Par Ema Lynnx
Inspirée par l’avenue parisienne, mais profondément ancrée dans le territoire horloger de Neuchâtel, la marque horlogère Champs Élysées développe une vision singulière de la montre féminine. Géométries architecturales, nacre, pierres naturelles, diamants et lignes sculpturales composent le vocabulaire d’une maison indépendante qui entend rapprocher l’élégance française de la précision suisse.
Une maison née d’un souvenir
Certaines maisons horlogères cherchent leur identité dans les archives industrielles, l’aviation, la compétition automobile ou l’exploration. Champs Élysées a choisi un territoire plus émotionnel : Paris, ses perspectives, ses monuments et la puissance évocatrice de son avenue la plus célèbre.
La marque présente son origine comme celle d’un souvenir d’enfance, celui d’un jeune garçon découvrant, aux côtés de sa mère, l’Arc de Triomphe et la place Charles-de-Gaulle. Cette image aurait fait naître une fascination durable pour la capitale française, son architecture et la manière dont ses lignes ordonnent l’espace. Chez Champs Élysées, Paris n’est donc pas utilisé comme une simple référence décorative. La ville devient une matrice créative à partir de laquelle sont imaginés les boîtiers, les cadrans et les proportions des collections.
Derrière cette histoire se trouve Keyvan Lamé, entrepreneur issu d’une famille active dans l’univers de l’or et de la joaillerie. Après avoir travaillé dans la distribution et la vente de marques horlogères internationales, il fonde Champs Élysées SA à Neuchâtel en 2011. Son projet repose dès l’origine sur une rencontre entre l’horlogerie suisse, la montre joaillière et une certaine idée de la féminité parisienne.
Champs Élysées se définit aujourd’hui comme une maison horlogère indépendante. Elle revendique une approche où la sobriété, la proportion et l’élégance intemporelle du design parisien rencontrent la discipline technique du Swiss Made. Cette double culture constitue le cœur de son positionnement : l’inspiration appartient à Paris, tandis que le développement et l’assemblage des garde-temps sont réalisés en Suisse.

Paris comme principe de construction
Le nom Champs Élysées évoque immédiatement le luxe, mais la maison ne réduit pas l’avenue à ses boutiques, à ses illuminations ou à son image internationale. Elle s’intéresse davantage à sa construction géométrique : un axe puissant, une perspective continue, une succession de lignes équilibrées et une architecture régie par la proportion.
Dans sa réflexion consacrée au design, la marque cite notamment l’alignement de l’avenue, la retenue des façades, les rangées d’arbres et l’importance de l’espace négatif. Ces principes urbains sont transposés dans la conception horlogère : un boîtier doit trouver naturellement sa place sur le poignet, un cadran doit être lisible sans paraître chargé et chaque détail doit participer à une composition cohérente.
Cette approche permet à Champs Élysées d’éviter une lecture trop littérale de Paris. Les monuments ne sont pas reproduits sur les cadrans. Ils sont traduits en formes, en rythmes et en volumes. La place de l’Étoile inspire ainsi une construction rayonnante, la Seine donne naissance à une silhouette fluide et l’Opéra Royal de Versailles devient un jeu de courbes et de demi-lunes.
La maison résume cette philosophie autour de trois notions : la proportion, la précision architecturale et l’élégance sans excès. Chaque collection possède sa propre histoire, mais toutes partagent une volonté commune : concevoir une montre identifiable sans multiplier les effets démonstratifs.
Neuchâtel, l’autre adresse de Champs Élysées
Si Paris nourrit l’imaginaire de la marque, Neuchâtel lui apporte son assise horlogère. C’est dans cet environnement suisse que les montres sont développées, assemblées, emboîtées, réglées et contrôlées.
La maison indique que l’intégration des mouvements, la pose des aiguilles, le travail des cadrans, l’emboîtage et les contrôles qualité sont réalisés en Suisse selon les critères de l’appellation Swiss Made. Chaque composant est sélectionné en fonction de sa qualité, de sa durabilité et de sa capacité à s’intégrer dans l’esthétique générale de la pièce.
Champs Élysées emploie le terme de « manufacture » pour désigner son atelier et son environnement de production. Il convient cependant de distinguer cette démarche de celle d’une manufacture intégrée produisant elle-même l’intégralité de ses mouvements. Les fiches techniques actuellement présentées par la maison font notamment apparaître des calibres suisses ETA pour plusieurs modèles à quartz, tandis que certaines références Estelle reçoivent un mouvement automatique Swiss Made.
Cette organisation correspond au modèle de nombreuses maisons indépendantes suisses : la création, la construction du produit, la sélection des composants, l’assemblage et le contrôle sont pilotés par la marque, tandis que certains organes mécaniques proviennent de motoristes spécialisés.
