Par Yasmine Maylin
Fondée en 2016 par David Benedek, BDK Parfums s’est imposée en une décennie parmi les signatures les plus singulières de la parfumerie indépendante française. Héritage familial, liberté créative, matières d’exception et dialogue permanent avec les arts façonnent l’identité de cette Maison qui préfère se définir comme un « Studio de Parfums Parisien ». Pour ses dix ans, elle ouvre un nouveau chapitre avec la Collection Studio, rencontre ambitieuse entre haute parfumerie et mode.
À quelques pas du Palais-Royal, derrière la façade vitrée du 312 rue Saint-Honoré, les flacons BDK Parfums s’alignent comme les volumes d’une bibliothèque contemporaine. Chaque couleur annonce une histoire. Le gris suggère une sensualité urbaine, le rouge une nuit parisienne incandescente, le rose orangé un ciel au crépuscule. Ici, le parfum ne se limite jamais à une composition de notes. Il devient une silhouette, un mouvement, une manière d’habiter le monde.
Cette vision résume l’ambition de David Benedek : créer des fragrances capables de révéler les individualités et de traduire ce que les mots ne suffisent pas toujours à exprimer. Pour la Maison, le parfum est une signature invisible, une extension artistique de l’identité et un langage intime à travers lequel chacun peut se raconter.
Une histoire familiale écrite dans le parfum
L’histoire de BDK Parfums commence bien avant sa création officielle. Né à Paris en 1989, David Benedek grandit entre plusieurs cultures. Son père est d’origine roumaine et hongroise, tandis que sa mère est née aux confins de l’Algérie et du Maroc. Cette pluralité culturelle imprègne profondément son imaginaire et nourrit une parfumerie ouverte sur les voyages, les rencontres et les contrastes.
Du côté paternel, ses grands-parents, exilés de Transylvanie et installés à Paris au début des années 1950, comptent parmi les premiers distributeurs autorisés de maisons prestigieuses comme Worth et Christian Dior. En 1959, ils ouvrent une boutique de produits parfumés à l’angle de la rue Royale et de la rue Saint-Honoré. David Benedek passe ainsi son enfance entouré de flacons et de récits olfactifs, guidé notamment par sa grand-mère Édith, qui lui transmet le goût de l’histoire de la parfumerie et de la création.
Son parcours ne suit pourtant pas immédiatement cette voie. Après des études d’économie et des séjours à Pékin puis à New York, il revient à Paris et intègre, en 2012, l’Institut Français de la Mode. Il s’y spécialise dans le parfum et les cosmétiques, apprend à identifier les matières premières, leurs facettes et les différentes familles olfactives, notamment auprès des équipes de Givaudan. Il poursuit ensuite sa formation avec l’Institut Cinquième Sens, avant de transformer cette connaissance en projet entrepreneurial.
BDK Parfums voit officiellement le jour à Paris en 2016. Son nom reprend les initiales de Benedek, mais derrière cette simplicité graphique se dessine déjà une ambition précise : proposer une parfumerie indépendante, contemporaine et profondément parisienne, capable de respecter l’héritage sans jamais se laisser enfermer par lui.
Un studio plutôt qu’une maison traditionnelle
BDK Parfums se présente comme un « Studio de Parfums Parisien ». Le choix du mot studio n’est pas anodin. Il évoque un lieu de recherche, de dialogue et d’expérimentation, davantage qu’une structure figée autour d’un style unique.
Chaque création naît d’une rencontre entre David Benedek et un parfumeur dont l’écriture, la culture et la sensibilité peuvent enrichir le projet. La Maison a ainsi travaillé avec Mathilde Bijaoui, Serge Majoullier, Dominique Ropion, Anne Flipo, Jordi Fernández, Alexandra Carlin, Cécile Matton, Marie Schnirer ou encore Ralf Schwieger.
