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Rencontre avec Chahan Minassian

Rencontre avec Chahan Minassian

L’empreinte de Chahan Minassian a cristallisé de nombreux lieux aux quatre coins du monde .. Chalet à Gstaad, palais à Venise , appartement à New-York, yachts …et bien d’autres écrins architecturaux.

Un univers à part que nous allons découvrir avec le talentueux Chahan Minassian .

 

Décorateur reconnu à échelle internationale, designer, collectionneur …comment est née cette envie de vous lancer dans la création ?

Je pense que mon instinct créatif était en moi, inné, depuis mon bas âge. L’idée était d’appliquer, dessiner, développer tout ce que j’avais en tête. Que ce soit en dessin, en histoire de l’art, en intérêt pour l’esthétique. A la fin de mon adolescence, il était important que je puisse exprimer mes envies, mes idées, et c’était ma façon de les interpréter et calligraphier. Plus tard en ayant muri ma connaissance mon approche à l’esthétique ou au dessin, il était certain qu’après mes années à l’université, j’ai cherché à maîtriser les techniques d’expression qui se sont appliquées aux diverses activités que j’ai aujourd’hui. Que ce soit de l’architecture, de l’architecture d’intérieur, du design de mobilier, ce ne sont que le résultat de ma façon de penser.

 

Comment pourriez-vous décrire en quelques mots clés, votre estampille , votre univers bien spécifique « Chahan » ?

En quelques mots, l’univers « Chahanien », c’est beaucoup de rigueur, beaucoup d’architecture, d’attention à l’écran, à la boîte, aux volumes des pièces. Puis mes codes qui sont l’attention à la texture, l’approche à la lumière, la superposition des matières, beaucoup de choses qui et à l’œil et au toucher sont sensuelles, attrapent la lumière et son tactiles. C’est une harmonisation des formes et des volumes avec toujours un sens esthétique.

 

Nous pouvons découvrir votre signature le « Chahanian Style » de Paris à New-York aussi bien chez des particuliers, des résidences ,  Hotels ( Le Crillon ) restaurant ( le restaurant gastronomique Le Pavyllon du chef Yannick Alleno) .

Parmi tous les somptueux projets que vous avez réalisés , pouvez-vous en extraire un qui a été le plus important à vos yeux ?

Je ne sais si je peux dire que j’ai un projet favori ou plus somptueux que d’autres parce qu’ils vont de résidences privées, de façon de vivre de mes clients, mais avant tout de créations que je transmets. Les résidences très nombreuses, hôtels et restaurants moins, mais je pense qu’ils obtiennent tous en tout cas la même attention. Qu’ils soient plus petits, ou plus grands, avec plus ou moins de budget. Mon attention est plus de donner de la qualité, et ma vision globale, que l’esthétique ou somptuosité de l’une par rapport à l’autre. Il est certain que malgré tout, le projet de yacht que j’ai réalisé qui est une création dès la base, d’architecture, de design et d’intérieur est un projet qui m’a beaucoup tenu à cœur. Il a demandé beaucoup de suivi d’ingénierie, car j’apprécie la technique et la technicité autant que l’esthétique. Et d’appliquer son esthétique dans une résidence mobile sur l’eau avec l’ultime suivi de tout intervenant au degré du luxe et du confort que je puisse apporter a été pour moi une grande satisfaction.

Par ailleurs étant installé à Venise, en résidence plus personnelle, il est certain que la mise en place de mes collections, mes choix accumulés depuis plus de 25 ans, qui se retrouvent dans un palazzo existant, dans un cachet qui passe du 16ème siècle à nos jours, avec des interventions de plusieurs époques différentes et qui retrouvent l’emprunte « chahanienne », juste par l’aménagement, l’intégration d’éléments d’époques différentes font que ce projet est de mon plus grand confort, mais aussi l’ambassade de ma façon de penser.

Dans la continuité de la décoration, vous exposez au PAD, ou Salon de New-York , également à Venise.

 

Quel regard portez-vous sur la « clientèle » d’un salon à un autre ?

En ce qui concerne les salons, j’y participe depuis l’an 2000. Bientôt 20 ans que je parcours ces salons internationaux, que ce soit à Paris, à Londres, à Genève ou à Miami. Forcément ils ont évolué, se sont agrandi, plus qu’internationalisés ils ont fait évoluer le goût et l’approche de présentation aux clients qui restent quand même tous internationaux. Ces clients qui passent dans un salon passe forcément à Londres, Miami ou New York, et ce qui est intéressant est de pouvoir changer de destination avec des présentations diverses. De ne pas se répéter mais de rester consistant, et c’est là le résultat qu’on obtient. Pas forcément au moment de la visite lors du salon,  qui reste une façon de rencontrer les gens, mais pour moi le résultat d’un salon est dans l’évolution des 6 mois qui suivent. Parce que les gens à part les coups de cœur, ont des projets en cours, qu’ils murissent et entreprennent, et leur décorateur aussi. Donc pour moi il est important de continuer ces salons, et malgré la conjoncture qui ne permet pas de recevoir, je pense qu’avec le temps, cet agrément de présentation qui permet un contact sur place restera un moment important.

