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Frojo, la joaillerie marseillaise en mouvement

Frojo, la joaillerie marseillaise en mouvement

Par Patrick Koune

À Marseille, la maison Frojo ne se contente pas de traverser le temps : elle avance avec lui. Depuis 1854, cette joaillerie – horlogerie marseillaise construit une histoire singulière, intimement liée à la cité phocéenne, à ses transformations et à son rapport presque instinctif à la Méditerranée.

Joaillier, horloger, créateur et partenaire de grandes signatures, cette Maison familiale a réussi ce que peu d’entreprises parviennent à accomplir sur près de deux siècles : préserver une identité forte tout en sachant régulièrement la remettre en mouvement. Sa nouvelle collaboration avec Jonsen Island autour de la Phocéa en offre aujourd’hui une nouvelle illustration.

Pour la première fois, Frojo ouvre en effet son univers horloger à une autre marque. Et plutôt que de chercher cette rencontre à Paris, Genève ou Milan, la Maison a choisi Marseille. Thomas Cantoni, fondateur et designer de Jonsen Island, a été invité à réinterpréter la Phocéa, sa montre de plongée emblématique, avec les codes rétro et l’esprit surf des années 1980 propres à son univers. De ce dialogue est née la Phocéa Jonsen, une édition limitée qui réunit deux histoires marseillaises séparées par plus de 160 ans, mais nourries par une même culture de la mer et de la liberté.

Frojo Phocea Jonsen

Une histoire qui commence dans un atelier

L’histoire de Frojo débute loin des stratégies de marque et des concepts de boutique qui définissent aujourd’hui le luxe. Elle commence en 1854 avec un homme de métier. Arrivé du Piémont, Eugenio Frojo devient chef d’atelier horlogerie chez Charlet, rue d’Aix, à Marseille. Cinquante ans plus tard, son fils Édouard, diplômé des Beaux-Arts, rachète l’entreprise, qui devient Frojo-Charlet. Dès l’origine apparaissent ainsi deux éléments qui ne quitteront plus la Maison : la maîtrise technique et une sensibilité particulière à la création.

Les générations se succèdent ensuite sans rompre ce fil. Avec Roger Frojo, la Maison s’installe sur la Canebière, puis accompagne les mouvements du commerce marseillais. En 1972, sous la direction de Richard Frojo, représentant de la quatrième génération, elle rejoint le 63 rue Saint-Ferréol. Quatre ans plus tard, une nouvelle adresse ouvre dans le quartier du Grand Pavois, avant de s’installer boulevard Rodocanachi. Saint-Tropez rejoint bientôt l’histoire familiale, puis Cannes dans les années 1990, où Frojo occupera une adresse sur la Croisette avant de la céder à Bvlgari en 1997.

Cette géographie dit beaucoup de la Maison qui n’a jamais conçu son développement comme une simple multiplication de points de vente. Ses implantations ont accompagné les nouveaux territoires du luxe méditerranéen, tout en conservant Marseille comme centre de gravité.

En 2005, cette fidélité prend une forme symbolique avec l’ouverture du 17 rue Grignan, devenu boutique mère et siège de la Maison. Au cœur d’un quartier qui concentre les grandes signatures internationales, Frojo affirme sa place de maison marseillaise capable de dialoguer avec les standards du luxe contemporain sans perdre sa personnalité.

Frojo Grignan – Marseille

Grandir sans effacer ses racines

À partir de 2009, une nouvelle étape s’engage sous l’impulsion d’Édouard Frojo et de sa famille. Les boutiques se modernisent, les partenariats avec les grandes maisons horlogères s’intensifient et l’activité joaillière continue de se développer. À partir de 2021, le groupe accélère également son travail autour des boutiques monomarques et des espaces dédiés à l’horlogerie de prestige.

À Marseille, cette stratégie devient particulièrement visible : l’horloger développe des univers dédiés avec des maisons telles que Breitling, TAG Heuer, Messika ou FRED, tout en continuant à défendre ses propres créations et son expertise multimarque.

Ce développement révèle probablement l’une des principales forces de l’entreprise : avoir compris que le métier de joaillier-horloger ne repose plus uniquement sur la capacité à présenter de belles pièces. Dans un univers où les produits les plus prestigieux sont désormais visibles partout, la différence se joue aussi dans la connaissance des maisons, le conseil, la relation de confiance et la capacité à construire une expérience cohérente autour de chaque marque.