Cette dimension collaborative permet à BDK Parfums d’explorer des territoires très différents sans perdre son identité. Le fil conducteur réside moins dans un accord récurrent que dans une méthode : partir d’une émotion, d’une matière, d’une couleur ou d’un instant, puis construire autour de celui-ci un récit olfactif cohérent.
Mode, peinture, musique, photographie et graphisme participent pleinement à ce processus. Une note peut être envisagée comme une texture, une couleur comme le point de départ d’une formule, un tissu comme l’équivalent tactile d’un sillage. David Benedek accorde d’ailleurs une importance particulière aux univers chromatiques. La teinte du jus, le nom de la fragrance, le décor de campagne et la palette du flacon sont pensés comme les différentes expressions d’une seule œuvre.
Le résultat est une parfumerie sensorielle mais structurée, où la narration ne vient pas masquer la formule. Elle lui donne au contraire une direction et une présence.
Des premiers parfums à Gris Charnel
En 2016, la Maison se dévoile avec plusieurs créations fondatrices, parmi lesquelles Bouquet de Hongrie, Pas ce Soir et Tubéreuse Impériale.
Premier parfum de la marque, Bouquet de Hongrie possède une valeur affective particulière. Imaginée avec Serge Majoullier, cette composition florale, verte et musquée rend hommage à Édith Benedek. Inspirée par le printemps dans les jardins du Palais-Royal, elle fut aussi la seule fragrance BDK que la grand-mère du fondateur put découvrir de son vivant.
Trois ans plus tard, un parfum va profondément modifier la trajectoire de la Maison. Créé avec Mathilde Bijaoui, Gris Charnel traduit la sensualité diffuse de Paris à travers un accord boisé, épicé et poudré dominé par le bois de santal et le vétiver. Il évoque les nuances du ciel parisien, la chaleur de la peau et l’intimité d’une ville qui ne dort jamais. Rapidement devenu un best-seller, il contribue à installer BDK Parfums sur la scène internationale de la parfumerie de niche. Sa déclinaison Gris Charnel Extrait, lancée en 2022, reçoit en juin 2023 le Prix du Parfum Extraordinaire décerné aux États-Unis par la Fragrance Foundation.
D’autres créations confirment progressivement cette capacité à transformer une impression en signature. Velvet Tonka, composée par Alexandra Carlin, explore dès 2021 une gourmandise lumineuse inspirée des racines marocaines de David Benedek. La fragrance reçoit en 2022 le Prix du Meilleur Parfum de Niche pour une marque indépendante de la Fragrance Foundation France.

Paris comme matière première
Paris reste le point d’ancrage majeur de BDK Parfums. La Collection Parisienne en capte les quartiers, les lumières, les nuits et les mouvements. Rouge Smoking, Pas ce Soir, Bouquet de Hongrie, Nuit de Sable, Gris Charnel ou encore Impadia ne décrivent pas une vision patrimoniale de la capitale, mais une ville vécue de l’intérieur, charnelle, changeante et parfois secrète.
Lancée en 2025, Impadia s’inspire ainsi d’un instant très précis : celui où le ciel parisien se teinte de rose et d’orange au lever ou au coucher du soleil. Bergamote, mandarine et poire ouvrent la composition avant un cœur de roses bulgare et turque, accompagné de fleur d’oranger du Maroc. L’Akigalawood, la vanille et le santal prolongent le sillage dans une matière boisée, crémeuse et addictive. Créée par Jordi Fernández, la fragrance est devenue en moins d’un an l’une des signatures importantes de la Maison.
La Collection Matières adopte une approche différente. Chaque parfum y met en lumière une ou deux matières premières emblématiques, naturelles ou issues de la recherche moléculaire. Crème de Cuir, Tabac Rose, Tubéreuse Impériale, Vanille Leather, Vanille Caviar et Velvet Tonka explorent ainsi le cuir, le tabac, la tubéreuse, la vanille ou la fève tonka en cherchant moins à les reproduire fidèlement qu’à en révéler des facettes inattendues.