Estelle, la géométrie de la place de l’Étoile
Estelle constitue probablement la collection la plus immédiatement liée au paysage parisien. Son nom vient du latin stella, l’étoile, et fait référence à la place Charles-de-Gaulle, autrefois appelée place de l’Étoile, où douze avenues convergent vers l’Arc de Triomphe.
Le cadran reprend cette organisation rayonnante. Les douze index correspondent symboliquement aux douze avenues qui se déploient autour du monument. Cette construction donne à la montre un visage à la fois classique et architectural, dans lequel chaque indication horaire participe à la perspective générale.
Avec son boîtier rond de 36 millimètres, Estelle conserve des proportions adaptées à une montre joaillière contemporaine. Selon les versions, elle associe acier inoxydable, or jaune ou or rose 18 carats, nacre, diamants et bracelets en cuir d’alligator. Les modèles peuvent être animés par des mouvements à quartz ou automatiques Swiss Made.
L’Estelle Steel illustre l’équilibre recherché par la maison entre horlogerie et joaillerie. Son boîtier en acier de 36 millimètres encadre un cadran en nacre blanche, complété par des chiffres romains appliqués et des aiguilles squelettées en forme de feuille. Sa lunette est sertie de 42 diamants, auxquels s’ajoute un diamant positionné à 6 heures comme une signature visuelle.
Avec l’Estelle Nuances, Champs Élysées fait évoluer cette architecture vers un registre plus contemporain. Cette édition limitée associe un boîtier en acier serti de diamants, un mouvement automatique Swiss Made, un verre saphir et une étanchéité annoncée à 5 atmosphères. La montre conserve un diamètre de 36 millimètres et une épaisseur contenue de 8,5 millimètres.
Rive Blanche, les courbes de la Seine
Là où Estelle privilégie la symétrie et la structure, Rive Blanche introduit le mouvement. La collection est inspirée par la Seine, sa trajectoire à travers Paris et les reflets changeants de l’eau.
Son boîtier adopte une forme de goutte ou de larme, reconnaissable à ses lignes souples et asymétriques. Aucun angle vif ne vient interrompre sa silhouette. La montre est construite autour de courbes continues qui évoquent aussi bien une vague qu’un galet poli ou une goutte d’eau en suspension.
Cette forme particulière est l’une des signatures les plus fortes de la maison. Pour préserver la continuité du dessin, le traditionnel remontoir latéral est remplacé sur plusieurs références par un poussoir de mise à l’heure installé au dos du boîtier. Ce dispositif permet de conserver une carrure parfaitement fluide, plus proche d’un bijou que d’une montre conventionnelle.
La Rive Blanche en acier mesure 38,60 sur 33,65 millimètres pour une épaisseur de 7,75 millimètres. Elle associe un cadran en nacre brune à 98 diamants représentant un total de 0,86 carat. Son mouvement à quartz CE-Q-002 est basé sur un calibre ETA E01.701, tandis que son bracelet en alligator noir prolonge son esthétique volontairement discrète.
La Rive Blanche Butterfly développe une interprétation plus joaillière. Réalisée en or rose 18 carats, elle est sertie de 101 diamants et montée sur un bracelet en alligator blanc. La forme du boîtier évoque ici la symétrie d’un papillon en vol, sans renoncer à la silhouette originelle de la collection.
Plus précieuse encore, la Rive Blanche Marquetry associe un boîtier en or jaune 18 carats, 291 diamants sertis neige et un cadran en marqueterie de nacre brune. Le travail de la nacre apporte une profondeur organique à la surface du cadran, tandis que les variations naturelles du matériau rendent chaque composition légèrement différente.
Opéra Royal, la montre du soir réinterprétée
La troisième grande collection de la maison puise son inspiration dans l’Opéra Royal de Versailles. Inauguré sous Louis XV, cet espace spectaculaire est connu pour son architecture, ses jeux de perspective et sa capacité à transformer la lumière.
La montre Opéra Royal reprend cette recherche d’équilibre à travers un cadran rond entouré de deux formes courbes entrelacées. Ces demi-lunes dessinent une silhouette proche de l’ellipse ou du symbole de l’infini. La collection réinterprète ainsi la traditionnelle montre du soir dans un langage contemporain.
Sur les références les plus précieuses, le boîtier en acier de 40 sur 35 millimètres est entièrement recouvert d’un serti neige. Une version associe 396 diamants sur le boîtier à 12 diamants supplémentaires sur le cadran, soit un total de 408 pierres représentant 2,61 carats. Le cadran peut être réalisé en nacre blanche ou dans une nacre bleu profond baptisée « Bleu de Noir ».
