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Jamais son mon sac

Jamais son mon sac

Le sac est un peu Le chapeau de nos grands-mères (enfin arrière-grands-mères pour nombre de lecteurs aujourd’hui), un accessoire devenu nécessaire au fil du temps.

Immense pour y glisser tout un nécessaire de survie (un rouge à lèvres, du fil dentaire ou de couture, une brosse à cheveux, un peu de parfum, de quoi de repoudrer, un crayon, un carnet, un livre et, évidemment un téléphone, etc.) Minuscule, au contraire, avec juste une carte bancaire (le sésame du monde du XXIe siècle) et toujours le téléphone. Les deux indispensables de la vie d’aujourd’hui. Il est bien loin le temps où Jean-Claude Kaufmann, sociologue et chercheur au CNRS, auteur de Le Sac : un petit monde d’amour (Editions JC Lattès) écrivait : « Il y a un demi-siècle, on ne le portait qu’à la messe le dimanche. Il ne contenait, au mieux, qu’un flacon d’eau de Cologne, un missel et un mouchoir. »

Les priorités ont bien changé ! Ce qui demeure c’est que ouvrir un sac, c’est un peu comme entrer dans l’intimité d’une femme, découvrir qui elle est, ce qui compte pour elle avec ses secrets avouables ou non, ses manies… et en cela le sac a bien évolué depuis la Rome antique et l’ère des croisades chrétiennes où la bourse, à fermeture coulissée et portée à la taille, était un attribut aussi bien masculin que féminin avec une vocation purement utilitaire : contenir de l’argent. En 2021, on pourrait inverser l’adage, il sert à faire de l’argent, il représenterait à lui seul près d’un tiers des ventes mondiales du luxe.

Si l’intérieur de sac révèle l’intimité, l’extérieur, lui, s’affiche et sert d’indicateur social. Raison pour laquelle, ils sont si souvent contrefaits pour donner l’illusion à ceux qui ne peuvent les acquérir de s’offrir cette part de rêve. Une contrefaçon contre laquelle les maisons de luxe luttent avec ardeur et vigilance. Une raison aussi qui les a incitées à étendre leur gamme de petite maroquinerie afin que chacun puisse acquérir un bout de « leur » légende.

Ainsi, certains sacs sont devenus eux-mêmes des légendes que l’on nomme juste par leur nom le 2.55, Lady Dior, Kelly, Speedy ou plus récemment le Noé, Capucines ou encore Dauphine. Les férus de mode auront tout de suite mis en nom derrière ses appellations. 2.55 pour Chanel, Kelly pour Hermès, Speedy et aussi Noé, Capucines ou Dauphine pour Louis Vuitton. On aurait tort d’oublier le sac Jackie de Gucci, le sac Baguette de Fendi ou le Classic de Céline. Autres modèles que l’on trouve dans presque tous les dressings le Roseau de Longchamp, le Huit de Lancel (même si la marque fait moins rêver qu’il y a 30 ans) ou le Bowling de Gérard Darel.

Le fameux Speedy de Louis Vuitton remonte à 1930 et est inspiré d’un sac de voyage le Keepall (joli jeu de mots pour les anglophones). Il est léger, grand et d’une élégance intemporelle… aussitôt il séduit, Audrey Hepburn dans les années 60, qui le hisse carrément au rang d’icône. Même si depuis le Speedy a été rejoint par d’autres modèles il revient d’année en année revu, revisité, réinventé comme lors de la collaboration avec Tadashi Murakami où il s’affichait recouvert de motifs multicolore.

Louis Vuitton, très actif dans le monde du sac, a, par exemple entre 2013 et 2014 lancé pas moins de dix modèles de sacs. Une frénésie de nouveautés nécessaire pour répondre à une demande mondiale pour les accessoires qui elle aussi s’emballe. Cette maison, bien avant toutes les autres, a eu une intuition de génie : inventé la toile Monogram LV et en faire l’emblème de la maison. Un signe fort qui, depuis la fin des années 1890, est le porte étendard de la marque Louis Vuitton, bien avant que la mode du logo envahisse nos habitudes. La maison ne reste jamais sur ses acquis, la preuve avec le lancement du sac Capucines, incarnation du savoir-faire des ateliers, qui requiert plus de 300 étapes toutes réalisées à la main.

Cet été, Lauren Santo Domingo, éminente rédactrice de mode, co-fondatrice et directrice de Moda Operandi, est le visage du Capucines qui se décline dans des tailles et styles variés. Nouveaux coloris, poignées travaillées façon chouchou, détails incrustés en coquille d’ormeau comptent parmi les nouveautés 2021 qui sont marquées par la collaboration avec l’atelier de design italien Fornasetti. Résultat : un imprimé architectural pour la création d’un modèle inédit du Capucines.Johnny Coca, nouveau directeur maroquinerie femme chez Louis Vuitton depuis mai 2020, passé chez Bally, Celine et Mulberry, apporte ,comme Virgil Albloh pour l’homme, un souffle moderne pour toujours rester dans la tendance.

Le sac Jackie de Gucci ; par exemple, ce hobo en forme de demi-lune n’avait pas de nom attitré mais dans les années 70, Jackie Kennedy est photographiée à de multiples reprises avec ce sac. La maison italienne décide donc de lui donner le nom de Jackie, en hommage à l’une des femmes les plus influentes de l’époque… Mais un sac ne peut rester figé, ainsi à l’automne 2020, Alessandro Michele, le directeur artistique de Gucci revisite subtilement les lignes et le renomme Jackie 1961. Bien sûr, il garde la forme demi-lune et le fermoir doré, mais il ajoute trois tailles (moyenne, petite, mini) et surtout il mise sur les couleurs pastel comme le rose poudré, le jaune clair, le bleu ciel dans des versions qu’il estime unisexe.

Il se raconte aussi que Grace Kelly, enceinte et harcelée par les paparazzis, cachait son ventre arrondi derrière son Hermès. Et, c’est cette photo qui va changer le destin de ce sac qui, vingt après sa création, au lieu d’être nommé « sac de voyage à courroie » deviendra le Kelly. Avec sa forme trapézoïdale, ses deux courroies de cuir et son minuscule cadenas, il est devenu un symbole de la maison depuis 1956. Un classique que les directeurs artistiques de la maison n’hésitent pas à s’emparer comme Jean Paul Gaultier en 2004 qui créé le Shoulder Kelly ou le Kelly Flat en 2007. En 2021, Pierre Hardy, le directeur de la création de la joaillerie d’Hermès lance Kellymorphose où le sac Kelly devient la base de son inspiration pour une collection de bijou : le loquet devient fermoir de bracelet, les sangles s’enroulent autour du cou en collier… Intrigant, non ? En juin, les Parisiennes ont eu le privilège de découvrir ces pièces dans la boutique de la rue du Faubourg Saint Honoré.

Angel Koune