financière et trépidante demeure une ville attachée à ses rituels, à ses quartiers et à ses savoir-faire.

L’International Lantern Spectacular introduit cette année une dimension résolument internationale, mais sans effacer les traditions locales. Au contraire, la confrontation entre les lanternes du monde, les artisans de Nankin, les créations hongkongaises et le Dragon de Feu fait apparaître ce que Hong Kong sait particulièrement bien cultiver : la rencontre entre différentes époques et différentes cultures.

Sous la pleine lune de septembre, la ville cosmopolite ne choisit donc pas entre patrimoine et modernité : elle les fait cohabiter. Et lorsque des milliers de lanternes s’allument dans Victoria Park tandis que le dragon embrase symboliquement les rues de Tai Hang, la lumière devient bien davantage qu’un décor : elle devient le fil conducteur d’une mémoire populaire toujours en mouvement.

Photos : ©HKTB

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