Le serti neige repose sur l’utilisation de diamants de tailles différentes disposés de manière irrégulière afin de recouvrir la surface avec un minimum de métal visible. Cette technique renforce l’impression de lumière continue et transforme le boîtier en véritable architecture joaillière.
Malgré cette abondance de pierres, Champs Élysées cherche à maintenir une certaine lisibilité. Les proportions relativement contenues, le cadran central clairement délimité et les bracelets en alligator ou en galuchat permettent d’équilibrer le caractère spectaculaire du sertissage. Les Opéra Royal sont actuellement proposées avec un mouvement à quartz suisse dérivé de l’ETA E01.701 et une étanchéité annoncée à 5 atmosphères.
La matière comme élément d’identité
La personnalité de Champs Élysées repose largement sur les matériaux employés. La nacre occupe une place centrale dans les trois collections. Blanche, brune, bleue ou travaillée en marqueterie, elle apporte des reflets qui évoluent en fonction de l’orientation du poignet et de la lumière.
La maison utilise également l’acier, l’or jaune et l’or rose 18 carats, ainsi que des bracelets en alligator, cuir satiné ou galuchat. Les diamants sont annoncés dans des qualités élevées, généralement IF à VVS pour la pureté et D à F pour la couleur sur les références documentées.
Plus récemment, Champs Élysées a également exploré les cadrans en pierre naturelle. Chaque disque étant directement découpé dans la matière brute, ses veines, ses nuances et sa profondeur sont uniques. La maison a notamment présenté en 2026 une série limitée à vingt exemplaires dotée d’un cadran en pierre dite « fish belly ». La quantité produite aurait été déterminée par la portion exploitable de la pierre disponible, plutôt que par une volonté de créer artificiellement de la rareté.
Ces cadrans naturels participent à une évolution intéressante de la marque. Ils introduisent une forme d’irrégularité dans un univers jusqu’alors dominé par la géométrie et la maîtrise de la composition. À la précision des formes répond désormais le caractère imprévisible de la matière.
Une maison indépendante en quête de visibilité
Après plusieurs années de présence relativement discrète, Champs Élysées a présenté ses créations lors de Time to Watches 2026 à Genève. La maison décrit cette participation comme le début d’un nouveau chapitre et comme une étape structurante de son développement. Les cadrans en pierre naturelle occupaient une place importante dans cette nouvelle expression créative.
Cette réapparition intervient dans un contexte où les marques indépendantes doivent affirmer une identité immédiatement compréhensible. Face à des maisons historiques disposant d’archives, de calibres propriétaires et de réseaux de distribution puissants, Champs Élysées mise sur un langage esthétique fortement différencié.
Son principal atout réside précisément dans cette cohérence. Estelle, Rive Blanche et Opéra Royal ne se ressemblent pas, mais partagent un même univers : celui d’une montre féminine pensée comme un objet d’architecture et de joaillerie. L’inspiration parisienne offre à la marque un récit accessible, tandis que la fabrication suisse apporte la légitimité technique indispensable à son positionnement.
Entre montre et bijou
Champs Élysées ne cherche pas à opposer l’horlogerie mécanique à la montre à quartz. La maison choisit ses mouvements en fonction du style, des dimensions et de l’usage de chaque modèle. Le quartz permet notamment de développer des boîtiers fins, dépourvus de couronne apparente et adaptés aux contraintes d’une montre joaillière. L’automatique apparaît sur certaines Estelle, dans une approche plus traditionnellement horlogère.
Cette pluralité correspond au caractère hybride de la maison. Ses créations ne sont ni de simples bijoux donnant l’heure, ni des montres techniques auxquelles auraient été ajoutés quelques diamants. Le boîtier, le sertissage, le cadran et le mouvement sont envisagés comme les différentes composantes d’un même objet.
Dans un paysage horloger où la performance mécanique occupe souvent le devant de la scène, Champs Élysées défend une autre lecture du temps : plus émotionnelle, plus architecturale et résolument féminine. Une vision dans laquelle Paris ne se réduit pas à un nom prestigieux, mais devient une méthode de création.
De la géométrie de la place de l’Étoile aux courbes de la Seine, en passant par les lumières de l’Opéra Royal, chaque collection transforme un fragment de patrimoine en langage horloger. À Neuchâtel, ces inspirations prennent corps dans des montres Swiss Made où la nacre, les pierres naturelles, l’or et les diamants rencontrent la précision de l’établi suisse.
Champs Élysées se construit ainsi entre deux villes et deux cultures : Paris lui offre son imaginaire, Neuchâtel son savoir-faire. Entre les deux, la maison dessine une horlogerie indépendante qui fait de la montre un souvenir, un symbole et une déclaration d’élégance.
Photos : https://www.champselyseeswatch.com/








































