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Jean-Claude Ellena de Hermès, un parfumeur littéraire

Jean-Claude Ellena de Hermès, un parfumeur littéraire

En 2004, la maison Hermès confiait à Jean-Claude Ellena son patrimoine olfactif. Vivant dans la région de Grasse, berceau du parfum, Jean-Claude Ellena nous parle de son métier et nous présente dans une interview exclusive son dernier né : le parfum « Cuir d’Ange », inspiré du romancier français Jean Giono.

 Vous êtes né et vivez toujours à Cabris près de Grasse. Qu’évoque cette région pour vous?

  Jean-Claude Ellena :C’est un endroit inouï, plein d’histoires, empli de lumière et d’odeurs. L’atelier où je me retrouve chaque matin  est une maison d’architecte des années 60, accrochée à la colline et de là, je vois la Méditerranée. C’est un endroit d’une extrême sérénité, parfaite pour la création !

 Comment s’est faite la rencontre avec la maison Hermès ?

  Jean-Claude Ellena :Je suis entré chez Hermès en Juin 2004, mais l’histoire commence deux années auparavant. En 2002, la présidente des parfums Hermès me demande de créer sur le thème de la méditerranée, un parfum inspiré du jardin en Tunisie de Leila Menchari, la directrice de la décoration de Hermès. Pour le lancement du parfum « Un Jardin en Méditerranée » en 2003, je rencontre Jean-Louis Dumas, à l’époque encore président de la maison Hermès (ndlr : avant son décès en 2010) et va naître l’idée d’intégrer un parfumeur maison. Je partage avec Hermès  cette philosophie  de l’artisan où  la notion de prendre le temps est essentielle comme celle de remettre sans cesse son travail en question.

 

Quelles sont les qualités nécessaires pour devenir un bon parfumeur ?

  Jean-Claude Ellena :La seule réponse que je connaisse est le travail, encore le travail, et une  ouverture d’esprit au monde, aux idées, aux cultures. Autrement dit, il n’y a pas d’Art sans technique. Un parfum est une composition de savoirs et d’émotions. Le parfum n’est pas un produit froid mais un objet habité de rêves, de souvenirs, où l’artiste est artisan et l’artisan est artiste. Apprendre à sentir c’est comme apprendre une langue, il faut mettre en mémoire des mots, des odeurs, afin plus tard de raconter une histoire

 Pouvez-vous nous décrire les différents univers olfactifs des parfums Hermès ?

  Jean-Claude Ellena :Les séries sont des territoires d’expressions. J’aime cette idée que les clients peuvent choisir d’abord un territoire, puis un parfum dans le territoire. Chaque territoire ayant sa forme d’expression : des Parfums-Jardins à la collection Hermessence et des Parfums-Romans aux Colognes.

 Comment est choisie la destination olfactive de la collection Parfums-Jardins ?  

  Jean-Claude Ellena :Cette collection a commencé avec un « Jardin en Méditerranée » en 2003. Chaque année, Hermès choisit un thème en fédérant les différents métiers et en donnant un fil conducteur à leur créativité.  « Un Jardin sur le Nil » correspondait à l’année du Fleuve, « Un jardin après la Mousson » à celui de l’Inde. Pour le dernier de cette série « Un Jardin sur le Toit », c’est l’histoire d’un jardin qui existe réellement sur le toit du magasin Hermès au 24 faubourgs Saint Honoré !

 Est-ce que vous avez fait évoluer certains parfums historiques pour créer une version plus actuelle ?

  Jean-Claude Ellena : Votre question est intéressante car au combien d’actualité ! Je viens de donner une nouvelle interprétation de Bel ami avec « Bel Ami Vétiver ».  Comme en musique, il y 1001 façons de jouer un standard de Jazz, sans bousculer les codes du passé, un même équilibre, de belles matières, une même structure classique. C’est écrire une nouvelle partition. En me plongeant dans l’héritage de la maison Hermès, je permets à de grands standards de changer d’espace, d’époque et de temps.

 Pouvez-vous nous expliquer le concept de la collection Hermessence et de leur évolution olfactive ?

  Jean-Claude Ellena : La collection des Hermessences est une collection que j’affectionne particulièrement car «  en un mot tout est dit, sens, essence, essentiel ». Cette collection est emblématique à 3 égards : La liberté créative qu’on me donne, la singularité de la parfumerie que je propose et la signature de la maison Hermès.  

 Pouvez-vous nous parler de votre toute dernière création ?

  Jean-Claude Ellena :Lancée pour début octobre, la douzième Hermessence, baptisée « Cuir d’Ange »,  dévoile l’importance que j’accorde à la littérature, et comment elle rencontre le parfum et plus particulièrement celle du romancier français Jean Giono dans lequel je me retrouve.

 Quelle a été l’inspiration olfactive ?

  Jean-Claude Ellena :C’est un passage du roman « Jean le Bleu » de Jean Giono qui m’est revenu en mémoire : « Je me souviens de l’atelier de mon père. Je ne peux pas passer devant une échoppe de cordonnier sans croire que mon père est encore vivant, quelque part dans l’au-delà du monde, assis devant une table de fumée, avec son tablier bleu, son tranchet, ses ligneuls, ses alènes, en train de faire ses souliers en cuir d’ange pour quelque dieu à mille pieds ».  En une ligne  Jean Giono décrivait Hermès !

 Le nouveau parfum « Cuir d’Ange » est à nouveau mixte, pourquoi ce choix ?

  Jean-Claude Ellena :Je crois que les odeurs n’ont pas de genre, pas plus que les couleurs, les sons, les goûts. La société occidentale a inventé des codes de parfumage, qui favorisent l’achat de parfum féminin, masculin ou mixte. Ces codes n’existent pas en Inde ou au Moyen-Orient, les hommes utilisent des parfums féminins parce que souvent plus fort, c’est la seule raison. Le parfum existe par lui-même et non par rapport à sa destination.

 Est-ce un lancement mondial?

  Jean-Claude Ellena : « Cuir d’Ange » est réservé uniquement aux magasins Hermès avec également une possibilité de personnaliser le fourreau en cuir avec vos initiales ou choisir le type de cuir mais uniquement dans le magasin à Paris au 24, Faubourg Saint-Honoré.

 Est-ce un parfum ancré dans l’air du temps ?

  Jean-Claude Ellena :  Comme tout être humain, j’aspire surtout à l’intemporel !

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