La Collection Azur ouvre quant à elle les fenêtres sur la Méditerranée. Citrus Riviera, Sel d’Argent et Villa Néroli traduisent des souvenirs personnels, familiaux et amicaux associés à la mer, à la lumière et aux paysages du Sud. Les agrumes, les fleurs blanches, les notes salines et végétales construisent une fraîcheur texturée, loin d’une simple lecture estivale.
À ces ensembles s’ajoute une Collection Exclusive, construite autour de la rencontre entre deux matières fortes. Ambre Safrano et French Bouquet illustrent cette recherche d’équilibre entre affinités et contrastes, chaque ingrédient venant intensifier la présence de l’autre.
Le 312 rue Saint-Honoré, retour aux origines
En janvier 2024, BDK Parfums ouvre sa première boutique en propre au 312 rue Saint-Honoré. Le choix de cette adresse possède une forte dimension symbolique : elle se situe à quelques pas de la boutique ouverte par les grands-parents de David Benedek soixante-cinq ans plus tôt.
Conçu comme un sanctuaire urbain, le lieu associe façade vitrée, béton et pierre blanche de Bourgogne. L’ensemble joue sur la lumière, la transparence et la minéralité afin de laisser les flacons et leurs couleurs occuper l’espace. Plus qu’un point de vente, la boutique propose une découverte immersive des collections, de leurs histoires et des matières premières entrant dans leur composition.
Pour célébrer l’ouverture, la Maison dévoile 312 Saint-Honoré. La fragrance traduit directement l’architecture du lieu : la baie rose évoque une fraîcheur minérale, la fleur d’oranger apporte sa luminosité tandis que les muscs, l’ambroxan, l’iris, la fève tonka et le bois de oud structurent un sillage boisé, floral et poudré.
Cette adresse permet également de réserver des consultations privées et des expériences personnalisées, prolongeant la dimension de studio et de transmission chère au fondateur.

Collection Studio : le parfum rencontre la haute couture
Pour ses dix ans, BDK Parfums inaugure en 2026 la Collection Studio. Ce nouveau chapitre pousse plus loin le dialogue entre parfum et mode. Les textiles, les gestes de couture et les matières précieuses deviennent le point de départ de trois Absolus de Parfum signés par Jordi Fernández pour Givaudan.
Avec des concentrations comprises entre 40 % et 48 %, ces Absolus se situent au-dessus des eaux de parfum de la Maison, dosées entre 20 % et 25 %, et des extraits concentrés à environ 30 %. Les bois structurent les trois compositions : santal pour Stellar Silk, oud pour Oud Paradisio et cèdre pour Silver Ceremony.
Stellar Silk, la douceur d’une étoffe sur la peau
Concentré à 48 %, Stellar Silk s’inspire de la fluidité de la soie et de sa capacité à devenir une seconde peau. Le gingembre et l’écorce de cannelle ouvrent la composition sur une tension épicée. Le cœur associe beurre d’iris français, vanille de Madagascar, benjoin du Laos et deux expressions de fève tonka du Venezuela. Le santal album australien déploie ensuite sa texture crémeuse, lactée et boisée.
Le parfum joue sur le contraste entre légèreté et densité. Poudré sans être fragile, gourmand sans devenir sucré, il enveloppe la peau comme une étoffe fluide dont le mouvement révélerait successivement la lumière et l’ombre.
Oud Paradisio, la force du cuir et du violet
Avec une concentration de 44 %, Oud Paradisio transpose dans le parfum l’image d’un cuir précieux brodé de pierres violettes. Une bergamote verte rencontre en tête un accord inattendu de crème glacée à l’ananas, d’encens de Somalie et de safran. Un trio de roses turques et bulgares forme le cœur, avant un fond d’absolu de cacao et d’essence de oud thaïlandais.
Le bois sombre s’oppose ici à l’éclat fruité, tandis que le cacao accentue ses facettes fumées, animales et presque tactiles. L’ensemble compose une fragrance nocturne, opulente, mais parcourue d’une luminosité inattendue.
