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The Anam Mui Ne, entre désert et océan

The Anam Mui Ne, entre désert et océan

Par Ema Lynnx

Sur la côte sud-est du Vietnam, à quelques heures de Ho Chi Minh City, The Anam Mui Ne s’inscrit dans un paysage radicalement différent de Cam Ranh. Dans cette région, la mer ne se contente pas d’être décorative : elle dialogue avec le désert. Les dunes, le vent, les villages de pêcheurs et la lumière crue composent une identité territoriale forte, presque minérale.

Ouvert en 2023, ce second opus du groupe The Anam prolonge la vision de son fondateur Pham Van Hien : ancrer le luxe dans une mémoire vietnamienne, tout en s’affranchissant des standards internationaux uniformisés.

Mui Ne : de village de pêcheurs à capitale balnéaire du Vietnam

Avant de devenir l’une des destinations balnéaires les plus recherchées du Vietnam, Mui Ne n’était qu’un modeste village côtier vivant essentiellement de la pêche. Les journées y étaient rythmées par les départs des embarcations traditionnelles au lever du soleil et par le retour des marchés aux poissons en fin de matinée. Pendant longtemps, cette bande littorale de la province de Bình Thuận est restée relativement isolée, loin des grands circuits touristiques du pays.

La transformation de Mui Ne débute véritablement dans les années 1990, lorsqu’une éclipse solaire attire un nombre important de voyageurs internationaux et de photographes fascinés par la qualité exceptionnelle de la lumière. Ce phénomène agit comme un révélateur. Peu à peu, les infrastructures touristiques se développent, les premiers resorts apparaissent le long de la côte, et Mui Ne s’impose progressivement comme l’une des grandes destinations balnéaires vietnamiennes.

Mais ce qui distingue réellement Mui Ne des autres stations du pays, c’est sa géographie spectaculaire. Sur près de cinquante kilomètres de littoral, le paysage alterne plages sauvages, formations rocheuses, falaises ocre et immenses dunes de sable rouge ou blanc. Par endroits, le décor semble irréel, comme un fragment de désert posé au bord de la mer de Chine méridionale. Cette singularité topographique confère à la région une identité visuelle immédiatement reconnaissable.

Le climat participe largement à cette atmosphère. Plus sec et plus ensoleillé que dans une grande partie du Vietnam, Mui Ne bénéficie de plus de 300 jours de soleil par an. La lumière y est intense, presque cinématographique, tandis que le vent constant façonne les dunes et nourrit la réputation internationale de la destination auprès des amateurs de kitesurf et de sports nautiques.

À proximité immédiate de The Anam Mui Ne, plusieurs sites emblématiques renforcent encore cette dimension immersive. Les célèbres dunes blanches, sculptées en permanence par le vent, offrent des paysages mouvants aux allures sahariennes. Le Fairy Stream, mince cours d’eau serpentant entre formations calcaires et reliefs rougeâtres, compose un décor presque irréel. Plus loin, les tours Cham de Po Sah Inu rappellent l’existence du royaume de Champa, ancienne civilisation maritime ayant profondément marqué l’histoire culturelle de la région.

Ces éléments ne relèvent pas du simple décor touristique. Ils structurent l’identité même de Mui Ne, une destination façonnée par le vent, la lumière et les héritages culturels. The Anam Mui Ne s’inscrit précisément dans cette continuité, en intégrant cette géographie et cette mémoire locale au cœur de son expérience hôtelière.

Une immersion entre culture cham et traditions maritimes

Le territoire de Mui Ne ne se limite pas à ses paysages. Il est aussi marqué par l’héritage du royaume de Champa, civilisation maritime qui occupait autrefois cette partie du Vietnam.

En effet, bien avant l’essor touristique de Mui Ne, cette région appartenait au royaume de Champa, une civilisation maritime qui domina le centre et le sud du Vietnam du IIe au XVe siècle. Héritiers d’une culture indianisée, les Cham développèrent une identité singulière, mêlant influences hindoues et bouddhistes, dont subsistent aujourd’hui temples en brique rouge, sculptures raffinées et vestiges sacrés. À quelques minutes de The Anam Mui Ne, les tours de Po Sah Inu témoignent encore de cette présence ancienne, dressées face à la mer comme un repère intemporel. Le Champa n’était pas un empire terrestre, mais un réseau de cités portuaires tournées vers le commerce maritime, reliant l’Inde, l’Indonésie et la Chine. Cette ouverture sur le monde a façonné une culture fluide, cosmopolite, dont l’héritage imprègne encore le paysage, les croyances et certaines traditions locales. À Mui Ne, cette mémoire ne relève pas du folklore : elle constitue une profondeur historique tangible, qui enrichit l’expérience du lieu et inscrit le séjour dans une continuité bien plus ancienne que le tourisme contemporain.