 

Nous sommes à l’heure actuelle dans un nouveau monde , la pandémie, le confinement ayant bousculés et arrêtés une partie de la planète. Comment en tant que créateur, designer, avez-vous vécu cette période ?

La pandémie a été un choc pour tout le monde, un mauvais rêve auquel personne s’attendait, ni ne voyait venir. Il a été plus ou moins mal vécu par nous tous. A demandé beaucoup d’organisation, de sérieux. Difficile parce que le monde s’est arrêté, qu’il a fallu s’adapter à une nouvelle façon de faire. J’espère ne pas trop rencontrer de difficultés quand les choses reviendront à la normale, et devant à nouveau trouver une nouvelle méthodologie. Ceci dit c’était peut-être utile de reprendre un rythme un peu plus calme, plus compréhensif du délai de réalisation des choses. Parce qu’en effet, dans mon domaine, la demande n’a pas cessé. Au contraire, les gens ont passé plus de temps chez eux. Ils ont cru redécouvrir que passer du temps chez soi est important. Plus que d’être dans les avions à se dire que les choses sont meilleures ailleurs. Donc reprendre une qualité de vie chez soi a généré beaucoup de demandes, de constructions, ou projets à gérer. La difficulté de production ou de suivi, a été par contre le triple de travail à orchestrer. Parce qu’on reste assidu et il n’y a pas de compromis pour aboutir à la qualité. Cette assiduité a largement rempli notre emploi du temps mais tout en étant heureux d’être occupés, contrairement à beaucoup de gens qui n’ont pas pu exercer leur travail.

Vous mettez également en lumière le travail d’artistes tels que, Peter Lane, Shizue Imai, Antoinette Faragallah, Amir Smolnik, Marie Khouri.…

Au cours du mois de mai prochain en collaboration avec Entwistle une exposition aura lieu au sein de votre showroom  au 11 rue de Lille.

Dialogue entre l’art africain et vos créations.

Pouvez-vous nous en parler ?

Les collaborations sont intéressantes dans le sens où à la galerie je collabore avec des artistes qui sont très proches de mes sensibilités, et qui sont en collaboration avec mes idées et mes productions. C’est-à-dire que forcément on cherche leur signature, leur savoir-faire, parce que c’est un échange, une exaltation de nos inspirations, un bouillonnement de possibilités. Aujourd’hui mon écurie d’artistes et plutôt limitée car je cherche une consistance, une cohérence et une continuité. Ces relations de travail sont main dans la main, très liées, pour un résultat qui représente les deux entités. Par contre eu niveau expositions, et les collaborations comme avec Entwistle, je montre que indépendamment de l’architecture d’intérieur, univers dans lequel nous faisons nos projets de résidences très enrichies de collections, (car on a une approche de « curation » que ça passe du tableau du mobilier ou des éléments à collectionner) une présentation en collaboration à la galerie, c’est pour montrer aussi que les arts décoratifs, ou les pièces d’art de cultures différentes ou en tout cas de la même qualité de savoir-faire, ont leur place dans mes intérieurs. Il était très intéressant de créer cette relation parce qu’en fait ces arts primitifs sont d’une force et d’une importance majeure. Et montrer comment elles se juxtaposent à mes designs qui sont des pièces de mes creations, avec des textures, des matières, qui sont dans un esprit intemporel, tout en restant contemporain, et qui avec leur rigueur et leur matières brutes peuvent servir d’écrin ou de stèle pour ces œuvres. Montrer qu’on peut avoir des objets de qualité muséale chez soi est important pour moi. Il faut vivre avec les belles choses et s’accompagner avec celles qui nous apportent du plaisir tous les jours.

Un projet fou qui bouillonne dans la tête ?

Il y en a des centaines parce que c’est finalement ce que je fais toute la journée. Je ponds des idées et je m’assure à ce qu’elles se développent ou prennent vie. Projet fou, je ne sais pas si c’est fou ou pas, mais je cherche toujours l’île où je pourrais m’isoler sans téléphone, sans contact, et juste pouvoir apprécier ce que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui. Donc avis aux amateurs qui pourront me trouver l’île où on peut vivre paisible. En attendant je continue à travailler.

 

Amandine Milossis

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