Frojo conserve parallèlement son atelier de joaillerie, où création sur mesure, transformation et restauration prolongent le lien historique avec le métier. Du choix des pierres au sertissage, la Maison revendique une approche dans laquelle la pièce reste le résultat d’un travail humain et d’une relation personnelle avec le client.

En 2024, lorsque la Maison célèbre ses 170 ans, six générations se sont déjà succédé. Elisa et Inès Frojo incarnent désormais cette nouvelle génération familiale, avec l’ambition déclarée de faire vivre l’héritage tout en apportant une vision plus contemporaine de la joaillerie.

La Phocéa, ou le retour de Frojo à ses racines horlogères

Cette volonté d’évoluer ne signifie pas abandonner ce qui a construit la Maison, car elle conduit au contraire Frojo à revenir vers l’une de ses racines les plus anciennes : l’horlogerie.

La Maison a ainsi redéveloppé ses propres montres, pensées à Marseille, notamment autour de la Phocéa, réinterprétation contemporaine d’un modèle historique des années 1970. Frojo revendique aujourd’hui une position qui dépasse celle de distributeur : les modèles portant son nom sont conçus, réglés et suivis par ses équipes horlogères marseillaises.

La collaboration avec Jonsen Island prend alors tout son sens. En effet, il ne s’agit pas simplement d’apposer deux logos sur un cadran, mais de confronter deux cultures. D’un côté, plus de 170 ans d’expérience dans l’horlogerie et la joaillerie ; de l’autre, l’univers néo-rétro de Jonsen Island, nourri par le surf et une vision décontractée de la Méditerranée.

« Cette collaboration montre une Marseille créative, où s’entrelacent savoir-faire et modernité », résume Édouard Frojo dans le communiqué annonçant le projet. Thomas Cantoni évoque de son côté une Méditerranée partagée et cette « liberté créative » propre à leur ville.

Quand une maison patrimoniale accepte de se réinventer

La Phocéa Jonsen traduit ce dialogue jusque dans ses détails. Le boîtier passe à 39 mm pour adopter des proportions plus contemporaines et mixtes. Le cadran noir conserve la mention « Marseille », tandis que le poulpe, emblème de Jonsen Island, prend place à six heures. Des touches orange, des index luminescents « Old Radium » et un bracelet en tissu jacquard réalisé par la maison française Julien Faure viennent installer cette esthétique volontairement vintage.

Sous cette apparence plus légère demeure une véritable montre de plongée : mouvement automatique France Ébauches, réserve de marche de 44 heures, lunette tournante unidirectionnelle et étanchéité à 200 mètres. Le soin apporté à l’environnement de la montre prolonge également cette logique de filière française, avec notamment le bracelet Julien Faure et un étui Atelier Romane réalisé à la main en France. Ce garde-temps sera disponible uniquement en précommande du 19 septembre au 2 octobre 2026, avant de premières livraisons prévues au printemps 2027.

Six générations, plusieurs mutations du commerce, l’arrivée des grands groupes du luxe, la transformation de Marseille, l’évolution des habitudes de consommation et l’avènement du digital auraient pu transformer la Maison en simple dépositaire de son histoire. La joaillerie-horlogerie Frojo a choisi une autre voie : utiliser cette histoire comme un socle plutôt que comme un décor. Son développement repose sur une combinaison devenue rare : culture du métier, connaissance approfondie du produit, continuité familiale, capacité à nouer des relations durables avec les grandes maisons et volonté de créer ses propres propositions. À cela s’ajoute une qualité plus difficile à quantifier, mais déterminante dans les métiers du luxe : la proximité. Celle qui permet de connaître les attentes d’une clientèle, de l’accompagner dans le temps et de transformer un achat en relation.

Avec Jonsen Island, Frojo ajoute aujourd’hui une autre dimension à cette équation : l’audace de laisser un regard extérieur intervenir sur l’un de ses propres symboles. Et c’est peut-être là que se reconnaissent les maisons qui savent véritablement durer. Elles protègent leur héritage sans le figer, transmettent leurs savoir-faire sans les enfermer et savent, lorsque le moment est juste, inviter une nouvelle génération à écrire quelques lignes de l’histoire.

À Marseille, celle de Frojo a commencé en 1854. Cent soixante-douze ans plus tard, elle continue de s’écrire face à la Méditerranée.

Visuels : Maison Frojo

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