Une atmosphère façonnée par le vent et la lumière

Mui Ne est mondialement connu comme un spot majeur de kitesurf. Le vent constant, parfois puissant, structure la vie locale autant que l’expérience du séjour.

Dans ce lieu, cette dimension est intégrée subtilement. Les espaces extérieurs, piscines, terrasses, jardins sont pensés pour canaliser et adoucir ce flux naturel. Les palmiers filtrent la lumière, les bassins reflètent le ciel, et l’ensemble crée une sensation de mouvement permanent, sans jamais perdre en sérénité.

Cette interaction entre climat et architecture produit une expérience sensorielle spécifique : plus authentique et plus vivante que dans d’autres destinations balnéaires vietnamiennes.

Une hospitalité intimiste, à contre-courant du tourisme de masse

Avec ses 127 chambres et suites, dont certaines avec piscine privée, le resort reste volontairement à taille humaine.

Cette échelle maîtrisée permet de préserver une atmosphère intime, en rupture avec l’urbanisation parfois dense de Mui Ne. Là où de nombreux établissements se positionnent sur un segment intermédiaire, The Anam introduit une lecture plus exigeante du luxe, fondée sur la qualité du service, la cohérence esthétique et la relation au lieu.

La scène gastronomique de The Anam Mui Ne a été pensée comme une véritable immersion dans l’art de vivre vietnamien, entre héritage indochinois, élégance balnéaire et ouverture internationale.

Au bord de la plage, le restaurant Lang Viet constitue le cœur culinaire du resort. Inspiré des villages traditionnels vietnamiens, l’établissement célèbre les recettes transmises de génération en génération à travers tout le pays, du nord au sud du Vietnam. Dans un décor de bois travaillé à la main et ouvert sur la mer, les convives découvrent aussi bien des classiques raffinés comme le phở ou les bánh xèo que des spécialités de poissons et fruits de mer issus des eaux de Mui Ne. L’atmosphère y devient particulièrement envoûtante le soir, lorsque la musique traditionnelle vietnamienne accompagne le dîner face à l’océan.

Le restaurant The Indochine propose quant à lui une approche plus internationale. Situé près des piscines, il accueille les petits-déjeuners et une cuisine ouverte mêlant influences occidentales et asiatiques. L’ambiance y est plus contemporaine, tout en conservant l’esthétique coloniale élégante propre à l’univers The Anam. On y retrouve un généreux buffet matinal, des grillades, des plats internationaux ainsi qu’une sélection de créations plus gastronomiques en soirée.

Le Saigon Bar apporte une dimension plus feutrée à l’expérience. Pensé comme un salon élégant inspiré du Saïgon d’autrefois, il met en avant cocktails signatures, spiritueux premium et afternoon tea dans une atmosphère intimiste idéale au coucher du soleil.

Enfin, à l’entrée, le Lobby Bar prolonge cette ambiance rétro-chic avec ses notes de piano et ses références à l’Indochine coloniale. Thé d’après-midi, bouchées légères et cocktails y accompagnent les moments de transition entre plage, spa et dîner. Pour davantage d’intimité, le resort propose également des expériences de dining privé ainsi qu’un service en chambre sophistiqué mêlant cuisine vietnamienne et inspirations internationales.

Une nouvelle frontière du luxe vietnamien

Mui Ne n’est pas une destination lisse. C’est une tension permanente entre matières et climats, entre immobilité et mouvement. Le désert y fait face à la mer, les dunes évoluent au gré des vents, et la lumière, plus dure, redessine sans cesse les lignes du paysage. Dans ce contexte, le luxe ne peut être purement esthétique ou technique. Il devient une capacité d’adaptation, une manière d’habiter un environnement instable sans jamais le contraindre.

Séjourner à The Anam Mui Ne, c’est accepter une dualité. Celle d’un lieu à la fois apaisant et énergique, où le silence du désert rencontre la force de l’océan.

Dans cette tension maîtrisée, le resort trouve sa singularité : offrir une expérience contemplative, sensorielle, presque cinématographique, comme une traversée entre sable, vent et mémoire.

Photos : Patrick Koune