Silver Ceremony, un éclat métallique et magnétique
Concentré à 40 %, Silver Ceremony s’inspire des sequins et du métal utilisés dans la haute couture. Bergamote, mandarine verte et citron donnent à l’ouverture une fraîcheur cristalline, prolongée par le gingembre et la baie rose. Le fond associe patchouli d’Indonésie, cèdre de l’Atlas, ciste labdanum, accord citrus oud et cypriol.
L’architecture olfactive évoque une lumière froide frappant une surface métallique, avant de révéler une matière plus chaude, boisée et ambrée. Cette opposition entre transparence et intensité produit un sillage électrique, incisif et résolument contemporain.
Un objet entièrement façonné en France
L’exigence de BDK Parfums ne s’arrête pas à la formule. Les concentrés sont fabriqués dans la région de Grasse et les différents éléments du parfum proviennent de savoir-faire français.
Le capot, développé en région parisienne par un bijoutier-orfèvre, s’inspire du dôme du Grand Palais. Le flacon biseauté est réalisé en Normandie par un maître verrier, puis rebrûlé afin d’obtenir davantage de transparence et de brillance. L’étiquette est fabriquée à Bordeaux et apposée à la main. Quant au coffret, conçu comme la reliure d’un livre, il est façonné par une entreprise familiale de la région du Mans avec une encre d’origine naturelle et un papier recyclé teinté dans la masse. Alignés les uns contre les autres, ces étuis forment une véritable encyclopédie olfactive.
Du parfum à l’art de vivre
BDK Parfums a très tôt cherché à faire sortir le parfum du seul geste de vaporisation. Dès 2018, la Maison lance une première Eau de Lessive, manière inattendue de prolonger la fragrance dans l’intimité du linge. La gamme compte aujourd’hui plusieurs atmosphères, de l’édition classique aux variations Rose, Mimosa et Concrete. Cette dernière, imaginée pour les dix ans de la Maison, associe bergamote, fleur d’oranger du Maroc, muscs et tonalités poudrées.
La collection Le Soin Parfumé transpose les signatures de la Maison dans des parfums pour cheveux, gels lavants et laits hydratants. Gris Charnel, Rouge Smoking, Pas ce Soir ou Bouquet de Hongrie deviennent ainsi des rituels plus proches de la peau, conçus pour superposer les textures et prolonger le sillage au fil de la journée.
Avec les bougies Les Nocturnes, BDK Parfums explore enfin Paris après la tombée du jour. Taxi Minuit, Pleine Lune, Palace Paradisio, Ciel Rose et Matin Parisien transforment les lumières des quais, les rues silencieuses ou l’énergie des clubs en paysages olfactifs intérieurs.
Une décennie, et déjà une signature
En dix ans, BDK Parfums a réussi à trouver un équilibre délicat. La Maison revendique un héritage français et familial, tout en conservant la liberté d’un studio indépendant. Elle fait appel aux savoir-faire traditionnels sans reproduire les codes historiques de la parfumerie. Elle s’appuie sur des matières exigeantes, mais refuse d’en faire une démonstration purement technique.
Sa véritable singularité réside dans cette capacité à mettre le parfum en mouvement. Chaque fragrance possède une couleur, une texture, une allure et presque une gestuelle. Les collections ne cherchent pas seulement à habiller la peau : elles invitent celui ou celle qui les porte à affirmer une présence.
Avec la Collection Studio, BDK Parfums ne célèbre donc pas simplement un anniversaire. La Maison affirme une nouvelle maturité. Celle d’une signature parisienne qui, après avoir construit sa propre bibliothèque olfactive, entend désormais rapprocher encore davantage le parfum de la couture, de l’art et du corps. Une parfumerie de l’intime, certes, mais conçue pour laisser une trace.







































